The retour of the Kermouette

14 septembre 2008

— OH…Ce pauvre Gérard… il était décomposé… Une épreuve… Une véritable épreuve pour eux. Tu aurais vu ça : des ploucs à la pelle. Sa fille n’avait l’air de rien, de l’autre côté il y avait de la poitrine à l’air en veux-tu en voilà et pour couronner le tout Madame Fritard avait prévu un spectacle. Tu m’entends ? Un spectacle de danse cow-boy !

Tante Pipou est aux anges, elle savait qu’elle ferait un effet bœuf avec son récit du mariage Kermouette. D’ailleurs c’est uniquement pour ça que Benoîte l’a invitée à venir boire un petit café. Elle repose sa tasse, s’essuie la bouche, attrape une chouquette, elle sait que tout le monde attend la suite, elle essaye d’extraire un morceau de sucre qui s’est coincé dans son bridge.
— Des cow-boys ? demande en grimaçant Benoîte.
— Je te le jure ! Des filles décolorées qui dansaient en bottes, qui montraient leurs cuisses en mâchant du chouing-gum… Je peux te dire qu’au moment où elles saluaient l’assistance, Alyette a pris le micro pour remettre les points sur les I. Elle leur a demandé de quitter les lieux leur expliquant que, dans une propriétée classée, on ne pouvait pas se permettre tout et n’importe quoi, et que la soirée se terminerait à une heure du matin.
— Nââââân…
— Si ! J’ai vu Nadine se lever, furieuse, elle s’est dirigée vers Alyette et elles ont commencé à se disputer. Gérard est intervenu, il a pris sa femme par le bras et ils sont partis… Am-biance… Alyette ne veut plus en entendre parler. Quand Nadine vient rendre visite à son fils elle évite Alyette.
— Ah ! Parce que Armelle s’est installée avec son mari là-bas ?
— Mais oui ! Ils n’avaient pas de toît ! Alors Gérard leur prête gentiment une partie des communs en attendant que Jérémie Fritard finisse ses études.

Alyette a passé un été de merde. L’ainée de ses filles est restée deux mois avec ses quatre enfants, ses cousines se sont succédées, n’ont pas arrêté de demander comment était le mariage, si ça s’était bien passé et si il y avait des photos, un cauchemar. Et pour couronner le tout son gendre passe désormais sous ses fenêtres matin, midi et soir, avec des airs de prince. Dès qu’elle l’aperçoit Alyette ferme exprès ses vitres en faisant beaucoup de bruit pour qu’il puisse voir qu’elle ne l’aime pas. Mais Jérémie Fritard s’en tape, ça ne lui fait ni chaud ni froid, il se sent chez lui à La Gérardière, Alyette l’a même vu passer une main affectueuse dans les cheveux de son fils en l’appelant « Graine de comte », elle a terminé sa journée au lit avec une fièvre de cheval. Elle essaye d’oublier ce 7 juillet et tout ce qu’elle endure pour se concentrer sur le plus important : la soirée d’Edwige en octobre. Edwige reçoit pour le rallye Blanche Hermine et elle voudrait que la soirée ait de la tenue, que les jeunes gens fassent des efforts et invitent gentiment TOUTES les jeunes filles, d’autant plus qu’Edwige aura ses cousines qui viennent d’Orléans et il n’est pas question qu’elles fassent tapisserie. D’autre part il va falloir surveiller les petits malins qui s’amusent à contourner les règles, d’abord ceux qui dissimulent de l’alcool et ensuite ceux qui auraient l’intention de s’égarer dans les fourrés. Gérard a proposé de mettre toutes les crottes de Cargo, son fidèle braque, dans les coins perdus, afin que ceux qui s’y aventurent puissent être identifiables quand ils ressortiront. Alyette a dit que c’était une bonne idée mais qu’elle préférait largement la paire de jumelle à rayons infra-rouges que Gérard utilise pour la chasse, elle assure que « de la chambre d’Anne-Marie j’arrive à quadriller parfaitement le terrain ».

Les Fritard ont passé un été dément quant à eux. De toutes les façons tous les ans, ils louent avec des copains dans le Sud. De temps en temps Renaud recevaient des messages sur son portable qu’il effaçait vite. Il ne veut plus voir Amelia Leguoulle, ça pourrait nuire à son couple. Parfois il fait des cauchemars où il voit Nadine seule, pleurer et quitter la maison avec son vélo d’appartement et ça lui file des remords…

Quand à Mumu, elle va bien. Elle a inscrit son fils au Poney-Club parce qu’il est précoce et que ce genre d’enfants, on essaye de les mettre en contact avec des animaux, c’est très bénéfique pour eux, ça leur permet de reprendre confiance en eux. C’est le psy qui lui a expliqué tout ça, parce que, m’a-t-elle confié, 192 de QI ce n’est pas toujours un avantage dans la vie… En tout cas il paraît que la monitrice a été stupéfaite de son niveau, elle ne voulait pas croire que cet enfant n’était jamais monté sur un poney. Après elle m’a dit bon je te quitte parce que le mardi soir Amaury-Louis-Charles a judo ! et puis elle a ajouté à voix basse en fronçant les sourcils « elle a pas un peu pris des cuisses Simone pendant les vacances ? »…

Hourra les vacances sont finies !!

2 septembre 2008

Rien que pour connaître la joie de lourder ses moutards à l’école le jour de la rentrée, ça vaut le coup de partir deux mois en vacances. Car depuis que j’ai arrêté le taf et que je fais femme de ménage, nounou et écrivain de blog à temps plein, j’ai deux mois de vacances. Par pitié : ne m’enviez pas…
Deux mois d’adaptation à la vie en communauté dans les grosses baraques de famille, deux mois pendant lesquels je me dois d’être heureuse (youpi c’est les vacances !!!!), de bonne humeur (il pleut ! c’est cool ! on va faire un gateau pour 27 !!), bien élevée (bonjour Papa, bonjour Caro, bonsoir Tante Marie-Croute), gentille (tu veux que j’amène tes filles à la plage ? pas de problème !), motivée (qui vient faire un barrage géant ?!) et conciliante (non, non, ça ne me dérange pas d’aller chercher Aurélia dimanche à minuit à la gare). Tout ça parce que, pauvre de moi, je n’ai pas de résidence secondaire. Vous pouvez pas savoir le nombre de grilles de loto que je remplis en juillet-août, c’est de la folie. Je coche et je m’imagine en Corse, avec des bonnes et des transats.

Et encore si j’étais seule… Mais non ! J’impose systématiquement mes trois moutards et mon clébard, dont j’essuie toute les bavures : un travail de pro… Je me dois de terminer en cachette toutes leurs assiettes d’épinards ou de courgettes, de recoller toutes les fleurs qu’ils ont arrachées, de récolter toutes les crottes que sème le dernier, d’essuyer la pisse du chien sur le canapé, de frotter le paté écrasé sur les bergères Louis Quarante, je me transforme en poulpe géant. La preuve : il paraît même que j’ai les yeux au milieu de la figure. Et pourtant, tout ce boulot ne sert à rien. Chaque année j’ai l’impression de passer mes vacances avec Super Nanny et Françoise Dolto réunies. Deux mois pendant lesquels j’entends que mes enfants sont mal-élevés, égoïstes, pieds-nus, qu’ils nous collent la honte à se traiter de connards sur la plage, que ce n’est pas normal des gosses qui dorment aussi peu, qui se couchent aussi tard, qui répondent, qu’il faut les punir moins fort, plus fort, sans crier, et que, je me demande comment tu comptes y arriver avec des gamins qui font ce qu’ils veulent. Tu peux me regarder avec cet air-là, ça ne changera rien, ils font CE-QU’ILS-VEULENT. Et bonjour les jours que je me prépare.

Vous comprendrez donc ma joie quand le réveil a sonné ce matin. Je me suis dit : deux mois que j’attends ce moment. Deux mois. Dans la voiture j’ai assuré que moi aussi, mes chéris, j’étais triste que ce soit la rentrée. Moi aussi je n’aimais pas ça quand j’étais petite, MÊME si j’étais la première de ma classe CHAQUE année. Bref depuis quelques heures je goûte au bonheur d’être chez moi et seule. Je me ballade en culotte, je saute tous les repas, je me fais des sandwichs au ketchup que je trempe dans du café à n’importe quelle heure, je prends des bains géants en chantant Strangers in the night, bref, je suis libre. Je me demande juste quel est le sale con qui m’a foutu quasiment trois semaines de vacances au mois de février, mais à chaque jour suffit sa peine. D’ici là j’aurai peut-être gagné de quoi me payer un chalet dans les Alpes.

Tout ça pour vous dire que je suis revenue. Je me suis ruée sur mon Mac, il m’avait tellement manqué. Et vous aussi. Merci pour vos messages toujours sympas (sauf ceux qui disent que je suis méchante, ça devient lourd : tout le monde sait que je suis très TRÈS méchante), ne vous inquiétez pas Belinda et Alyette de Kermouette vont bien, je réfléchis à leur destin. Dormez bien !

Le mariage d’Armelle de Kermouette/2

7 juillet 2008

En se levant ce matin, Alyette aperçoit quelque chose qui flotte au loin, près de l’Orangerie. Mais c’est qu’elle n’est pas très réveillée : cette nuit en cachette elle s’est levée pour aller voir la robe de mariée d’Armelle. En ouvrant le drap elle a failli avoir une attaque et n’a pu se rendormir qu’à l’aube. Elle attrape ses lunettes, mais ne distingue que des taches rouges. Elle s’habille pour aller voir : les Fritard sont à l’œuvre et ont commencé à conchier les lieux. Nadine salue Alyette qui lui tend le bout de ses doigts, Melody s’approche pour dire bonjour, Alyette esquisse un sourire grimaçant en hochant la tête demande « et vous êtes ? » Melody, répond la jeune femme en mâchant un chewing-gum, ah ! oui… murmure Alyette en détaillant des pieds à la tête son interlocutrice au look baba-cool. Puis Alyette de Kermouette tourne la tête et reste médusée par tant de laideur. Les ballons aux couleurs criardes rivalisent avec les banderolles en crépon. C’est beau hein ? demande Nadine très fière. C’est que je n’ai pas du tout l’habitude de ce genre de fantaisies, dit Alyette en plissant les yeux pour essayer de lire ce qu’il y a sur les ballons. Je vais aller faire quelques bouquets d’hortensias et je les apporte… euh… en revanche les ballons dans les orangers je vous demanderai de les enlever car ça va les abîmer… Melody a regardé sa mère excédée, elle n’aime pas qu’on vienne perturber ses méthodes de travail.

Alyette traverse le parc et rentre dans la cuisine où Gérard prend son petit-déjeuner. C’est la fête à neuneu là-bas, ils m’ont salopé l’Orangerie, lui balance sa femme, les Fritard ont envahi les lieux avec un tas de sa-lo-pe-ries (elle prononce tout bas le mot en articulant un maximum), dès qu’ils auront évacué les lieux tu me feras le plaisir d’aller crever les ballons en plastique, parce que les ploucs adorent le plastique et toutes les matières synthétiques, on leur dira que ce sont les chauve-souris. Gérard hoche la tête, répond qu’en même temps des chauve-souris en plein jour là-dedans ça se peut pas, Gérard ! ces gens là mettent les pieds pour la première fois de leur vie dans une orangerie, alors si tu crois qu’ils connaissent le mode de vie des chauve-souris de La Gérardière… ne va pas, s’il-te-plaît, prêter au Peuple des connaissances qu’il n’a pas…

Armelle part chez le coiffeur, Edwige enfile une veste et une jupe en soie sauvage bleue, Anne-Marie une robe chasuble en vichy rouge, Alyette remet l’ensemble bleu ciel qu’elle portait pour les fiançailles d’Anne-Marie, Gérard part crever les ballons avec son rateau.
Nadine a du mal à passer la tête dans son ensemble en mousseline sans que cela ne touche son chignon, Melody ajuste sa saharienne tandis que ses deux filles braillent c’est quand qu’on mange ? Les filles calmez-vous et allez voir Tonton pour me dire si il est prêt. Jérémie règle les détails de sa coiffure à grand coup de gel, dans deux heures je serai comme chez moi au château, dans dix ans mes petits-enfants viendront jouer à La Jérémirdière ! Armelle sort de chez le coiffeur, Alyette l’attend et manque de crever en voyant les anglaises qui dégoulinent de chaque côté du chignon. Tu ne vas peut-être pas aller comme ça à la chapelle ? Non, non, je suis désolée mais les tournicotis brillants là, c’est ridicule. Elle dépose sa fille devant le perron pour qu’elle monte s’habiller. Les Fritard arrivent avec les enfants et Jérémie à La Gérardière. Servane-Colombe qui les voit sortir de la voiture par la fenêtre de sa chambre demande pourquoi elle a pas eu le droit de s’habiller en chanteuse comme les autres petites filles. Anne-Marie jette alors un regard, fait han ! en découvrant les petites métisses en mini-jupe à volants jaunes et tongs à fleurs, coiffées d’un diadème en plastique et occupées à faire un concours de bulles avec leur malabar. Guyonne frappe à sa porte, entre comme un boulet, dit à Anne-Marie tu as vu dehors !!! Ils sont dé-gui-sés…

Les Fritard attendent avec impatience la mariée et quand Armelle apparaît Nadine secoue son poignée en disant mais qu’est-ce qu’elle est belle ! Jérémie, les larmes aux yeux s’approche et l’embrasse sur le bouche en lui tenant les mains, bon tiens-toi un peu Armelle lui dit sèchement Gérard. Anne-Marie, Guyonne et Edwige regardent Armelle avec des yeux ronds, Guyonne dit c’est pas tant la robe mais cette coiffure… Armelle sourit dans sa robe blanche à lacets rouge devant, qui ne ressemble finalement pas à grand chose. Anne-Marie les bras croisés, pince les lèvres et veille à ce que sa fille ne joue pas avec les gamines aux oreilles perçées.

Les cousins des Fritard attendent les mariés devant la mairie en faisant tuuutuut!! tuuut!! Un par-terre de ploucs endimanchés tapent des mains en criant Jérém’ ! Jérém’ ! Jérém’ ! et Gérard et Alyette en silence, fendent l’assemblée dignement, suivis de Guyonne qui répète « quand même… » et de Tante Pipou qui tient son sac serré contre elle. À la mairie Armelle et Jérémie se disent oui, s’embrassent fougueusement en sortant, le bisou ! le bisou ! le bisou ! hurlent la famille des Fritard. La bénédiction religieuse se passe bien, les chants de Guyonne ne connaissent aucun succès, et elle chante seule accompagnée d’Edwige, qui, émue par le mariage de sa sœur, fout plein de morve dans la flûte traversière et collectionne les fausses notes. Les cousins, oncles et tantes de Jérémie se sont extasiés devant le château, ont dit à Jérémie, fier comme Artaban, putain mon vieux tu te fais pas iech ! Au cocktail, qui est copieux, Alyette tord la bouche en voyant les Leguoulle arriver et murmure  » tiens ! après les ploucs, les pique-assiettes ! On m’aura tout fait. « 

Amelia est très gênée en disant bonjour à Renaud. Mumu rôde, à l’affût, un sourire au coin des lèvres, tout en se goinfrant de verrines, Tante Pipou demande à Anne-Marie si les Fritard sont de gauche ou à droite ? Et puis soudain, Nadine demande qu’on se taise. « Armelle, commence-t-elle, je suis heureuse de t’avoir pour belle-fille car c’est pas tous les jours qu’on a un fils qui se marie avec une princesse comme toi, je vous souhaite d’être heureux et vous remercie pour le merveilleux petit-fils que vous nous avez déjà donné, c’est magique d’être mamie, elle retient un sanglot, dit je m’excuse je suis émue, alors longue vie à vous et que la fête commence ! Musique ! ». C’est à ce moment que les Franky’s Sisters sont arrivées au pas chassé la main au ceinturon. Tout s’est bien passé, même Gérard qui n’avait pas molli sur le champagne, a tapé des mains en cadence. Armelle a crié « Yi ha ! », les cousins Fritard ont sifflé avec leurs doigts et Amelia a vu que Renaud regardait les cuisses des danseuses. Elle a essayé de lui montrer qu’elle était là avec des petits signes discrets de la main, mais chaque fois dans son champ de vison, Muriel Riboulchon lui rappelait qu’elle serait désormais toujours entre eux deux. Belinda a donné tout ce qu’elle avait, pour prouver à tout le monde qu’elle en était capable. C’est quelques minutes avant la fin que le drame s’est produit : quelques secondes d’inattention ont suffi pour qu’elle se prenne les pieds dans son lasso. Elle s’est vite relevée et les autres ont continué comme si de rien n’était, mais elle a su, Belinda, elle a lu dans le regard de Franky que Nashville, pour elle, c’était terminé.

 

Conseil du jour : trop de verrines tue la verrine.

Le mariage d’Armelle de Kermouette/1

7 juillet 2008

Répétition générale
Hier soir Nadine a chargé sa voiture, afin qu’elle puisse être tôt à la Gérardière pour y installer toute la déco. Melody, sa fille, qui vient de la région parisienne, sera là pour l’aider. Car Melody aime la déco. Valerie Damidot est son mentor; elle est pleine d’idées et on l’appelle souvent dans sa famille lorsqu’il s’agit de décorer une salle des fêtes. Elle a fait imprimer quelques ballons en forme de cœur avec le nom des mariés, prévu des guirlandes de papier pour l’intérieur de la salle et différents nœuds de tulle blanc pour la voiture des mariés et celles des autres. Le costard italien de Jérémie est prêt, la tenue de noce de Guirec aussi. Quant à Armelle tout le monde attend de la voir.

Franky a fait répéter une toute dernière fois la chorégraphie aux filles. Belinda s’est un peu améliorée au niveau du rythme mais sa faiblesse reste encore et toujours son poids qui, souvent, en fin de parcours, la pénalise de quelques secondes de retard. Franky lui rabâche pourtant « mollo sur les chocos, Bell’ « , ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre. Hier matin il a pété un cable quand il l’a vue avaler un paquet entier de gaufres au chocolat. Pendant que toutes les autres faisaient quelques étirements à la pause et buvaient des litres d’eau, il a retrouvé Belinda dans les vestiaires en train de se goinfrer. Il a hurlé « putain mais c’est pas vrai ! Je te demande de faire des efforts pondérales et toi tu te baffres dès que j’ai le dos tourné ! Méfie-toi Belinda, je te le dis une dernière fois, je ne veux que des winners dans ma troupe. » Et il est sorti en claquant la porte et en sifflant « grosse vache… » Belinda s’est mise à pleurer, avec ses doigts tout gras elle s’est frotté les yeux, Stella et Jess (Sandrine et Nadège) sont venues la consoler, lui dire que c’était un connard ce mec et qu’à partir du moment où elles se feraient repérer à Nashville elles le planteraient direct. En attendant Belinda, fais du mieux que tu peux et couche-toi tôt ce soir parce que demain c’est le soir S. C’est quoi le soir S ? a demandé Belinda. Ben… y a le jour J et le soir S, c’est comme ça. Yi ha Belinda !

Anne-Marie est arrivée à La Gérardière, avec ses quatre enfants. Gérard est parti à la gare chercher Guyonne qui animera la cérémonie religieuse, comment ferait-on sans notre Guyonne, répète-t-on inlassablement à La Gérardière. Alyette a appelé Nadine pour savoir si tout était prêt et si elle pouvait faire quelque chose, vous serez combien au fait a-t-elle demandé ? Quand Nadine a répondu trente-six Alyette a failli s’étouffer, comment ça trente-six… on avait pourtant dit « en petit comité », non ? C’est-à dire que nos familles respectives sont venues de loin et nous avons ajouté quelques amis, a dit Nadine, sans scrupule, puisque c’est elle qui se charge de tout. Alyette a raccroché, toute blanche, Anne-Marie s’est précipité vers elle en demandant « ça ne va pas Maman ? Vous voulez vous allonger ? ». Non, non, mais… je sens que le pire est à venir. Nadine de son côté a haussé les épaules : elle est gonflée celle-là… ça ne donne pas un sou et ça se permet des réflexions…

Armelle est allée chercher sa robe seule chez ArtemissMonde. Elle a choisi un modèle champêtre, avec boléro. Puis elle est allée la déposer chez ses parents afin que Jérémie ne puisse rien voir. Alyette a demandé si elle pouvait jeter un coup d’œil, ça me ferait plaisir ma chérie, mais sa fille lui a dit que ce serait la surprise ab-so-lue. Tu voudras que je te coiffe peut-être ? Non, merci, Maman mais je me ferai faire un chignon chez le coiffeur. Ouh la ! s’est exclamée Alyette, pas trop bariolé j’espère, parce que je ne voudrais pas que tu ressembles à une fille de concierge ! Tu me comprends ! Et ton fils ? Ton fils tu vas l’habiller comment ? Tu sais que j’ai encore quelques barboteuses ayant appartenues aux fils d’Anne-Marie et que j’ai cousues moi-même ! Oh non, merci, mais j’ai prévu un ensemble jaune pour lui. Le cortège sera jaune de toutes les façons. Le cortège ! a hurlé Alyette. Mais ! Tu aurais pu me prévenir, nous aurions mis Servane-Colombe et Vianney dedans ! Armelle a tordu la bouche en disant que c’était embêtant mais que Melody s’était occupée de tout, vu que ses filles seront demoiselles d’honneur. Melo quoi ? demande Alyette. « Me-lo-dy, la sœur de Jérémie, elle a deux petites : Luna et Maëva ». Oh… Luna et quoi ? C’est affreux… c’est amusant cette volonté qu’ont les gens d’appeler leurs enfants comme des caniches… « Maman par pitié ! » lance Armelle exaspérée. Mais sa mère renchérit : le problème, c’est qu’avec le jaune il faut jouer fin, tu sais, et c’est que le jaune ça ne donne pas bonne mine aux enfants… Alyette est furieuse que ses propres petits-enfants ne fassent pas partie du cortège, ils auraient relevé le niveau.  » Mais les filles de Melody sont métisses Maman ! Alors le jaune leur va très très bien ! Et pas de gaffe, pas de réflexion : ils sont divorcés, donc leur papa ne sera pas là « . Alyette est restée muette de stupeur. Dans un souffle elle dit juste : si tu pouvais éviter de dire leur « papa », on dit leur « père », juste ça…

Haine absolue. Passion tragique.

3 juillet 2008

Quand Alyette, fraîchement revenue de Brest, a ouvert l’enveloppe blanche elle a fait un « oh ! » de surprise, en fronçant les sourcils. Mais enfin… mais qui… Gérard ! Viens voir ! Gérard !? Qu’est-ce qui fabrique l’imbécile ! Gérard est arrivé, le dos vouté, il faut dire qu’il bosse pas mal dans le jardin en ce moment. Il a lu c’est toi la salope ferme-la, d’un ton neutre, Alyette a dit non mais tu te rends compte ! Gérard a haussé les épaules, a dit c’est du n’importe quoi avant de repartir bouturer ses hortensias. Alyette a cherché qui pouvait bien lui envoyer cela, mais ça ne lui fait pas peur. Ah ! Ça non. Des comiques elle en connaît et elle en a mâté plus d’un. Elle déchire le billet et s’apprête à téléphoner à Nadine Fritard.

Nadine jubile. J-4, son médecin lui a recommandé quelques pillules pour l’aider à dormir car elle est très, très excitée. IL faut dire que tout est chronométré et millimétré pour la noce. Mariage à la mairie à 16 heures, cérémonie religieuse à 16 heures trente, lancer de colombes, coktail-dinatoire de dix-huit heures à vingt-et-une heure, les invités en auront pour leur argent. C’est Bichon, le traiteur de Perchouin-les-Croches, qui s’occupe de tout. Champagne à volonté, verrines en tout genre, zakouskis divers, entremets délicats, tout y sera. Au moment de la pièce montée elle enverra les « Franky’s sister » sous les applaudissements des cousins de Savoie. Elle imagine Jérémie, un peu à la Rick Divers, embrassant la mariée. Les mômes à Melody (sa fille ainée) dans des petits costards faits sur-mesure, la fête battra son plein, ce sera magnifique. Armelle a choisit sa robe seule, il paraît que c’est surprise-surprise et très originale… Nadine part gaiement à son cours de fitness, dernière ligne droite avant d’enfiler sa tenue de sirène.

Mumu arpente désespérément les rues de la ville dans l’espoir de croiser Amélia ou Nadine, mais elle n’a vu personne. Le vent de panique qu’elle espérait semer ne s’est jamais levé, pas un potin à ce sujet, et pourtant elle était de tous les petits cafés, de tous les aprèm’ bricolage et de toutes les tournantes de livres cette semaine. Tous les soirs elle passe devant l’imprimerie mais il ne se passe rien, elle voit Renaud fermer la porte et s’en aller. Chaque soir, elle donne un coup de poing dans son volant en criant et merde ! Ce soir elle rentre chez elle, passe devant l’imprimerie et son cœur bondit, Amelia est planquée derrière un arbre et attend. Mumu se gare, attrape ses jumelles, ah ! les tourtereaux sont de retour ! Allez ! Allez venez que je vous attrape !

Amelia en fin d’après-midi a composé le numéro de Renaud Fritard. Elle lui a juste laissé un message « ce soir 20h j’arrive. A. » Alors au moment où Renaud tourne la clé, elle lui saute dessus en criant « coucou c’est moi ! », Renaud bondit, dit « tu m’as fait peur », Amelia répond ouvre la porte s’il te plaît en ricanant derrière un éventail. Renaud rouvre, Amelia le pousse à l’intérieur, d’un geste fait voler ses escarpins, ferme la porte d’un mouvement d’orteil, attrape Renaud par le col et l’embrasse fougueusement. Renaud dit ouh la la, Amelia fait une petite chorégraphie sexy qu’elle a apprise sur Internet, quand elle tourne sur elle-même on voit son string, Renaud a très chaud, il souffle et dit petite sorcière ! Amelia fait la tigresse avec des Rhououoiiu, Renaud la jette sur un tas de papier, Amelia lui arrache sa chemise, il prend la jupe de cette dernière et d’un geste la bazarde derrière des piles de paperasse, Amelia recule à quatre pattes en continuant de faire Rhououiiuiu, Renaud en caleçon entame des ronds-de-jambe un peu naz, surtout que sur ses chaussettes blanches on voit deux petites raquettes bleues et rouges qui se croisent, Amelia enlève son soutien-gorge, se met à genoux comme sur les couvertures des magasines, lève les bras et se dit je suis la grâce incarnée, Renaud n’en peux plus, il s’apprête à la rejoindre en sautant quand une voix brise son élan « Alors les p’tits malins ! On s’éclate ? ». Mumu, le coude posé contre la poignée de la porte sourit en jouant avec son trousseau de clés. « Ouais… je passais… à tout hasard… j’avais des faire-parts à commander pour une copine… ». Amelia, pivoine, rattrape son soutien-gorge, dit « ben ça alors… Mumu… » Mumu l’imite en grimaçant « ben ça alors Mumu », puis elle rentre dans une énorme colère en tapant du pied « et ben quoi ? Hein ? Mumu la conne ? Mumu qui ne voit rien ? Mumu le bouche-trou qu’on appelle juste pour coller les timbres quand on est à la bourre ?  » Elle a les larmes aux yeux. « Je croyais qu’on était des amies. Des heures. J’avais mis des heures a réalisé des bijoux dans le thème de ta soirée de merde. Et toi, toi, tu m’as jetée comme une merde… ». Amelia se relève, Renaud cherche son pantalon en se raclant la gorge. Mumu lance ses clés en l’air, les rattrape, fait claquer sa langue, en fait elle ne sait plus trop quoi dire. Elle conclut : « Je tiens à être des vôtres le 7. C’est moi qui ai les cartes maintenant ». Et elle s’en va en boitillant, car la nuit où elle a glissé devant la maison des Fritard, elle s’est fait une entorse. Elle laisse Amelia ramasser sa jupe en reniflant, Renaud remettre sa chemise. La partie fine est terminée.

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La pécheresse d’Aurélie de La Pontais
http://www.aureliedelapontais.com     
contact@aureliedelapontais.com

 

 

Intrigues et complot de minuit. Le retour de Franky.

30 juin 2008

Mumu sort de chez elle, regarde à droite, puis à gauche. Personne, il fait nuit noire. Il est minuit exactement. Elle enfile un gros poncho qu’elle a confectionné à l’aide d’une couverture : elle a découpé juste un rond au milieu pour laisser passer sa tête. Elle pose sur son crâne un casque de mobylette dont elle rabat la visière, sort de sa voiture et court. Elle dépose sa missive dans la boîte aux lettres des Leguoulle, et rejoint sa voiture à vive allure. Elle en est sûre : personne ne l’a vue. Puis elle se rend, tous feux éteints dans la zone pavillonaire des Canards Sauvages, et recommence la même opération devant la maison des Fritard. Elle manque de tomber en ratant la dernière marche en teck du pavillon, se rattrape de justesse en se tordant la cheville, et s’engouffre à cloche-pied dans son véhicule. Mission réussie, Muriel retourne se coucher à pas de loup, les dés sont jetés.

Quand Amelia se lève le lendemain, elle découvre le message qui la laisse dubitative. Nadine s’est tout ? Est-ce Renaud qui a voulu écrire « Nadine c’est tout » ? Non, il ne l’aurait pas insultée. Qui peut bien la traiter ainsi de salope ? À moins que… Jean-Pierre se serait-il aperçu de quelque chose, aurait-il pu voir comme elle avait changé ces derniers temps ? Impossible, cet imbécile ne voit même pas quand je change de coupe de cheveux, il est toujours par monts et par vaux, il ne savait même pas que Lorenzo passait son brevet la semaine dernière. Rien que de penser à son mari ça l’énerve, elle murmure « gros naz » en avalant une gorgée de café, hier encore elle l’a trouvé épouvantable, avec ses trois mèches teintes qu’il rabat sur son crâne chauve et son front qui perle en permanence, il la dégoûte. Autant quand elle l’a connu il était plutôt mignon, autant maintenant c’est devenu l’homme d’affaires adipeux dans toute sa splendeur. C’est pas compliqué, quand il rentre et dit en souriant « bonjour ma Princesse », elle a envie de le buter. Elle réfléchit en secouant la lettre anonyme entre le pouce et l’index, et si quelqu’un avait voulu l’avertir en disant « Nadine sait tout » ? Qui aurait interêt à la traiter ainsi ? Elle cherche… la seule qui pourrait avoir envie de lui nuire serait Alyette de Kermouette, sa plus grande ennemie. Mais comment aurait-elle pu savoir ? Nadine aurait-elle eu des doutes qu’elle aurait partagés avec Alyette ? Le mystère reste entier, n’empêche qu’il faut battre le fer quand il est chaud, Amelia s’installe avec un journal et des ciseaux. Attends voir ma grande… Attends voir de quel bois je me chauffe…

Nadine a ouvert son courrier et n’a rien compris au message. De qui faut-il qu’elle se méfie ? De son mari peut-être ? Elle hausse les épaules et pense qu’il y a vraiment des gens qui n’ont rien à faire ici. Il y a une seconde lettre dans son courrier, un petit mot d’Alyette de Kermouette, lui disant qu’il faut absolument qu’elles se voient à son retour de Brest, afin de fixer les dernières modalités pour le sept, « étant donné que notre côté nous ne serons qu’une dizaine, je vous laisse vous occuper du dîner, amicalement« . Nadine pense que c’est un peu gonflé vu qu’elle raque déjà pour le champagne, mais bon, on va pas faire d’histoires maintenant et elle tient à ce que toutes ses tatas mangent bien. De son côté tout est prêt, sauf la teue de Jérémie. Elle hésite entre un costard blanc ou quelque chose de plus sombre, de toutes les façons Jérémie, c’est le style italien qui lui convient le mieux…

– Belinda !! Belinda tu n’es pas concentrée ! Et combien de fois j’ai expliqué que dans la country la concentration était la base de base ? Hein ?
Franky laisse tomber ses bras contre son corps. Il a peur de n’être jamais prêt pour le show. Depuis qu’il a monté une troupe de country, c’est la première fois qu’on lui demande de se produire sur scène. Il ne connaît pas encore l’endroit mais ce sera dans un château, la dame lui a dit qu’il y aurait beaucoup de beau monde et que c’était un lieu où de nombreuses réceptions et autres animations se déroulaient. Il faut qu’il soit au top sinon on ne lui demandera jamais de revenir. Et si Belinda continue à faire la conne, elle va tous les planter. Belinda, de son vrai nom Sylvie Chiron, soupire. Elle a les larmes aux yeux, en plus elle crève de chaud, il faut dire qu’avec ses cent-vingt-huit kilos elle fournit beaucoup plus d’efforts que les autres.

– Si j’insiste les girls, c’est parce que Nashville n’est plus si loin. Alors, si un jour, vous voulez qu’on y soit tous – regarde-moi Belinda, c’est aussi pour toi que je parle- il va falloir vous montrer exigeant avec vous-mêmes. J’ai besoin de visibilité au niveau du vécu et d’investissement individuel. Black Son of the Summer disait « quand la santiag m’obeit c’est le Texas qui m’envie » OK ? On reprend : 4 et 4 et poids du corps à gauche… Yi ha ! Allez Belinda !

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Le chef d’œuvre ci-dessus c’est
d’Aurélie de La Pontais

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Rêves de soie, d’or et d’argent

24 juin 2008

Amelia n’est plus la même femme. Elle se sent vivante et resplendissante. Elle est amoureuse de Renaud Fritard, elle en est sûre, elle le trouve beau, elle ne cesse de revivre ce baiser qu’elle lui a volé, baiser osé mais dont elle garde un souvenir ému. Il faut qu’elle revoit Renaud, à n’importe quel prix, dans l’anonymat le plus complet. Jeudi soir prochain, à l’heure où Nadine sera à son cours de fitness, elle le rejoindra à l’imprimerie en cachette mais cette fois, elle se débrouillera pour qu’ils soient seuls. Elle imagine des scènes d’une immense sensualité, avec ses dessous en soie noire que Renaud balancera sur les machines en hurlant I love you ! Il y aura de l’encre partout, ce sera totalement fou, immensément torride. Amelia rêve…

Mumu s’est installée à son bureau et, lentement, elle découpe un par un certains caractères des gros tîtres de son journal. Elle a bien réfléchi et si elle fait ça, c’est avant tout pour ne pas permettre que de telles abominations se reproduisent. Elle ne veut plus jamais voir ça. Ja-mais. C’est pour le bien de tout le monde qu’elle va se permettre de dénoncer l’attitude d’Amelia. Ce n’est pas une catin qui va faire la loi ici. Elle commence par la première ligne, elle colle les lettres de façon à ce qu’elles forment la phrase suivante : Nadine s’est tout. Salope va. Ce message est pour Amelia, ah ! Elle va lui gâcher sa joie, lui faire peur, c’est finie Amelia Leguoulle qui se permet tout et n’importe quoi, qui flambe dans son cabriolet. Ah ! J’avais l’air con avec mon collier de framboises et ben, à nous deux ma vieille. Mumu murmure même « elle est dead ». La seconde lettre est pour Nadine Fritard. Il est marqué sur un bout de carton : Renaud fait couler trop d’encre. Méfier-vous. Elle contemple son œuvre, retire ses gants de vaisselle qu’elle a mis pour ne pas laisser d’empreintes mais sous lesquels elle transpire, et entame l’adresse sur les enveloppes. Elle soupire et pense « ça ne me fait pas plaisir de faire ça, mais je suis o-bli-gée. » Elle est quand même fière de ses idées. Elle espère que dans quelques années elle pourra révéler que c’était Elle, l’auteur secrète des « lettres », Elle qui mit au grand jour les relations illicites d’Amelia Leguoulle, Elle : Muriel Riboulchon, femme d’action.

Alyette a rejoint Anne-Marie qui va mieux, à Brest. Elle l’aide du mieux qu’elle peut : Yvanrick est reparti en mer. Il fait beau et c’est bientôt la kermesse de l’école. Anne-Marie cette année est responsable en chef du stand de chamboulle-tout, elle est contente car c’est un poste que l’on n’accorde pas à n’importe qui. Elle cherche des bénévoles pour tenir le stand et tout le monde la fuit. Dès qu’elle voit un père qui dépose ses enfants, elle se rue sur lui en faisant claquer ses nus-pieds marrons, et elle propose ses horaires, des horaires pourries qui vous plombent une après-midi, on dit… 15h30-16h15, OK ? Vous êtes Monsieur ? Ah… Je note. Pendant qu’elle vaque à ses occupations bénévoles, Alyette torche ses petits enfants avec la douceur qu’on lui connaît, Alyette est une femme qui part du principe que ce ne sont pas les enfants qui font la loi, que les nouveaux-nés il faut les laisser brailler parce que ça leur fait les poumons, qu’ils comprennent ainsi qu’on n’est pas à leur disposition.

L’ambiance est plus tendue chez les Fritard. Armelle et Jérémie ont annoncé à Nadine qu’ils s’étaient fait renvoyés de La Gérardière comme des gueux. Nadine contemple ses cartons nacrés, les larmes aux yeux, elle se demande si le mariage, qui doit avoir lieu dans quinze jours, va se faire. Elle se mouche, elle pense à sa tenue qui est prête (elle a craqué pour un ensemble en mousseline parme), à ses cousines qui viennent de Savoie exprès parce que c’est dans un château, au spectacle de country (une surprise réservée pour Armelle qui aime bien cette musique). Plus elle y pense et plus ses yeux débordent. Renaud tente de la consoler, il propose même d’aller voir les Mouettes-là ou je sais plus quoi si on dit pas les premières lettres et on va causer. Mais la vérité c’est que le mariage de Jérémie, il s’en fout : il repense à Amelia. Pourtant c’est vrai, elle est complètement hystérique, elle lui fait même un peu peur, mais il doit reconnaître qu’elle est appétissante. Il n’arrive même plus à écouter Claire Chazal ou à se concentrer sur quelque chose, indéfiniment il revoit le décolleté en dentelle prune. Nadine demande à Jérémie et Armelle où ils comptent s’installer, parce que bon, ici, c’est pas vraiment une solution, hein ? Jérémie susure à Armelle qu’il faut absolument qu’elle négocie une partie des communs de La Gérardière pour pouvoir y construire un nid d’amour, après tout ils ont donné un héritier, il faut que justice soit rendue. Après il recevra ses copains, il s’imagine les accueillant pour un dîner aux chandelles à l’intérieur de l’Orangerie, on l’appellera Monsieur le Comte, il leur expliquera l’histoire du château tandis que Guirec traversera au grand galop ses terres. Il lui faudrait la même chevalière que Gérard… il fera de longues tirades qu’il terminera par Rigoletus verrum. Et un jour, un jour tout à fait ordinaire pendant lequel Alyette aura décidé de faire ses confitures, il s’approchera doucement derrière elle et il lui enfoncera la tronche dans sa bassine de fraises bouillantes, il appuiera de toutes ses forces en la maintenant par le cou jusqu’à ce qu’elle crève, on fera croire à un accident. Il enfermera Gérard dans une maison de viocs, et enfin, enfin il pourra jouir de son domaine, lui, Jérémie Fritard petit-fils du berger René Fritard, avocat et maître des lieux.

 

 

Passion sous les platanes, fureur à la Gérardière

20 juin 2008

Amelia et Renaud hésitèrent un peu avant de choisir un petit troquet à l’ombre des platanes. Renaud demanda deux coupes de champagne alors qu’il rêvait d’une bière fraîche, Amelia trouva qu’il aurait pu carrément commander une bouteille entière. Elle le remercia pour ses cartons, il lui rétorqua que sa soirée était très réussie, la preuve c’est que Nadine avait mal aux pieds tellement qu’elle avait dansé. « Mouais, je me suis demandée si ce fourreau rose m’allait réellement bien… » dit Amelia en posant un doigt au coin de ses lèvres et en recentrant le sujet de la conversation sur sa personne (elle songeait : tu vas voir que ce couillon va me parler de sa femme…). Elle fit un petit Hum, en secouant ses cheveux et en laissant apercevoir un quart de son décolleté en dentelle. Elle attendit longtemps avant que Renaud réponde que si, c’était pas mal, moi j’aime bien quand ça colle les formes. Elle s’étouffa en avalant une gorgée de champagne et rétorqua ben, dis-donc, dis tout de suite que je suis grosse ! Renaud sourit, il était visiblement assez mal à l’aise. Alors, Amelia, pour détendre l’atmosphère, fit tomber son escarpin et, comme elle l’avait déjà vu dans un film d’amour américain, commença à chatouiller le mollet de Renaud Fritard avec son gros orteil. Mais Renaud, qui n’était pas habitué à ce genre de geste, sursauta avant de jeter un regard furibond sous la table. Amelia, qui avait pourtant répété cette scène trente fois chez elle seule en face d’un guéridon, remit rapidement sa chaussure en rougissant. Puis Renaud regarda sa montre, dit bon, ben… c’est pas tout… mais y a foot ce soir… « Quel dommage, si vite… » répondit Amelia en battant des cils. Renaud lui prit la main avec un large sourire et la regarda tendrement. « Allons marcher, supplia Amelia, cinq minutes seulement… ». Elle ressemblait à une aquarelle de Marie Laurencin. Renaud qui avait l’âme d’un prince régla l’addition et en sortant, il aperçut sa muse qui l’appelait, assise sur un banc. Il la rejoint et à peine s’était-il assis qu’elle se jeta sur lui et posa ses lèvres sur les siennes ; il avait du mal à respirer, il répondit dans un premier temps à ce baiser avant de repousser comme il pouvait son assaillante. Arrête, Amelia, lui demanda-t-il gentiment, arrête, il ne faut pas. Alors cette dernière le regarda les yeux plein de larmes, se leva et prit le chemin de sa voiture. Renaud s’essuya la bouche encore surpris et resta assis, il trouvait le comportement d’Amelia complètement hystérique. Il ne fit même pas attention à la femme pleine d’aiguilles de pin, qui venait de sortir en tombant d’une haie à quelques mètres de lui, et qui dans un grand Crac ! déchira sa chemise en liberty bleue.

Dès qu’elle sut qu’elle n’était plus dans son champs de vision, Amelia se mit à trotter sur ses escarpins qui lui cisaillaient les doigts de pied. Bientôt, assise au volant, elle se prit la tête entre les mains et respira un grand coup. Elle murmura ça y est ! Ça y est j’ai un amant ! Je fais maintenant partie de ces femmes qui connaissent l’adultère ! Elle se sentait l’âme d’une tigresse, la prochaine fois qu’elle le verrait ce serait dans un hôtel, c’était sûr. Il était fou d’elle ! Elle était folle de lui ! Mais leur amour était… elle renifla, impossible… Elle regarda à droite, à gauche, et incognito, partie rejoindre les siens, avec son secret.

Rien n’avait échappé à Mumu. Elle s’était dépêchée de déposer son fils chez elle, avant de repartir en exploration dans le quartier en chantonnant « C’est là qui va là… Inspecteur Muriel, c’est là qui va là Hou hou ! ». Cachée dans une haie de sapins, elle avait suivi toute la scène en jubilant. Quand ils avaient commencé à s’embrasser, elle avait posé une main sur sa bouche pour étouffer un cri, et attrapé sa médaille avec vigueur pour se protéger de toute cette indécence. Personne ne vit le sourire de Mumu après ce moment-là : c’était celui de la vengeance, avec un grand V.

À La Gérardière, Alyette préparait son sac pour aller à Brest : Anne-marie était victime d’une thrombose hémorroïdaire qui la clouait au bidet. Sa mère arrivait en renfort, Yvanrick était débordé et ses enfants bouffaient du petit pois et de la sardine en boîte depuis maintenant cinq jours. Et le pompom c’était Servane-Colombe qui miaulait depuis une semaine pour aller à l’anniversaire d’Alizée au Mac Do, une petite copine gratinée du CP, qui se plantait devant vous à la sortie des classes avec des « Banjjjjjjjour! » en bombant le torse, drapée dans un sweet-shirt Barbie pailleté. « Ah ! Ça c’est NON ! » avait décrété Anne-Marie en découvrant le carton d’anniversaire, et tous les soirs Yvanrick essayait d’expliquer à sa fille en larme, que les parents d’Alizée n’aimait pas Jésus comme nous ma chérie.
Gérard avait viré définitivement Armelle après le pique-nique familial. Un peu éméché et dès que les derniers cousins furent partis, il était monté dans la chambre de sa cadette. Il avait tout jeté par la fenêtre. « Allez ! Tire-toi ! Tire-toi maintenant ! » lui avait-il hurlé de la chambre aux mésanges. Il n’avait gardé que les meubles, même Boudha s’était envolé manquant de tuer Guyonne qui tentait de s’interposer. Elle avait poussé un rugissement, avant de plonger dans les hortensias, laissant Edwige en larmes assister au spectacle depuis le perron. Armelle avait rejoint sans un mot Jérémie dans la Mercedes que Nadine et Renaud leur avait prêtée et était partie, laissant La Gérardière à feu et à sang. Cependant le lendemain et après une longue discussion autour d’une tisane posée sur une pile de Famille Chrétienne, ils décidèrent de continuer leur combat. Il fallait qu’Armelle et Jérémie se marient, et dans la foulée que Guirec soit baptisé. Pour la paix et le bonheur de tous.

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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La revanche de Muriel Riboulchon

15 juin 2008

Mumu, qui n’avait pas beaucoup d’amies, s’était soudain vue devenir la confidente d’Amelia Leguoulle. Son heure de gloire avait alors sonné, on l’enviait quand elle disait « j’ai aidé Amelia à faire ses cartons pour la soirée rose » et elle frimait avec des phrases comme « Amelia n’avait pas le moral hier soir alors on s’est fait un japonais ». Mumu était devenue quelqu’un. Mumu faisait partie de ces gens en mal d’amour qui s’installent soudain dans votre vie et dont vous ne savez plus vous débarrasser. Alors qu’Amelia lui avait dit un jour « passe mardi pour me dire ce que tu penses de la couleur de mes rideaux », Mumu venait désormais tous les mardis. Elle arrivait en début d’après-midi et restait pendant des heures, persuadée d’être indispensable. Un peu intimidée au début, elle avait rapidement pris ses aises et alors qu’Amelia lui avait demandé son avis par pure gentillesse (parce que l’avis de Muriel Riboulchon tout le monde s’en foutait), Mumu se permettait maintenant un tas de remarques comme « à ta place j’aurais plutôt mis la lampe verte dans le salon » ou encore « tu n’as pas peur que ton fils devienne débile devant ses jeux video ? » (alors que les enfants de Mumu étaient laids et demeurés). Je ne sais pas si vous voyez de quelle situation je veux vous parler mais vous êtes chanceux si vous n’avez jamais croisé ce genre de personnage. Parce que vous payez cher la pitié que vous leur avez octroyée, cette « pitié dangereuse » dont parlait Zweig. Amelia, qui trouvait que Mumu était une gentille fille dont elle pourrait profiter en échange de son interêt si recherché dans la bonne société, avait laissé Muriel Riboulchon envahir sa vie et cette dernière s’y était installée avec force et passion, prenant son rôle à cœur. Elle disait à Amelia « tu es une sœur pour moi » et Amelia pensait tout bas que des sœurs elle en avait déjà, merci beaucoup pauvre conne. Amelia ne supportait plus tout cela, et la dernière fois que Mumu s’était fait un café en disant que les tapis elle les trouvait un peu flashy-flashy à son goût, Amelia s’était fait violence pour ne pas lui tordre le cou (d’autant que chez Mumu c’était à dégueuler, Mumu n’ayant aucun goût ni aucune imagination). Elle se voyait même parfois dans l’obligation de rendre des comptes à Mumu, qui l’appelait à toute heure pour lui demander où elle était ou pour lui faire des reproches comme « tu aurais pu me prévenir que tu partais vendredi à Paris… ».

Muriel n’avais jamais digéré la méchanceté d’Amelia lors de sa soirée rose, et ses moments de bonheur aux côté de cette dernière s’étaient achevés brutalement. Indéfiniment elle revoyait l’horrible sourire et le regard cruel de son amie lui disant « tu sais que t’as vraiment l’air con Mumu », elle en faisait des cauchemars la nuit. Elle qui l’avait soutenue, elle qui l’avait conseillée et même aidée à choisir sa tenue, elle qui avait toujours été là… Mumu ne se remettait pas de s’être faite ainsi humilier devant tout le monde par sa meilleure amie : Amelia Leguoulle lui avait planté un couteau dans le dos… Alors le soir où elle vit Amelia sauter au cou de Renaud elle se dit qu’elle tenait sans doute sa vengeance. Un plat qui se mange froid, comme le chantait Lio autrefois.

Car la patience d’Amelia finit par triompher. Après des heures d’attente elle sauta sur Renaud dès qu’il fut sorti de son imprimerie. Il donnait un dernier tour de clés lorsqu’il vit Amelia débouler à l’angle de la rue. Elle était pendue à son portable et ne semblait pas le voir quand elle s’immobilisa feignant la surprise. Elle lança un « je te quitte, ma chérie, bye ! », raccrocha et dit ça alors, Renaud qu’est-ce que tu fais là ? Renaud lui répondit en fronçant les sourcils « Bah ! c’est là que je travaille enfin ! Tu es pourtant déjà venue ! » Amelia rosit et mit sa main sur le front en disant « Oh ! Que je suis sotte ». Renaud l’embrassa, Amelia sentit son odeur contre elle, elle le regarda, il la regarda, il dit ok ok ! bon ben moi je vais y aller… à moins que… « Soyons fous ! lança Amelia, si on allait rapidement boire une petite coupe de champagne ? ». Renaud resta sans voix, il songea que Nadine était à son cours de fitness et devant le décolleté terrible d’Amelia il fondit. Alors celle-ci eut un geste tendre : elle le prit par le bras, et minaudant, elle murmura « oh… c’est super… ». Quand Muriel Riboulchon, qui revenait du solfège de son cadet, arrêtée au feu, vit cela, elle sentit qu’elle allait à son tour, briser la vie et les rêves d’Amelia Leguoulle. Des rêves amelia en avait : sa nuit commençait à peine…

Je sais le suspense est intolérable. Amelia couchera-t-elle avec Renaud ? Mumu va-t-elle filmer leurs ébats avec une camera dissimulée sous sa médaille ? Nadine va-t-elle rentrer plus tôt de son cours de fitness car elle a perdu son peigne ? La suite bientôt…

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Illustration encore une fois MAGNIFIQUE d’Aurélie de La Pontais
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L’adoubement de Tancrède Pignon de Kermouette

8 juin 2008

« Pfffff… je commence à en avoir ras-le bol « soupire Edwige. Elle lève les yeux au ciel et tape du pied quand sa mère, Alyette, lui demande pour la millième fois un ultime petit service : ramener les piémontaises qui sont dans le frigidaire et du pain, surtout n’oublie pas le pain, tiens Christian ! Tu connais ma dernière ? Edwige, ma petite fée du logis, doublée d’un talent de rossignol !

La messe a eu lieu dans la chapelle de La Gérardière, célébrée par un prêtre cousin des Kermouette, animée par Guyonne qui s’éclate dans la gestuelle et fait sursauter ses doigts à chaque syllabe chantée (ce qu’elle préfère c’est arrêter la chanson par un geste franc horizontal et la main en équerre), accompagnée par Edwige à la flutte : on ne change pas une équipe qui gagne. Les Pignon de Kermouette sont au grand complet, on en compte une bonne centaine. Les enfants courent partout, arrêtés parfois dans leur élan par une main de fer, Guyonne en général, qui leur saisit le haut du bras et dit d’une voix ferme « Tiens, viens-là toi, tu es qui déjà ? Elisabeth ? Ah ! Tu es la fille d’Yves et Sybille ! Je suis ta tante Guyonne ! ». Elle fait chier tous les petits, fait « Ttttttttt » en secouant l’index droit dès qu’il y en a un qui grimpe à un sapin, chez les vieilles filles, donner les leçons aux enfants des autres, c’est souvent une vocation. Et Guyonne, habituée à torturer des classes entières de petites filles à Neuilly-sur-Seine, veut montrer qu’elle sait se faire obéir : c’est en général la raison de vivre des boudins opprimées dans leur enfance. Alyette, est de temps en temps obligée d’expirer par la bouche tant elle a à faire, quelques gouttes de sueur perlent sur sa moustache, d’un œil elle scrute les environs pour vérifier que personne ne manque de rien, et de l’autre elle surveille le débit de boisson de Gérard qui gère les cubis de vin rouge. Il a déjà le regard un peu vitreux et son sourire enivré laisse apparaître ses vieilles couronnes, sa chemise blanche à manches courtes est maculée de tâches de vin. De loin Alyette lui fait des signes agacés et il pousse du coude son cousin en disant « Regarde y a la chef qui n’est pas contente ! ». Toutes les dames sont sur leur 31, elles ont sorti leur passementerie, des colliers fantaisistes bleus et jaunes jusqu’au clips des oreilles dorés, le tout accompagné d’une progéniture en robes à smoke et culottes courtes que Guyonne se charge de mâter. « On a eu de la chance pour le temps ! »dit Sybille, et une autre d’ajouter « Dis-moi, Alyette, je te félicite ! Il paraît qu’Anne-Marie a eu son quatrième ! » , cette dernière sourit aimablement, dit qu’elle est ravie, cette enfant est un enchantement, avant de se figer sur place : Armelle arrive avec Jérémie et Guirec, elle qui était censée passer la journée chez les Fritard.

Il est trop tard pour intervenir. Alyette se sent couvrir de honte, Pipou fronce les sourcils en voyant sa nièce arriver, Tante Sabine donne un coup de coude à Bérangère en se raclant la gorge, Guyonne les bras croisés se roule les poils des bras, Gérard reprend ses esprits en murmurant « et merde… » et Armelle, souriante s’approche pour présenter son fils et son fiancé. C’est Jérémie qui a insisté pour venir, il veut montrer que bientôt lui aussi fera partie de cette lignée de chevaliers bretons et que son fils, Guirec Fritard, a du sang Kermouette qui lui coule dans les veines. Très fier, il serre les mains, bonjour ! Messieurs-Dames… Jérémie ! le copain ! On lui sourit gentiment avec des petits « ah…! très bien ! ». Il continue sa tournée, parfois il se tourne vers Armelle, Attention ! Guigui a perdu sa totoche ! Enchanté ! Sa mère lui a conseillé d’opter pour une tenue élégante, il a donc le torse moulé dans une chemise en soie prune et ses cheveux gominés sont plaqués en arrière. À son passage il collecte quelques sourires forcés, des regards en biais et des demi poignées de main froides. On s’interroge du regard, tu étais au courant qu’Armelle avait eu un fils, toi ? Moi non plus, rhoo, c’est fou quand même. Elle devait se marier dans un mois, non ? Pauvre Alyette… Pourquoi ne nous a-t-elle rien dit ?
Alyette est murée dans son silence, elle serre les dents et profitant d’un moment où sa fille est un peu isolée du groupe elle la prie de rentrer maintenant, que le spectacle a assez duré et qu’il est temps d’apprendre un peu les manières à son fiancé. Et pourtant c’est tout ce qu’il restera de ce pique-nique dans la mémoire familiale : cet épisode tragique alimentera les conversations encore longtemps et aura fait la satisfaction de tous les vautours avides de sensations fortes.

Pendant ce temps, dissimulée sous de grosses lunettes, Amelia passe et repasse devant l’imprimerie Fritard. Parfois elle ralentit, à d’autres moment elle accélère ou se cache derrière une voiture, il faut qu’elle voit Renaud. Quand elle aperçoit son profil elle frémit, se baisse rapidement comme si elle avait fait tomber quelque chose, vérifie la tenue de son rimel dans un rétroviseur… se ronge le pouce… il faut qu’elle lui parle. Deux heures déjà qu’elle poiraute, elle n’a plus qu’à attendre la fermeture.

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