Drame chez les Kermouette -7

6 avril 2008

« Jérémie Fritard !!!!!!! » s’est écrié Gérard.
« Ben quoi, Jérémie Fritard, dit Armelle, vous vouliez que ce soit qui d’autre ? ». Anne-Marie lui répond sur un ton moralisateur qu’on aurait voulu que ce ne soit personne idiote, encore moins un garçon dont la mère passe sa vie en jogging, que t’es vraiment qu’une trainée et qu’en plus tu bois de l’alcool enceinte… c’est du n’importe quoi, n’est-ce pas Papa ? Gérard tourne la tête vers Alyette, cette dernière pose ses coudes sur la table et se prend la tête entre les mains. Elle pense que Jérémie Fritard n’est pas un prince mais qu’on a échappé au pire. Elle demande à Edwige de monter se coucher, elle voudrait être seule avec Armelle et Gérard. « Anne-Marie, aussi, je te prie de quitter cette table ». Anne-Marie est offusquée, elle clame « Oh ! Oh ! Oh ! J’ai pas quatre ans Maman ! ». Alyette souffle, dit « je sais bien » et devant le regard déterminé de sa mère, sa fille ainée se lève et sort en claquant la porte précédée d’Edwige. Elle fait semblant de partir et revient sur la pointe des pieds écouter à la porte. Edwige a eu la même idée, Anne-Marie la pousse et lui dit tout bas dans un rictus qui fait ressortir sa moustache « dé-gAge ! », Edwige ne veut pas partir, elle pousse sa sœur qui prend toute la place, Anne-Marie lui écrase les orteils de toutes ses forces, Edwige ouvre en immense la bouche, Anne-Marie la baillonne, Edwige commence à couiner, Alyette entend du bruit, excédée elle se rue sur la porte, elle pense que ces deux-là elle va les tuer, en entendant leur mère Anne-Marie et Edwige déguerpissent. En courant Edwige s’est prit le lacet de sa chaussure de rando dans la poignée de la commode Louis XVI, elle glisse et les larmes aux yeux elle dit tout bas « pétasse » à Anne-Marie qui la regarde planquée dans le placard à balai, essayant de caser tant bien que mal son ventre entre deux manches, le nez dans la serpillère des cabinets d’en bas. Alyette revient à sa place, elle prend la main de Gérard et lui murmure : « Gérard… les faire-parts seront gratuits… ».

Franki a gagné ! Il hurle « c’est pas possible ! », il monte sur l’estrade entre le guitariste et le chanteur des Last Chance in the West, son groupe préféré, il serre fort Big Billy son idole, celui dont la voix le transporte au pied des Rocheuses et il entend encore, comme dans un rêve « Franki Green est qualifié pour représenter le Rodéo au vingt-deuxième festival de country à Craponne-sur-Arzon !!! « . Il chasse ses larmes, il salue la foule, le roi de la country, c’est lui, Francis Pruchin. Il n’a pas une pensée pour Annie, qui, dans sa boutique, au même moment s’étouffe avec un rouleau de printemps.

Amelia est passé voir Renaud Fritard. Il est pas mal Renaud Fritard, a-t-elle pensé. Il lui fait un prix d’ami, il fait sauter la TVA et arrondit le tout, et les enveloppes c’est pour moi, ajoute-t-il. Amelia rosit et lui dit que la prochaine fois qu’il a besoin de camembert ou autre chose il peut demander à Jean-Pierre. « Jean-Pierre the King of the Camembert ?! » plaisante Renaud. Amélia sourit elle se dit que finalement il est pas mal mais qu’il est vraiment plouc de chez plouc.

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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Drame chez les Kermouette- 6

1 avril 2008

Ses copains l’appellent Franki. Il y a Fafa, l’informaticien, Titi le mécano, Jeff le chef de produit et y a Franki. Tous unis par une seule et même passion : la country. Un samedi après-midi sur deux ils se rendent au Rodeo. Un endroit pour eux, avec des gens comme eux, nostalgiques de l’harmonica, du lasso et de la tiag’s. Franki possède l’équipement complet, mais on ne sait pas grand-chose de lui. Il est discret, c’est un gars sympa et pas compliqué, toujours de bon poil. La petite quarantaine on pense. Dès qu’il danse Franki se transforme, on dirait qu’il s’envole, il fait claquer ses talons, il fait tourner son veston, il dit souvent « c’est pas moi qui suis fait pour la country c’est la country qui est faite pour moi ». Il s’invente un passé quand il danse, il a dû être cow-boy dans une autre vie, il n’est plus Francis Pruchin, il est Franki Green, il a un cheval qui s’appelle Praline et il galope dans la plaine. Avec Herbe-Sauvage ils se racontent des légendes au coin du feu. Yi Haaa !

Amelia prépare sa réception. Elle a appelé Nadine Fritard, la femme de l’imprimeur, avec qui elle fait du fitness le jeudi, pour lui demander un petit tarif de copines côté cartons. Nadine pense qu’avec la tune qu’elle a, Amelia exagère mais, bon, Renaud fera un effort, bien sûr… tu le veux comment ton papier ? Rose ? Rose dragée et lisse ? Genre calque ? Renaud ! Amelia te demande si c’est cher le calque ? Ah ! OK, Renaud te dit que tu peux passer le voir, vous en discuterez ensemble. Amelia raccroche, et d’une. Il faut qu’elle s’occupe des rideaux aussi, c’est l’occasion de les changer. Elle est débordée…

Anne-Marie a blémit, Gérard s’est assit et Edwige a bondit en secouant sa main droite et en posant l’autre sur sa bouche, sa mère lui dit d’arrêter ce geste par pitié, on dirait une fille de concierge. Alyette a réuni la famille au complet dans la cuisine, elle leur a dit  » je vous demande de venir tous ici, Armelle a quelque chose à nous annoncer »; Armelle les a regardés en mordant sa lèvre inférieure et elle a dit « Bon euh, voilà, j’ai rencontré l’homme de ma vie, on s’aime et on va avoir un bébé ». Ses sœurs sont restées muettes, Edwige entortille ses doigts dans son foulard de cheftaine en reniflant, Anne-Marie s’est tenu le ventre en inspirant et en fermant les yeux, quant à Gérard… Gérard il a tapé du poing sur la table si fort qu’Alyette a fait un bond en arrière avant de prononcer le discours adequat : « cet enfant est un invité dont on n’avait pas prévu le couvert mais que nous avons le devoir d’accueillir. Quant au père, Armelle, qui est-il ? »

Armelle explique qu’elle l’a rencontré à la gare un jour, le coup de foudre a été immédiat. Cela fait deux mois qu’ils s’aiment, il est beau, bon alors OK, vous allez dire que c’est pas le même genre que vous mais c’est un garçon qui possède de vraies valeurs. Alyette a les larmes aux yeux elle demande si il a un nom… si… qu’est-ce qu’il fait dans la vie et si… si enfin, ils vont pouvoir le rencontrer… elle se mouche. Anne-Marie croise les jambes et murmure « je sens que c’est manger, le midi, tatie et compagnie… ». Quand même pas ! s’est exclamé Gérard en regardant sa femme. Sa femme n’a rien dit, elle s’attend au pire.

 

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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DEBOUT RENNES !

31 mars 2008

Avant de vous balancer la suite et pendant que ça fouette chez les Kermouette (au fait, ne vous inquiétez pas je vais m’en sortir, hein !).

Donc avant tout ça je lance un appel digne du 18 juin.
Un appel devant mon Mac préféré,
pendant que les moufflets écrasent du dentifrice sur la cuvette des cabinets,
pendant que Claire Chazal nous parle du PSG :

 

DEBOUT RENNES !!!

Jeudi 3 Avril Y a Zoé Avril à Nantes

Alors, on dit à Jean-Claude de rentrer plus tôt que prévu, on largue ce petit monde en fanfare, on s’organise, on se donne rendez-vous à La Poterie et on y va. Nantes c’est un peu le cul du monde quand on habite Rennes, mais c’est l’occasion de rigoler et d’écouter Zoé. À titre personnel je connais les paroles par cœur et je viens en roller (ça me permettra de rentrer plus facilement dans mon slim en arrivant au Hangar à bananes).
Donc les rigolos, les anarchos, les cocos, les socialos et même les roycos, les machos, les gynecos, les sots et les intellos, GO !

Drame chez les Kermouette -5

28 mars 2008

Tante Pipou a raccroché, effarée. Gérard vient de l’appeler : il paraît qu’Armelle est entre la vie et la mort à l’hopital, elle a tentée de se suicider… Pipou en a informé Simone (cette gamine leur en fera voir de toutes les couleurs…!) tout en lui demandant de ne rien répéter, Gérard ne veut pas que cela se sache. Simone a téléphoné à Marguerite-Marie, sa cousine par alliance, elle lui a touché deux mots du drame mais l’a fait promettre de rester discrète. Marguerite-Marie a posé un doigt sur sa bouche en disant « Simone, tu me connais : je suis une tombe… si je peux me permettre l’expression… vu les circonstances… ».

Gérard attend le retour de sa femme et de sa fille dans le petit salon, Anne-Marie lui sert une verveine tiède tout en le rassurant « Ne vous en faîtes pas Papa, tout ce qu’elle veut c’est vous faire su-er. Et encore : je reste polie. ». Il caresse son chien » Ouais…Major, et ouais…mon chien… » et puis soudain il se lève « Bon Dieu Edwige !! » s’exclame-t-il en se frappant le front.
Edwige attend depuis maintenant deux heures sous l’abri-bus de Fougères-les-Gueunolles. Elle caille sous son poncho bleu marine et elle se balance d’un pied sur l’autre dans ses chaussures de rando. Il a même légèrement neigé tout à l’heure, elle a peur, elle commence à pleurer. Elle ne sent même plus ses mollets. Ses parents auraient dû être là, ils savaient que son week-end de guides se terminait à seize heures. Parfois elle entonne seule « Debout les gars réveillez-vous ! » pour se donner un peu de courage. Gérard est arrivé aussi vite qu’il a pu, il s’est excusé : « Edwige je suis désolé, mais nous avons vécu un drame à la maison ». Edwige est rentrée dans la voiture en claquant de toutes ses forces la portière, en voulant poser son sac Lafuma à l’arrière elle a filé sans le vouloir un coup de gamelle dans la tronche de Gérard, il crie Merci ! et sa fille lui répond De rien !

À l’hopital, Alyette se demande si quelqu’un va enfin lui accorder quelques minutes. Seule dans le couloir, elle accoste une aide-soignante pour lui demander si tout va bien, enfin si… si sa fille va s’en sortir… La jeune fille lui pose une main sur l’épaule et lui sourit « mais enfin, Madame, votre fille a juste vomi… rien de plus… si on la garde un peu c’est juste pour s’assurer que le bébé va bien…! ». Alyette a changé de couleur, elle bredouille « non… je euh … ! je vous parle de ma fille Armelle, Armelle de Kermouette… ». L’aide-soignante opine « c’est bien cela, Mademoiselle de Kermouette, chambre 412, bon, en revanche un suivi psychologique s’impose… « . Anne-Marie les attend en lisant l’article « Le Dimanche c’est tous ensemble « dans Famille Chrétienne. Quand elle a entendu la voiture elle s’est levée d’un bond avant de se précipiter au pas de la porte. « Ah ! Je vois que tu es encore vivante ! » ironise-t-elle. « Tu t’es trompée de chemin ? Il est où le grand tunnel blanc ? ». Armelle s’approche et lui murmure à l’oreille « Dans l’cul de ta mère, connasse ». Anne-Marie hurle « Vous avez entendu ce qu’elle vient de me dire, Maman ? ». Alyette lui marche sur sa pantoufle gauche et passe devant elle sans lui accorder un regard.

 

Drame chez les Kermouette – 4

24 mars 2008

Amelia a détaillé par le menu le coktail des Kermouette à Mumu, qui, vexée comme un pou de ne pas y avoir été invitée, répète sans fin  » j’ai bien fait de ne pas y aller… je sentais que ça allait être nul… »; Amelia dit que c’était pire que nul ma chérie, tout le monde se pelait le cul, elle a failli y laisser sa paire d’escarpins italiens dans l’herbe trempée, que ce pauvre Gérard devient sénile, que ses filles sont laides comme les sept péchés capitaux (je veux pas paraître méchante mais elles ont toutes hérité des poteaux de leur mère), que le buffet était à vomir, et que, vu l’attitude d’Alyette, elle lui a tout balancé dans la figure au sujet des prétendues galipettes de sa cadette « NAN !!!!!!??? » s’écrie Mumu « Han ! et quelle tête elle a fait ? » Amelia répond qu’elle a avalé son collier de perles, et que c’est bien fait, qu’elle commence à la souler à force de la prendre pour une plouc, que ça va bien, d’accord elle s’appelle pas DE Leguoulle mais qu’elle au moins quand elle reçoit c’est champagne et chauffage à volonté. Que pour sa part elle organise une soirée en avril, un truc complètement original et non conformiste : une soirée « champagne et friandises » (je m’excuse Mumu mais ce sera un cran au-dessus du buffet-chips d’Alyette) . Elle explique que tout sera rose, le champagne sera rosé, les glaçage des gateaux aussi et qu’elle a même commandé des loukoums à la rose chez le libannais. Mumu trouve l’idée délirante, elle dit à Amelia « tu es vraiment extraordinaire ! » et raccroche ravie, parce qu’elle est invitée à la soirée des Leguoulle (cent cinquante personnes prévues, les Cropet, les Fritard et tout le gratin) et qu’Alyette de Kermouette ne l’est pas.

Vendredi soir Annie était à la pharmacie, chercher ses gellules anti-vieillissement. Devant elle il y a avait l’ainée des Kermouette, celle qui ressemble à un rat et prend des airs de méritante dès qu’elle franchit une porte avec sa poussette double et sa gamine habillée tous les jours en dimanche. Celle-là même qui porte un nom d’oiseau, genre Marie-Pigeon, portait un cache-cou en fourrure blanche. Sauf qu’Annie a posé sa main sur sa bouche pour étouffer un cri d’horreur : l’objet ressemblait à s’y méprendre au pelage de sa petite chatte blanche qui a disparue depuis dix jours à peu près… Depuis, Annie ne dort plus, l’image de Carla tuée, vidée et dépeucée la hante, parfois même elle en a des douleurs dans la poitrine…

Alyette ne va pas très bien , sa fille Armelle lui a gâché son coktail, une fois de plus.
Ce n’est pas la seule, Amelia l’a exaspérée avec ses sornettes, c’est la dernière fois qu’elle met les pieds à la Gérardière. Alyette a déclaré ce matin « les nouveaux-riches n’ont rien à faire ici… de toutes façons elle peut dire ce qu’elle veut, ma fille ne vit à la colle avec personne… ». Anne-Marie lui répond qu’Armelle n’est vraiment qu’une roulure (pardonnez-moi du terme, Maman) et qu’il faut commencer à prendre des mesures plus strictes. « Il faut bien avouer, que vous lui avez laissé passer beaucoup, beaucoup trop de choses » sermone-t-elle une main campée sur sa hanche et l’autre faisant glisser sa médaille le long de sa chaîne. Alyette a hâte que sa fille ainée reparte à Brest, elle est contente de la voir mais quand elle est là, au bout d’un moment, Alyette ne se sent plus chez elle. C’est vrai qu’elle élève remarquablement bien ses enfants mais on n’entend plus qu’elle « merci qui ? Merci MA-MAN, la prochaine fois tu iras au lit sans prendre de banane, suis-je assez claire ? oui ? Oui qui ? oui MA-MAN. » « Benoît-Paul ! On dit bonjour Bonne-Maman, dis bonjour à Bonne-Maman où tu vas immédiatement au coin ! »"Ohhh ! Il est pour qui ce magnifique bouquet de marguerites ? Il est pour moi ? Merci ma Servane-Colombe ! » et de murmurer à l’oreille de sa mère « cette enfant est d’une sensibilité… »

Soudain un cri retentit : « Maman ! Bonne-Maman ! Tante Armelle est par terre dans les toilettes et elle ne bouge plus ! ». Alyette lâche ses bouchées à la reine au thon, le régal de Gérard, et pousse un cri « Dieu du Ciel !!! Armelle ! ». Elle se précipite dans l’escalier et trouve sa fille allongée dans le couloir une bouteille de solution après-brossage au fluor vide à côté d’elle. Alyette s’agenouille, tâte le pouls de sa fille, lui secoue la tête et crie « réponds-nous Armelle, parle-moi je t’en supplie ! ». La paupière droite d’Armelle tremble tandis qu’elle murmure dans un souffle « je suis dans un grand couloir blanc… quelle magnifique lumière au bout de ce tunnel… et tous ces gens qui m’attendent là-bas ! ! ». Alyette hurle « Anne-Marie appelle les urgences ! nous sommes en train de la perdre ! ». Mais Anne-Marie reste de marbre, pousse du bout du pied la cuisse d’Armelle en prenant un air dégoûté et dit en remettant son bandeau vichy dans les cheveux « parce que vous ne voyez pas qu’elle se fout de nous, peut-être ? ». Une petite voix s’élève dans un coin « est-ce que Tante Armelle va ressusciter ?« .

JOURNAL D’ARMELLE – 17 mars 2008

17 mars 2008

vendredi 14 mars 2008

cher journal,

c’est peut-être la dernière fois que je t’écrit tellement j’en ai mare, de mare de cette famille de cons ou je suis né. Figure-toi que je suis consigné dans ma chambre à cause d’une soirée de merde qu’ils ont organisé soi disant pour me présenté des garçons comme il faut. si tu avais vu la tronche du débile qu’il me réservait tu aurai compris que je boive et boive encore (en plus il sentait l’œuf dur). De plus ils m’accusent d’avoir vomi (parceque Anne-Marie a fayoté qu’elle avait retrouvé des traces de kyr dans le bidet de la salle de bain d’en bas), mais si j’ai été malade c’est parce que ces radines de Maman et Anne-Marie avaient acheté du tarama et du surimi périmé de 3 semaines chez « Bravo les Minis Prix » et que papa coupe son crémant avec un tas de cochoneries qui ont déjà tuer Bon Papa l’année dernière.

Je déteste Anne-Marie c’est qu’une ordure qui ne parle que des otites de ses enfants avec maman et qui déteste tout le monde, même les chatons. elle se la pète parce que c’est la directrice de l’oratoire de son école mais elle ferait mieux de s’enlever sa moustache qui lui donne l’air d’un rat. elle a aussi fayoter que j’avais plus de chevalière mais elle ne sora JAMAIS contre quoi je l’ai échangé, car j’ai une cachette secrète et surtout elle ne comprendré pas pourquoi je suis devenu boudiste. Chang-Dorine m’a échangé la chevalière contre un boudha à qui j’offre des clémentines et des blancs de poireaux dans ma cachette. Bon ben sinon, c’est vrément que des tronches de cake et un jour je boucherai la flûte de cette dinde d’Edwige avec du malabar comme ça elle arrètera de nous foutre nos soirées en l’air. Entre ses concerts improvisés et les abécédaires qu’Anne-Marie nous invente à chaque fête (A comme Amour, B comme Bénédicte etc…) on n’a jamais la paix sein minute.

demain je pense que je vais avalé des boules d’anti-mythes comme ça ils seront tous contents et j’écrirai avant sur un papier « merci Anne-Marie ».

Je dois te quitter car je dois allé diner. Vive Mika et vive Boudha.

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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Coktail – 20 heures 02

12 mars 2008

Dans le salon, les jeunes ont roulé les tapis et dansent le rock sur une vieille cassette qui date de l’époque d’Anne-Marie (l’époque où elle se déchaînait sur « Vive le roi » ou sur « femme des années quatre-vingts », époque où elle dansait l’index droit en l’air sans toucher les mains de ses partenaires, une vraie gazelle disait sa mère). Edwige tente d’épater la galerie avec un madisson maîtrisé, et surtout elle fait diversion pour que tout le monde oublie sa sœur. Armelle est allée piquer une bouteille de crémant qu’elle a vidé presque seule et elle tourne sur elle-même en criant « tous à poil ! ». Elle rie fort, prend la main des garçons pour danser, étouffe quelques rots et dit à voix basse à l’ingénieur qu’on lui réservait : « Nono ! Ce soir c’est ton soir !!!!!!! ». Le garçon est rouge jusqu’aux oreilles, il passe une soirée épouvantable.

Anne-Marie a fait irruption dans la pièce, a prit sa sœur par le bras, l’a trainée dans sa chambre et lui a dit « couche-toi au lieu de tous nous gâcher l’existence ». Et puis comme elle se penche au dessus de sa sœur, elle ajoute « mais ??!! où est ta chevalière ? ». Armelle ricane en enfonçant la tête dans son oreiller. Anne-Marie ferme la porte de sa sœur en murmurant « pitié pour la France et ceux qui la servent… ».

Alyette passe un peu d’eau froide sur ses joues. Elle est sous le choc. Marguerite-Marie et Simone l’ont vue quitter la réception et se précipitent vers elle. Alyette retient ses larmes et dit que tout va bien. Ses amies lui tiennent les épaules pleine de compassion. Au fond Alyette sait que son coktail est foutu, Edwige est venue précipitement lui dire qu’il fallait faire quelque chose car Armelle la couvrait de honte dans le salon. Alyette a envoyé Anne-Marie chercher sa sœur, elle n’a plus de force, et elle dit à Simone en se tenant la poitrine « Amelia m’a tuée, j’ai des palpitations ».

Gérard est un peu bourré, il dit « santé camarade » en levant son verre, le saumon coincé sous son dentier lui donne une haleine redoutable. Le plateau de kir breton est vide, il reste quelques zakouskis froids et humides et il recommence à pleuvoir.
À 21 heures, les derniers invités quittent les lieux, transis de froid, affamés pour la plupart, et les tympans brisés par la trompe de Gérard. Mais ils sont contents. N’importe qui n’est pas invité au coktail des Kermouette. Au final, on peut dire que c’était une belle réception même si tout le monde a cherché Alyette pour la remercier et que personne ne l’a trouvée. Marguerite-Marie s’est chargée de dire à voix basse aux invités qu’il s’était passé quelque chose de terrible. Elle répète trois fois le mot « terrible ». Ils sont tous sur les dents…

Devinette : Où Armelle de Kermouette a-t-elle vomi ?

Coktail – 19 heures 44

12 mars 2008

Alyette a présenté le jeune Bruno à sa fille. Ce dernier a l’air un peu timide, il est grand, il a pas mal de boutons mais on lui trouve de l’allure. Armelle l’a à peine regardé, ce qui a déplu à sa mère. Elle le trouve répugnant et elle dit à l’oreille de sa cousine « bonjour la tête de con… ».

Dans l’orangerie, tout se déroule comme prévu. Gérard sert des « kyr Kermouette » une recette dont il a le secret et qu’il ne délivre pas, c’est un « secret de famille » dit-il en riant.
Il ne pleut plus, le soleil se couche sur la Gérardière et la bonne humeur est là. Edwige a même entamé un petit air de musique à la flûte traversière. Marguerite-Marie dit à Alyette « dis-donc ta fille a un réel talent ! » et Alyette se faufile au milieu de ses invités en souriant avec un plat de feuilletés secs. Elle est agacée par Amelia qui fait bande-à-part avec un couple de parisiens. Alyette les a invités parce que Monsieur d’Espadouille s’est beaucoup investi dans la restauration de l’orangerie et a su récolter les fonds nécessaires. Il faut dire qu’Amelia est subjuguée par sa femme, une grande tige blonde qui lui explique qu’elle tient une galerie d’art à Paris et qu’ils ont acheté il n’y a pas très longtemps un petit manoir à deux kilomètres d’ici. Amelia fait la maline elle tente de placer qu’elle est la femme de Jean-Pierre Leguoulle, son gloss coule un peu sur son menton à cause du gras du tarama, mais la parisienne rétorque en plaisantant qu’elle ne connaît que Jean-Paul Goude. La parisienne demande qui est le petit tas qui fait chier tout le monde avec sa flûte, Amelia ricane et cela n’échappe pas à Alyette qui arrive vers elle avec son plateau. « Tout se passe bien ? » demande-t-elle. « Oh ! Alyette ! tout est divin, vraiment vous nous gâtez ! » répond Amelia. Alors Alyette dit : « je voudrais qu’Edwige cesse de jouer et qu’elle aille s’amuser avec les jeunes … » Amelia blémit, elle bégaie « c’est dommage, Sarah et Louis-Dimitri n’étaient pas au courant, sinon… » Mais Alyette lui coupe la parole « Voyez-vous, Amelia, ce sont des jeunes qui ont d’autres préoccupations que l’alcool ce soir ». Amelia rougit, ç’en est un peu trop pour elle, alors elle crache « je m’excuse, mais ma fille, au moins, ne couche pas ». « Oh ! » s’exclame Alyette « la mienne non plus, elle a juste été victime de voyous qui ont profité de son innocence… ». Amelia abat sa dernière carte « Non, Alyette. Tout le monde sait qu’Armelle couche avec beaucoup, beaucoup de garçons… ».

La parisienne se racle la gorge, Tante Pipou qui était derrière Alyette manque de s’étouffer avec une mini saucisse. Amelia tourne les talons.

Coktail – 18 heures 20

12 mars 2008

Alyette est énervée et tout le monde se fait engueuler. Même Anne-Marie qui fait n’importe quoi avec le plateau de verrines. De temps en temps Edwige soupire en levant les yeux au ciel, quant à Armelle, Alyette l’a renvoyée trois fois dans sa chambre pour se changer, Anne-Marie trouve que sa sœur a l’air de faire le trottoir…
Alyette respire fort, et Gérard dès qu’il apparaît en prend pour son grade. Du coup il s’est replié dans l’orangerie.

Les premières voitures arrivent. Alyette regarde sa montre et murmure « et ben dès qu’il s’agit de bouffer y en a qui sont pas en retard… ». Gérard trouve qu’il fait un peu froid dans l’orangerie, il sifflote pour se réchauffer, il vole même un carré de pain de mie maigrement tartiné de tarama premier prix, il fait un peu la grimace, il faut dire que le pain de mie colle à son dentier. Il se dit que ce serait rigolo tout à l’heure de sonner un coup de trompe. Tiens, ouais ! Bonne idée.

coktail – 18 heures 06

12 mars 2008

Anne-Marie a sorti une robe bleue lavande (dans la famille ils adorent dire qu’ils « sont très bleu »), ses enfants sont en culotte courte et Servane-Colombe est en robe à smokes vert bouteille. Elle a trouvé tout ça dans une vente-échange entre amies du même quartier, on y fait de véritables affaires ! Servane-Colombe regarde sa mère et dit « Oh ! Maman comme vous êtes belle! ». Anne-Marie a les larmes aux yeux…

Alyette est embêtée : elle n’arrive pas à fermer une jupe qu’elle s’était cousue l’hiver dernier pour le baptême de la dernière d’Anne-Marie. Elle a beau retenir sa respiration ça ne fonctionne pas. C’est de la faute d’Armelle, dès qu’elle est contrariée elle fait de la rétention d’eau. Tant pis, elle installe rapidement un élastique entre la boutonnière et le bouton, hé ! hé ! elle a plus d’un tour dans son sac ! Elle passe un peigne sur ses mèches grises, un peu de crayon bleu sur ses paupières, du rouge à lèvre rouge acide qui accroche bien grâce aux poils de sa moustache et elle plante une broche sur une veste en soie sauvage bleu canard qu’elle met normalement pour l’ouverture de la chasse. Elle se regarde dans une glace, elle trouve ce camaïeu de bleus assez réussi.

Gérard enfile son blazer bleu marine, il l’a depuis vingt-cinq ans et il n’a pas bougé. Il met une cravate rouge avec des motifs cachemire, Alyette frotte rapidement avec l’éponge des chiottes une tâche de gras, tout en soufflant « dès que tu bois trop tu te tâches… ». Gérard lève la tête en faisant des bruits de bouche : son dentier est mal ajusté.

Edwige a une petite jupe au genou bleu marine et un chemisier dont elle a relevé le col. Elle a mit sa médaille de baptême, et elle chantonne « la voilà la blanche hermine tit tiitttii  » en descendant d’un pas léger l’escalier dans ses petits escarpins plats.

Soudain Alyette est inquiète, elle entre brusquement dans la chambre d’Armelle. Cette dernière lit Elle Magazine, special astro-sexe, sur son lit en écoutant de la musique. Excédée, elle dit d’un ton autoritaire : « tu t’habilles s’il te plaît, tu me donnes ce torchon qui va directement à la poubelle et tu éteins ce boum-boum-boum qui va tu-er ton père… ». Et elle redescend. Plus qu’un petit quart d’heure avant que les premiers n’arrivent.

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