Un nouvel homme dans ma vie

4 février 2009

Au commencement il y eut mon père. Pendant longtemps j’ai pas arrêté de parler de lui « MON père est militaire. Tu vois l’avion qui vole ? C’est MON père qui le conduit, MON père est le meilleur, MON père sait tout faire, MON père est en mer, MON père dit que je suis bien mieux que Lætitia Casta ». Après dix ans sans autre homme dans ma vie que mon père j’ai prié. J’ai prié pour que la nature cesse de me filer des sœurs et mes prières ont été exaucées : j’ai enfin pu dire MON frère. Les années passaient, je ne comptais que deux hommes dans ma vie ; mon univers était essentiellement féminin, composé de sœurs et de tantes à la maison, de bonnes-sœurs et de copines à l’école (ça n’était pas mixte), jusqu’à ce que je rencontre Pancho à la boom de Désirée Marchouin sur un slow de A-ha, une cacahuète coinçée dans la gorge. J’ai pu dire MON mec, par exemple « Regardez les filles par la fenêtre, le mec qui fume des cigarettes sur le trottoir d’en face, c’est MON mec, Pancho, il est en Première A ». MON père disait « Tu raccroches avec Pancho ou je coupe le téléphone, on aimerait bien dormir ! C’est qui ce Pancho ? Pancho comment ? » Les portables et internet n’existaient pas, avec Pancho on communiquait par le biais de la poste : c’était une autre époque. J’ai grandi, Pancho s’est cassé avec sa guitare et ses poêmes et je me suis mariée. J’ai pu dire MON mari, et comme j’étais extrêmement possessive je disais « Tu vois le grand de deux mètres là-bas ? C’est MON mari et si tu t’approches de lui c’est que tu ne tiens pas beaucoup à ta vie petite truie ». Et comme j’aimais la vie j’ai eu un fils et j’ai pu dire MON fils. J’ai soulé tout le monde : « Il pas beau MON fils ? MON fils il faisait 9kg865 grammes à 4 mois et deux semaines ! Yarla ! Tu vois l’astre qui luit au milieu de la cour de récré ? C’est MON fils !!! Yi li li li li !! ».
Je vous vois venir… Vous devez penser que je vais vous annoncer que j’ai un amant ?! Ah ! Non merci ! Si il y a bien une chose qui ne me manque pas c’est ça. Quand je pense que j’ai des copines qui se font chier avec ce genre de trucs je ne les comprends vraiment pas. Un amant c’est pire qu’un mari et qu’un chien réuni : c’est collant, ça vous ment et un beau jour il paraît que ça se met même à ronfler, tu parles d’un roman… Un amant non merci !

Allez je vous l’annonce, j’ai un éditeur. Désormais je fais des phrases comme « Excusez-moi les filles, j’étais en ligne avec MON éditeur »,  je me la pète, une fois n’est pas coutume. Avoir un éditeur n’est pas de tout repos, au contraire. Et c’est pour cela que je laisse peu de nouvelles sur mon blog et j’allais même vous dire que c’est à cause de lui si je me fous du monde avec si peu de posts. Un éditeur c’est étouffant, asphyxiant, excitant et terrifiant, écrire un livre dans ma situation c’est un peu comme procéder à l’ascension du Mont Blanc en maillot de bain. Mais dans un mois je pourrais dire : « Tu vois, le petit livre là, c’est moi qui l’ai écrit, c’est MON livre et c’est grace à MON blog… »

Demain je vous parlerai d’Amelia Leguoulle et de la façon dont elle sombre dans l’alcool, je vous dirai aussi comment Armelle s’est retrouvée au poste, pourquoi on n’a jamais revu Annie et où Belinda s’est enfui. Tout un programme… Attention l’heure est grave et nos personnages au bord de la crise de nerf. Ça va chauffer !!

Bénévolat à la clinique

8 janvier 2009

Ouais. Je me suis lancée dans le bénévolat hier après-midi, je ne peux pas indéfiniment penser à ma pomme et faire la conne sur un blog : il faut aussi se pencher du côté de ceux qui souffrent. Et pas n’importe lesquels. Quatre heures dans une clinique avec mes enfants histoire de leur montrer que tout n’est pas toujours rose dans la vie. Croyez-moi j’ai tout fait.
D’abord il a fallu installer tout un bloc opératoire, une dame attendait dans la pièce d’à côté une greffe du cœur, je me suis occupée de sa perfusion, je l’ai rassurée, mais comme tous les autres patients de cette clinique elle n’avait pas l’air inquiète. J’ai vérifié que tout était en place, et surtout le bon fonctionnement des appareils respiratoires, il paraît que c’est important et que cette saloperie tombe souvent en panne, d’après ce que dit le chirurgien, un grand con flanqué d’une coiffure ridicule et de sandales bleues qu’il paume régulièrement. L’anesthésiste m’a chaleureusement remerciée de lui avoir retrouvé son matos, faut dire qu’il l’avait laissé trainé à l’accueil entre un yucca et une fougère. J’ai été surprise de trouver des plantes, je croyais que c’était interdit dans les cliniques, rapport aux allergies, mais la dame m’a assurée qu’elles étaient en plastique, ce qui était vrai puisque je me suis même amusée à en démonter une. Ensuite je suis montée à la maternité. Y avait un boulot de malade, j’ai cru que je ne m’en sortirais jamais ! Le clown chargé de faire quelques animations aux enfants malades m’agaçait un peu avec sa trompette, je lui ai demandé de se mettre au fond, du côté des poubelles pour ne plus nous gêner, il n’a pas été vexé, après tout c’est un mec qui est là pour se marrer 24 heures sur 24. Un enfant venait de naître, il lui manquait un bras le pauvre, je lui ai installé sa baignoire et j’ai mis quelques couvertures dans le placard de la chambre de sa maman, qui gardait les yeux ouvert dans le vide, j’ai dit « Madame vous pouvez fermer les yeux si vous le souhaitez » ça a beaucoup fait rire les enfants. Les puéricultrices étaient enchantées de l’espace aménégé que je leur avais créé, on a crié « Bonne année les meufs de 2009 ! » et je dois avouer que l’ambiance était bonne même si je commençais sacrément à fatiguer. Le pédiatre a souri quand je lui ai mis un stétoscope autour du cou, il ne fait jamais la gueule. Mon fils est venu me chercher « Maman, Maman ! Y a un pépé qui a paumé les roues de son fauteuil roulant ! ». Pas de problème, un peu de mécanique et beaucoup de bon sens : l’affaire était dans le sac et les pépés au comble du bonheur dans leur nouvel ascenseur, un truc terrible qu’on actionne à la main, mais très efficace.

Et ben c’est pas tout il manquait le toît, ce fut long et j’avais vraiment les doigts en feu. Mais le résultat était formidable. Quatre heures et vingt minutes c’est le temps qu’il m’a fallu pour monter la clinique Playmobil, du travail de pro. Plus tard en passant l’aspirateur j’étais contente : j’ai retrouvé le bras du nouveau-né sous la véranda. Il était drôlement fier quand je lui ai remis !

Bonne et heureuse année à tous. Je vous aime.
Lapin.

Drames en série – 4/ Le pichet améridien de Mumu est pété

12 décembre 2008

Jérémie n’en peut plus de bonheur… Nadine lui a acheté des chaussons en forme de pattes de tigre et c’est les pieds posés sur la table basse, une bière à la main, dans un nouveau sweet en polaire blanc, qu’il regarde l’élection de Miss France 2008. Il est au chaud, Renaud pour Noël s’est offert l’écran plasma KRP-601 de chez Pionner, un vrai bijou. Nadine lui prépare un plateau-télé mexicain à base de purée d’avocat, elle est ravie que son fils soit revenu, ce mariage c’était une connerie, on va prendre un mec et tu vas avoir la garde partagé de Guirec et point barre. Et je veux plus entendre parler de ces cons de Kertruc.
– « Maman viens voir y a Miss Côte d’Azur qui s’est chié dessus !! » Nadine accoure en faisant des « Oh… nan ! Dans sa belle robe ?!! » . Jérémie la rassure, je veux dire au sens figuré : regarde elle est dé-goû-tée cette conne ! Nadine s’assoit à côté de son fiston, Miss Pays-de-Loire elle me ressemble quand j’étais jeune… Jérém’ trouve que Miss Réunion est bonne, Nadine lui rétorque que là, elles doivent toutes avoir une haleine de caniche rapport au fait qu’elles ont l’estomac vide et noué. Tu sais quoi, Maman ? J’organiserai bien un concours de Miss dans le coin, ça pourrait être chouette non ? Nadine sourit : il est plein d’idées Jérèm’ …

Mumu est assez occupée ces derniers temps : elle a décidé de réaliser elle-même tous ses cadeaux de Noël. Après tout elle a beaucoup de talent et ce serait dommage d’aller claquer de la tune dans les magasins alors qu’elle sait tout faire. Après des années de cours d’encadrement, de réfection de fauteuils, d’aquarelle et de peinture sur porcelaine, des années où elle en a collé plein la vue à tout le monde tellement elle était douée, ce serait quand même con que personne n’en profite, ça lui a coûté assez cher comme ça. C’est le service à café sur le thème améridien qui va lui demander le plus de temps, mais bon, c’est pour sa sœur qui adore le style maya. Elle y est depuis deux semaines et ça n’avance pas beaucoup, même si le résultat est spectaculaire de beauté a dit son mari. Et tu n’as pas vu le pichet !! a dit en clignant de l’œil Mumu. Elle a sorti un pichet avec des petites figurines de Pacha Mama peintes sur un fond turquoise très original, Thierry a sifflé : schuiuuiut et ben notre maman, qu’est-ce qu’elle est douée ! En septembre elle a réalisé des petits bijoux en pâte Fimo pour ses nièces, et pour ses parents ce sera une belle aquarelle de leur maison dans le Limousin, encadrée par ses soins. La prof n’a pas arrêté de dire que Kandinsky pouvait se rhabiller à côté des œuvres, essentiellement abstraites, de Mumu. Depuis elle prend des airs modestes quand elle dit qu’elle peint, mais dans le fond elle sait qu’elle a un réel talent de ce côté là. Oups ! a fait Thierry, Muriel je suis désolé il m’a échappé des mains… Muriel a regardé par terre, Pacha Mama gisait en mille morceaux sur le tapis, des heures et des heures foutues en l’air… Thierry a dit « Honnêtement je le trouvais un tout ptit peu trop flashy… » Mumu a fondu en larmes…

Ouais je sais… Tout ça c’est dur mais je tiens à faire partager des épisodes un peu trash à mes lecteurs, car la vie c’est ça aussi :
« ça tient parfois à un pichet maya »©lapinmalin 

Drames en série – 3/ Anne-Marie a foiré Billings

10 décembre 2008

– Hello Anne-Marie ! C’est Prune !
– Oh ! Prune ! Comment ça va ? Et les p’tits loups ?
– Écoute ça va, je te remercie. On a tous eu une rhino carabinée, du coup Bertille est sous antibiotique, mais à part ça… Petits enfants, petits soucis ! hein !
– Tu as eu mon message au sujet du Temps Fort des Mamans ?
– Oui, mais écoute je t’appelais à ce propos : je suis très embêtée car Solène organise ce même jour un café géant chez elle, et le tout-Brest y sera, tu ne trouverais pas une autre date ?
Anne-Marie est furieuse, toute son organisation fout le camp. Elle se démène depuis un mois pour trouver un emploi du temps qui correspond à tout le monde, le père Pallanville devait même intervenir sur les coups de onze heures pour bénir toutes les mamans (c’était une surprise qu’elle leur préparait) et voilà que Solène Touffu, la femme de l’Amiral, colle une sale ambiance avec un café, auquel, comble du comble, elle n’a pas été invitée… Pourquoi ? Elle trouve ça carrément audacieux de l’oublier, elle qui est sur tous les terrains : Appel, paroisse, KT, bourse aux vêtements du quartier, tournante de livres et même prière des mères… Elle relève la tête, elle a mal au cœur. Ça fait un petit mois qu’elle a des nausées… Elle participe pourtant régulièrement à des séminaires sur les méthodes naturelles, animés par des amies zélées de sa tante Guyonne… non… c’est impossible… Elle tripote le col relevé de sa chemise bleu ciel, dubitative, quand une petite voix demande « Maman, vous nous autorisez à regarder une cassette sur Sainte Catherine Labouré ? »

Annie rentre tout juste de Djerba. Un séjour court mais qui l’a remise sur pied, il faut dire qu’elle a trouvé l’amour ! Enfin, un petit flirt avec un des serveurs de l’hôtel, 28 ans, un corps de rêve et… tout ce qui va avec ! Avec son nouveau 85C personne ne lui résiste, Youssif lui a même parlé de mariage ! Ouh ! La ! Mon pauvre Youssif ! Tu me vois en djellaba blanche à mon âge, hein ? (elle lui a fait croire qu’elle n’avait pas encore cinquante ans !! Et il l’a crue !!) Youssif a ri, elle a pensé à la chanson de Dalida… elle a mis de l’or dans ses cheveux, un peu de couscous dans son pieu… elle a les larmes aux yeux quand l’avion atterri. Mais elle lui a promit qu’elle reviendrait et de son côté il a juré qu’il l’attendrait, elle secoue la petite lampe magique qu’il lui a offerte en gage de fidélité… décidément elle les fait TOUS tomber. Dimanche prochain thé dansant à Torfouille-le-Chateau, elle compte leur faire une petit démo de danse orientale qui va les retourner. Belinda pourra même se rhabiller !!

Vous me demandez des nouvelles de Mumu ? Mumu est très, très occupée. Mumu a des projets…

Pourquoi Mumu est-elle occupée ? Vous le saurez dans notre prochain épisode, je vous révèlerai aussi le menu de Jérémie Fritard… Si ! Si !… Soyez sages en attendant !

 

 

 

Drames en série – La vengeance de La Rose des Vents

9 décembre 2008

C’est Renée Bouchowsky, qui, un balai de cabinet à la main se dirige vers Belinda en rigolant. Il lui manque une dent sur deux et elle fout la trouille à tout le service car ses réactions sont toujours très innatendues. Elle n’est jamais à court d’imagination, et elle adore se cacher, c’est sa farce préférée. Belinda recule, attention Madame Strouchky, euh, attention c’est dégoutant ce que vous faîtes ! La veille dame a des hoquets de rire, elle fait semblant de mettre le balai dans la figure de Belinda, qui devient rouge. Non ! Non ! Je ne trouve pas ça drôle ça suffit ! Belinda esquive les coups, se prend quelques gouttes sur le front, murmure putain je vais vomir si elle continue, et parvient à s’échapper. Elle se dirige vers le bureau d’accueil, Katy et Rosy, qui sont de garde ce jour-là n’ont même pas un regard pour Belinda qui s’avance vers elles poursuivit par Madame Bouchowsky qui pleure de rire. Katy fait comme si elle ne voyait rien et continue tranquillement sa conversation « … et après, sur ta brochette, tu alternes écrevisses- poireaux, attention hein les poireaux tu les passes à l’eau bouillante avant et coquilles Saint J….
– J’ai un problème avec quelqu’un ! S’il vous plaît !! Oh !! Les feignasses !! Je vous parle !!! hurle Belinda.
Katy arrête sa phrase, se racle la gorge, tapote avec son bic sur son agenda, hausse les sourcils en soupirant et fixe sa collègue en battant des paupières. Nan mais je rêve là ! Qui c’est qui nous traite de feignasses ? Rosy prend sa respiration, regarde ses ongles puis Belinda, recule un peu sur sa chaise roulante :
– Écoutez Mademoiselle Chiron, ça fait des dizaines de fois qu’on vous explique qu’un jour ou l’autre vous aurez des ennuis avec les pensionnaires. Malheureusement vous refusez de nous écouter et ça vous amuse de les exciter tous les mardis. Soit, c’est votre choix. Maintenant, pour la dernière fois – Rosy pose ses coudes sur son bureau et croise les mains – nous vous demandons de cesser de semer le bazar car vous nous donnez le double de boulot, tout le service est en surmenage hebdomadaire quand vous arrivez. Quant à votre vocabulaire, il va falloir le modifier , parce que les feignasses elles en ont plus que marre de subir le boudin du mardi en tutu à franges qui…
Rosy n’a pas le temps de finir sa phrase Raoul Grumon lui assène un grand coup de canne dans le nez. Elle pousse un hurlement, Katy, paniquée, a décroché son téléphone elle a juste le temps de dire « on a un problème au rez-de-ch… » quand Renée Bouchowsky lui enfonce dans le gosier une vieille couche. Les yeux révulsés Katy tente de se débattre tandis que Monsieur Grumon la ligote au dossier de sa chaise avec la corde à sauter de la salle de gymnastique. Rosy le nez en sang essaye de s’échapper mais Madame Bouchowsky, ancienne médaille d’or d’athlétisme aux JO de Varsovie en 1934, lui lance un presse-papier en plomb qui l’atteint à la tête et l’assomme. L’alarme retentit alors et les pensionnaires restent immobiles, tétanisés par le spectacle…

Tout va bien pour Anne-Marie ce mardi là. Elle rédige une petite note à l’intention de quelques amies car elle s’est lancé dans l’organisation d’un « Temps Fort de l’Avent pour les Mamans ». Mais soudain, la sonnerie du téléphone retentit…

Demain vous saurez qui appelle Anne-Marie et pourquoi… Âmes sensibles s’abstenir…

Drames en série

9 décembre 2008

Gérard est d’attaque ce matin. Il s’est levé tôt pour tailler les haies et planter quelques graines : À la sainte Catherine toutes graines prend racine. Comme il avale sa rasade de café dans un bol en arcopale blanc, Alyette, le corps moulé dans une vieille robe de chambre lustrée d’un bleu sale et passé se racle la gorge avant de lui demander s’il compte aller chercher l’autre fainéant qui roupille dans les communs. Ah ! Que oui ! Et j’ai du boulot pour lui, va falloir qu’il laisse sur son matelas le baobab qu’il a dans la main, répond Gégé en tartinant ses biscottes. Allez ! J’y vais ! Gérard enfile sa barbour, ses bottes et pose une casquette sur sa tête. Alyette renifle et murmure au boulot la pègre… puis elle plonge sa main dans la boîte en fer, prend trois sucres, en remet un : c’est la crise et le moindre centime compte à présent. Gérard monte d’un pas bourru l’escalier et cogne à la porte, Jérémie lui ouvre et le regarde en se frottant les yeux. Jeune homme, j’ai besoin de main d’œuvre ce matin ! lui lance joyeusement Gérard en lui tendant une bêche. Jérem’ a regardé l’instrument, a sourit et a dit et puis quoi encore ? Du nerf mon gaillard ! a crié Gérard, ici on aime pas les paresseux. Et moi j’aime pas les vieux !! a hurlé Jérémie. Vous me faîtes tous chier, je peux plus vous supporter, tiens puis ta bêche tu sais où tu peux te la carrer ? Hein ? Jérémie brandit l’outil vers Gérard qui se met en position de boxe anglaise. Que se passe-t-il ? a demandé d’une petite voix enrouée Armelle. Il se passe que je me casse ! Jérémie a attrapé son jean, poussé Gérard et s’est enfuit. Armelle a hurlé Nooooooon ! Revient ! Mais la voiture a démarré et Jérémie s’en est allé. Gérard a gueulé  » Revient salopard ! », mais il était trop tard…

Amelia se verse une troisième rasade de gin, y a plus que ça dans sa planque secrete, juste derrière la poubelle de tri sélectif. Elle a vidé toute sa réserve cette semaine. Elle se passe une main maladroite sur le front, se met debout, titube, lève un doigt vers le plafond et dit « aide-toi et le Ciel… le Ciel… « elle se rassoit et cherche la fin de la phrase. Elle boit une gorgée, pense que tout le monde l’a laissée tomber, même son grand amour ne répond plus : Renaud Fritard s’est barré, elle avale un sanglot, finit d’un trait son verre, regarde dans le vide et, trainant sur chaque mot annone « et le Ciel t’aimera hein ? C’est ça ?… ».
 » Ma chérie ! Voyons ! Tu te laisses encore aller à la mélancolie et je n’aime pas ça ! » lui a lancé gaiement son mari en la voyant pleurer un coude posé sur le coin de la table.  » Tu es fatiguée, tu as largement mérité un petit somme, si ! si ! allez viens avec moi… » Il a porté sa femme sur son lit, Amelia s’est écroulée et il a envoyé un petit texto en mettant du gel dans sa mèche teinte : « elle est bourrée. prépare-toi j’arrive ! »

Et trois ! Et quatre et je tourne !! Bravo !! Bravo Raoul !! Belinda applaudit suivie de tous les petits vieux, elle est fière d’eux. Par contre aujourd’hui l’odeur est assez chargée, elle a besoin d’air… Elle fait quelques pas dans le jardin d’hiver, quelques mouvements de relaxation, expire longuement, refait sa queue de cheval, quand un petit bruit derrière elle la fait sursauter…

Attention ! Je m’engage à partir d’aujourd’hui à écrire un peu tous les jours… Vous saurez dès demain qui se cache derrière le ficcus de « La Rose des Vents », où Jérémie s’est replié, avec qui Monsieur Legoulle trompe sa femme et surtout comment Anne-Marie de Kermouette s’est planté dans la méthode Bilings, malgré toutes les recommandations de Guyonne… chaud devant !

Belinda se recycle… Jérémie se rebiffe…

6 novembre 2008

Belinda a osé dire merde à Francky, ras le bol des regards en biais dès qu’elle croquait dans une madeleine, ras la casquette des réflexions désobligeantes et surtout marre de marre des petites mains balladeuses du boss, qui dès qu’il se sentait un peu seul, en profitait pour lui pincer le gras de la fesse en l’appelant « mon otarie chérie ». La grosse se casse et vous allez voir que vous entendrez, un jour, parler de Belinda Chiron, bande de cruches ! leur a -t-elle lancé un soir en claquant la porte. Elle travaille désormais à son compte et depuis le début de l’année elle donne des cours, particuliers ou en groupe, de danse. Tous les mardis elle passe sa journée à « La Rose des Vents », une maison de retraite dans laquelle elle apprend la country aux plus vaillants. Ils préparent même un show pour Noël. C’est devenue la star des vétérans. À peine a-t-elle franchi le seuil de la maison qu’une foule de pépés l’attendent déjà dans l’espace de loisirs. Elle agace même un peu le personnel car ils sont tous surexcités la mardi et qu’on a beaucoup de mal à les calmer en fin de journée, y en a même qui sautent la sieste, ce qui contraint le personnel à bosser plus (la danse ça leur donne soif, faim et envie de faire pipi), et d’autres qui continuent, à bout de souffle, à s’exercer ensemble jusqu’à pas d’heure. Monsieur Grumon fait partie de ceux- là : dès qu’il voit Belinda sa journée s’éclaire. Depuis qu’il danse, sa fille unique, qui vient le voir de temps en temps, dit qu’il a fait « un saut sur l’herbe ». Ça rend de mauvais poil son gendre qui faudrait bien que Papy passe l’arme à gauche pour récupérer le pactol et s’acheter le pavillon de ses rêves avec un jardin d’hiver. Quand Belinda arrive avec les franges de sa jupette en daim qui lui fouettent les cuissots ça égaye Raoul Grumon et tous ses camarades, les dames de l’accueil disent qu’un de ces quatre ils y resteront et que ce sera pas faute de les avoir prévenus. Madame Chiron on va vous demander de calmer un peu le rythme… lui a demandé la directrice du centre.

Tous les dimanches après-midi Belinda anime les thés dansants de la région, on se l’arrache. Les plus motivés viennent vers elle pour apprendre quelques pas de country, parmi eux, il y a la starlette des thés : Annie. La bonne soixantaine, cette jeunette du groupe les émoustille tous avec ses décolletés pimpants. Elle maîtrise tout : la java, le tcha-tcha-tcha et le tango. Mais quand José, l’accordéoniste, entame un air de country, on sent que c’est SON moment. Fièrement elle tape dans ses mains, ballade ses jambes et repose ses deux pouces sur son ceinturon. Belinda crie « c’est bien M’me Roteux » et quand c’est terminé elle lui dit toujours la même chose « Mme Roteux attention ! Vous avez un demi-temps de retard dans le lancer de talon ! ». Belinda énerve Madame Roteux, c’est pas un boudin qui va lui apprendre la grâce, elle qui a fait dix ans de danse classique à l’opéra de Pau.
Cette après-midi là, ils sont tous déchaînés, ce doit être la pleine lune. Belinda aère un peu la salle qui commence à sentir fort le suppositoire : c’est toujours comme ça quand l’hiver arrive. Elle observe du coin de l’œil Annie, qui fait la maline avec ses nouvelles santiags. Elle exaspère Belinda qui la trouve désagréable, moche, méchante et refaite de partout. Du coup de loin, Belinda lui fait non avec l’index en secouant la tête, pour lui sapper le moral et lui faire comprendre qu’elle n’a rien compris à la country. Annie fait comme si elle ne voyait rien et continue à flamber avec ses nouvelles bottes en cuir rouge. Pendant ce temps Amédé Rinchin se rapproche en douce de Belinda. Il va sur ses quatre-vingt-cinq ans mais il est toujours aussi coquet, toujours bronzé, avec son joli gilet argenté et une belle gourmette en or qu’il remonte le long de son bras avec un petit tressaillement du poignet ultra chic. Au moment où Belinda se penche pour ouvrir un vasistas il ne résiste pas et lui colle une main au derrière. Belinda se redresse en poussant un cri, Amédé émet un petit rire, elle souffle et dit en réajustant sa jupette « pfff vous les vieux vous pensez qu’à ça… ». Amédé repart vers la piste en swingant, ses souliers vernis glissent sur le lino, il continue à rire : Belinda remplit sa vie de soleil.Quand Belinda termine sa semaine elle est sur les rotules, les vieux ne s’arrêtent jamais, ils en veulent toujours plus, elle dit en riant « c’est eux qui vont me tuer !! ». Elles les aime bien, même si cette après-midi elle a trouvé que ça sentait vraiment fort le dentier dans la salle des fêtes de Poussé-les-Touffes. Elle trouve sa reconversion réussie, merde à Francky. Elle regarde l’heure, tape dans ses mains « Allez ! Café-madeleines ! ». Annie la toise, non mais on rêve ! On n’est pas des gosses ! Allez bourre-toi de beurre ma grande, pense-t-elle en serrant d’un cran supplémentaire son ceinturon.

Côté Kermouette, ça fouette.
Jérémie commence a en avoir sa dose. Sa vie ne ressemble en rien à ce qu’il espérait. Il vit misérablement avec Armelle et son fils dans trente mètres carrés pas chauffés. Bien que l’endroit soit classé il se pèle le cul au milieu des poutres d’époques. Ses beaux-parents ne font aucun effort pour lui améliorer son existence, et même si sa mère lui a offert un écran plasma il ne capte rien ici, à part le JT de Jean-Pierre Pernaud. Quand il a demandé à Alyette s’il pouvait installer une antenne parabolique elle lui a ri au nez et lui a répondu on n’est pas au camping, jeune homme… Quelle conne… Il se morfond dans ses communs, ses potes ne veulent plus venir à cause du froid, ses parents trouvent que c’est triste en hiver comme endroit, et Armelle est sans arrêt sur son dos à lui dire révise, révise, révise, elle ressemble à sa mère quand elle fronce les sourcils avec les mains sur les hanches… Dès qu’il franchit le seuil de sa porte son beau-père lui tend une pioche ou une pelle pour l’entretien du jardin, où sont passés les rivières de diamants et les fontaines de champagne dont il a tant rêvés ?
Hein ?

Mumu est furax

14 octobre 2008

Furax.
Mumu est furax.

Elle était à deux doigts de la perfection. Tout était au top. Le mousse d’avocat dans les verrines était parfaite, fraîche et fondante, les assiettes étaient chaudes, Mumu a fait chic, comme au restaurant elle les a servies une par une. Il y avait une bonne ambiance de rentrée, les Couillaronce sont arrivés avec une bouteille de rouge et les Brochet avec une composition florale asiatique. Les enfants ont dit bonjour très aimablement avant de monter se coucher. Mumu s’est donné un mal de chien toute la soirée, la tête dans le four et dans les mini-quiches elle avait chaud et ça faisait couler son rimel bleu. Elle avait mis un petit haut qui lui découvrait les épaules et un pantacourt en flanelle grise laissant découvrir ses chevilles larges et des petits escarpins vernis noirs. Au moment de passer à table son mari a tiré les chaises par le dessous de la galette parce qu’il trouve ce geste élégant et parce que Mumu vient de les faire recouvrir, ça lui a coûté les yeux de la tête. Les verrines colorées ont fait de l’effet (le rose des crevettes était la couleur complémentaire du vert des avocats), tout le monde s’est régalé. Puis, pendant la blanquette, alors que l’on commençait à disgresser sur la population locale, Mumu a senti que c’était le moment. Comme Christophe Brochet évoquait les frasques de la petite Kermouette et du mariage qui avait fait tant de bruit, Mumu en a profité pour placer que ce qui l’avait le plus choquée, c’était le relation extra-conjugale de Renaud Fritard et Amelia Legoulle. Les morceaux de blanquette sont restés suspendus, Hélène Couillaronce a dit mais de quoi tu veux parler et Mumu a tout lâché. Qu’elle pourrait écrire un roman tellement elle en sait, mais que, bonne âme, elle ne veut pas en dire trop, elle déteste faire du mal aux gens et c’est bien pour cela qu’elle n’en a jamais parlé, je vous demande de rester discrets. Patricia Brochet a éclaté de rire et lui a répondu qu’elle avait beaucoup trop d’imagination et que cette histoire était grotesque. Ah ! Tu nous faisais une blague ! a crié Benoît Couillaronce, ce que tu peux être drôle ! Hélène Couillaronce a rétorqué qu’elle trouvait ça plutôt de mauvais goût comme plaisanterie et qu’avec des bêtises pareilles on faisait courir des rumeurs extrêmement blessantes. C’est idiot, Muriel, crois-moi, lui a-t-elle dit en remettant ses petites lunettes en acier en place, ce genre de farces on ne les emporte pas au paradis … Tu crois que je les ai pas vus à poil, hein ? a hurlé Mumu en pointant son couteau vers Hélène. Elle en culotte ! Et lui en slip dans l’imprimerie ! Qu’on m’pende si j’mens, ‘deDiou ! Les invités se sont tous regardés, interloqués. Muriel, je crois que tu perds ton sang-froid ! a dit gaiement son mari. Mais l’ambiance était brisée, plus personne n’a prononcé un mot à part un bref passage sur le réchauffement climatique et l’agonie des manchots, réalisé par Benoît Couillaronce, qui essayait de masquer les reniflements de Mumu sur le point de pleurer. Il a même commencé une imitation du manchot empereur, mais sa femme lui a demandé d’arrêter parce que c’était pénible. Quand il sont partis, Mumu a éclaté en sanglot, son mari était estomaqué, lui a demandé ce qui lui avait pris, je sais pas, je sais pas, répétait en boucle Mumu. Sur le trajet du retour Hélène Couillaronce s’est entretenu avec son mari de cette histoire avec Renaud Fritard, se jurant d’en toucher deux mots à une de ses amies qui est très très proche des Legoulle, puis elle a conclu en parlant de Mumu « chassez le naturel, il revient au galop, Mumu, dès qu’elle s’énerve reprend son accent du Limousin »… Patricia Brochet a trouvé la réaction de Muriel totalement déplacée, mais cette histoire lui a mis la puce à l’oreille, il faut qu’elle appelle une de ses amie demain, « quand à l’imitation des manchots de Benoît, je n’en peux plus, à chaque dîner il recommence… ».

Excédée.
Alyette est excédée.

La soirée d’Edwige promettait d’être splendide, elle avait même posé des bougies dans des pots de yaourts en verre sur le rebord des fenêtres de La Gérardière. Edwige était ravissante dans son bustier en velours caramel, sa mère avait planqué ses boutons dans le dos à coups de fond de teint, on ne voyait presque rien. On était allé chercher les cousins du Calvados au train, quand elle les a vus Alyette a dissimulé sa joie : trois beaux garçons qui lui ont fait le baise-main, elle réservait l’ainé pour sa fille. Tout a commencé à se gâter quand les nièces d’Orléans ont fait leur apparition en jupe courte et bottes, elles avaient un air qui ne plaisait guère à Alyette, ces deux-là n’ont pas interêt à se faire remarquer parce que je te les remettrai à leur place rapidement, avait-elle glissé à l’oreille de Gérard en tartinant les derniers carrés de pain de mie avec des rillettes de sardines. Au premier rock Edwige semblait voler au milieu de la piste, comme elle est belle ! pensait Alyette qui espionnait tout par l’embrasure de la porte. Au bout de deux heures quand elle est revenue voir ce qu’il se passait, elle a constaté qu’Edwige était assise seule avec une amie sur une chaise, ce qui ne lui a pas plu, et qu’il manquait du monde à l’appel : les nièces d’Orléans et les deux cousins ainés du Calvados. Certes il restait le dernier mais il avait une tête de demeuré qu’Alyette n’aimait pas. Elle est sortie avec sa lampe torche en faisant mine d’appeler son chien, quand elle a aperçu quelques malins au loin, près du banc en pierre, nullement gênés, une bouteille à la main, en train de se gondoler. Ah ! Les gredins ! a murmuré Alyette en se précipitant vers eux. Elle a vu alors que deux d’entre eux s’embrassait sur la bouche, et elle a eu un choc en reconnaissant l’ainé des garçons. Si je vous dérange, n’hésitez pas à me le dire ! a-t-elle aboyé en se plantant devant eux. Il y a des endroits pour faire ce que vous faîtes, jeune homme. Quand à vous, Mademoiselle, je vous prierai de vous rhabiller et de rentrer vous coucher. Vos parents seront informés d’une telle attitude, et vous deux rendez-moi cette bouteille. Tu crois qu’ils auraient baissé les yeux ??? demandait-elle à Gérard le lendemain en lui racontant l’anecdote, tu parles ! Ça pouffait de rire en plus de ça ! Ah ces deux gamines je ne suis pas prête de les recevoir encore !
Edwige a passé une bonne soirée quant à elle, elle s’est éclatée sur la chanson « Vive le roi ! » dont elle connaît par cœur les paroles.

Heureuse.
Belinda est heureuse.

Elle a annoncé hier à Franky qu’elle quittait la troupe : elle a trouvé du boulot, c’est un projet un peu fou. Mais ça, je vous le raconterai la prochaine fois : attention sensations garanties ! Nous retrouverons Annie, de retour de Djerba, ça va être dingue ! Tout va péter, c’est le crach boursier ! (je voulais faire une petite rime sur un thème d’actualité).

 

Et au fait je sais, je sais, j’ai du retard, pardon. C’est gentil de vous préoccuper de mon sort car c’est vrai, je suis fa-ti-guée : je suis sur le point d’accoucher du quatrième. Mais cette fois il sera carré et en papier, je lui cherche un titre et je vous tiens au courant. Bye bye les huîtres !

Petites mondanités de rentrée

29 septembre 2008

Mumu reçoit samedi. Elle a appelé tout le monde il y a un mois en demandant êtes-vous libre Christophe et toi le 4 ? Ses copines ont sorti leur agenda, ont dit volontiers : ils seront huit. Ce sera un dîner de rentrée entre amis, un truc un peu décontracté mais où elle mettra les petits plats dans les grands : Mumu, ne l’oublions pas, veut faire chic à tout prix. Elle sortira l’argenterie, elle mettra de l’eau qui pique dans des carafes en cristal, elle mariera son coulis de tomate au liseré bleu marine de ses assiettes (Mumu trouve de l’élégance à la sobriété, comme tous les gens sans imagination), elle mettra des serviettes en tissu assorties à son service. On pourra admirer la déco de son salon en velours bleu, ses photos de mariage avec un cortège de binoclards en culottes outremer (c’était un thème « marin »), les gens souriront en disant « vous avez pas changés tous les deux ! », c’est vrai : le mari de Mumu a gardé sa tronche de vainqueur et Mumu était aussi imbaisable vingt ans plus tôt. Mumu, femme d’action organisée, a congelé toute la semaine des mini-quiches qu’elle sortira pour l’apéro, pour l’entrée elle a prévu des verrines, suivies d’une blanquette, d’un plateau fromage et d’une bavaroise (souvent son mari dit que « maman c’est la reine des bavaroises ! »). Sur le pêle-mêle de l’entrée elle a mit tous ses faire-parts de mariage, (même les très vieux pour faire croire que son programme de la rentrée est chargé), celui des Kermouette écrase tous les autres : Mumu veut montrer qu’elle compte des nobles parmi ses connaissances. Elle saura évoquer les frasques d’Amélia et de Renaud Fritard, elle fera sensation ce soir-là.

Alyette quant à elle est en plein dans les préparatifs pour la soirée de rentrée du rally Blanche Hermine, le thème « feuilles d’automne » laissera libre court à l’imagination des jeunes. Alyette est ravie : ses neveux éloignés du Calvados ont répondu oui ! Une illustre famille qui possède une propriété ravissante dans le Pays d’Auge et trois garçons qu’elle compte fermement présenter à Edwige, on les mettra dans la chambre aux hirondelles. Elle espère que les cousines d’Orléans ne lui feront pas d’ombre, mais dans son souvenir elles sont assez vilaines. En attendant il lui reste à confectionner une tenue de lumière pour sa fille, elle a pensé à un bustier caramel en soi sauvage sur une longue jupe vert bouteille qui rappellera l’automne et la chasse. Gérard tient absolument à sonner lors de l’arrivée des premiers invités, Alyette trouve que ce n’est pas une mauvaise idée. La question de la boisson est réglée : il restait trois caisses de champagne du mariage d’Armelle qu’Alyette a planqué dans sa cave sans scrupule, elle qui se tape la tronche de parvenu de Jérémie Fritard nuit et jour. Il semblerait d’ailleurs que cet imbécile ait acheté un tracteur géant en plastique jaune fluo pour Guirec, tracteur qu’il a collé sur le gazon devant le massif de roses du Canada. Si il est encore là demain elle le foutra à la beine : ça devient maladif chez son gendre, il ne peut s’empêcher de lui saloper la vue.

Amélia Leguoulle s’ennuie. Ses cours de cartonnage ne l’enchantent plus comme avant, d’ailleurs elle n’a plus d’idée, plus de créativité, elle qui brillait d’ingéniosité pour fabriquer des vide-poches et des albums photos. Plus d’envie. Plus rien. Elle se trouve moche, et grosse. Le médecin lui a prescrit quelques antidépresseurs assez légers pour l’aider à affronter son quotidien.

Si j’étais maîtresse je serais armée.

26 septembre 2008

Si j’étais maîtresse je serais armée et j’annoncerais les règles dès le début de la réunion de parents. À la première question idiote je disposerais d’une carabine à air comprimé, à la seconde j’utiliserais mon boomerang. Comme ça je serais tranquille et je pourrais tranquillement parler. J’attendrais même avec impatience que la maman de Boris lève le doigt alors que je suis en train d’expliquer que les CM1 ont deux heures de sport par semaine et qu’il faut qu’il soit en tenue le lundi et le jeudi. Avec un hochement de tête et un petit sourire dissimulé je lancerais un « oui ? ». Quand elle me demanderait « ce que j’entends exactement par tenue de sport », je sortirais ma carabine je lui viserais le mollet en disant « à ton avis ? Un scaphandrier et un tuba bien sûr ! ». J’éviterais ainsi à une ribambelle de connes de se faire remarquer devant leur copine avec une foule de remarques toutes plus bêtes les unes que les autres. J’ai même eu l’impression hier soir qu’elles cherchaient à démontrer que leurs enfants étaient un poil plus brillants que les autres. Ce qui ne m’étonne pas vu la proportion d’enfants précoces qu’il y a dans ce bled, à croire que bouffer de la galette-saucisse développe le cerveau des niards. Les mères en sont même gênées. Elles lèvent le doigt pendant les réunion pour demander si le rythme va s’accélérer parce que bon… trois mots invariables à savoir par jour c’est bien… mais… pour ma fille pour qui c’est inné… c’est comme les opérations… lance une autre, je ne sais pas si c’est pareil pour les autres… mais deux multiplications chaque soir… quand un enfant possède certaines facultés mathématiques… c’est presque dommage. On applaudit la maman de Charles-Armand et de Coraline : elles ont réussi à placer que leurs enfants feraient bien du rab parce qu’ils sont doués. Clap ! Clap ! Clap ! J’ai failli avaler mon bic !!! Si jamais je vois ce soir que les devoirs ont doublé de volume j’irai péter les lunettes de leurs nistons à la sortie, ça les ralentira dans leur course.

Si j’étais maîtresse je serais armée jusqu’aux dents et si je n’étais pas l’exquise maman qui lève le doigt quand on demande une mère déléguée (pour abréger le malaise), je serais une tueuse en série de connes affamées de réussite.

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