DRAME CHEZ LES KERMOUETTE – 3

10 mars 2008

Depuis trois jours Annie cherche sa petite chatte blanche partout, cette dernière a disparue. Et ce n’est pas le pire dans la vie d’Annie : elle a découvert que Chico lui avait menti et elle ne comprend pas pourquoi. Lundi en faisant le ménage elle est tombé sur le portefeuille de Chico. D’ordinaire il ne s’en sépare jamais, il dort quasiment avec. Un peu par curiosité elle l’a ouvert et elle est tombée sur sa carte d’identité : il s’appelle en réalité Francis Pruchin, né dans le 14 à Cronville. Alors pourquoi lui a-t-il fait avaler tout ça ? Soit disant qu’il est italien par sa mère et péruvien sa mère… qu’il descend même d’une dynastie péruvienne riche et célèbre… Pas plus tard qu’hier elle racontait à ses amies en leur jurant de ne rien répéter que Chico était en vrai un prince qui avait fui son pays… Annie s’effondre dans son arrière boutique de chagrin…

À la Gérardière les choses prennent forme. Anne-Marie, l’ainée des Kermouette est arrivée avec ses enfants. Elle est un peu fatiguée car elle attend le quatrième alors que sa première fille, Servane-Colombe, vient de fêter ses cinq ans. Anne-Marie a toujours fait le bonheur de ses parents, elle s’est mariée jeune avec un sous-marinier à qui l’on promet une carrière brillante dans la Marine. Anne-Marie vit à Brest, elle trouve la ville vachement sympa. Elle est très impliquée dans la vie de sa paroisse, il paraît qu’ils ont un prêtre for-mi-dable, Servane-Colombe va bientôt faire sa première communion car elle est spirituellement précoce (on dit qu’elle est « demandeuse »). Anne-Marie est venue un peu remonter le moral des troupes à la Gérardière, elle fait la leçon à sa sœur et dès qu’elle l’aperçoit elle lui dit en croisant les bras, pied-nus dans de vieilles chaussures-bateau « vraiment je ne te félicite pas… ». Ce matin elle aide sa mère à faire des pains de poisson, hier elles ont acheté des boîtes de thon, de la mousse d’hareng et des batons de surimi, il ne faut pas oublier qu’on est en plein carême. D’ailleurs si il n’y a pas assez de canapés ce n’est pas très grave : on ne se baffre pas à quelques jours de la semaine sainte. Anne-Marie conseille à sa mère de faire des verrines, c’est très à la mode et très décoratif (Anne-Marie est artiste sur les bords), elles ont eu l’idée de génie de réaliser cela dans des pots de yaourts en verre, c’est plus économique. « Voyez Maman, on peut faire un camaïeu de rose : tarama-concombre-œufs de lympe-yaourt à la cerise… ».

« Ouh la la ! Maman ! Un chat !! » s’écrie Anne-Marie en fixant la fenêtre. Chez les Kermouette on déteste les chats. Alyette s’est levée d’un bond, a saisit un balai et elle fait des grands « pschhhhscchhhiiitttt » vers le chat pour qu’il déguerpisse. Mais la petite chatte blanche continue de miauler, « Gérard !! » hurle Alyette, « il y a un chat sur la fenêtre de la cuisine ». Gérard est arrivé comme un héros avec sa carabine, et en deux temps trois mouvements il a abattu l’animal en sifflant « saloperie, va… ». Anne-Marie dit en riant « Bravo Papa ! Vous êtes le meilleur ! » et elle lèche ses doigts plein de tarama avant de rentrer son chemisier dans son pantacourt qu’elle relève au milieu du ventre. « Bien, dit Alyette, qui commence à sentir le poisson, il faut aussi s’occuper du buffet des jeunes… note bien qu’à leur âge des chips et du coca suffisent… ». Elle a invité certains enfants de ses amies. En vérité il y a parmi eux un jeune ingénieur qu’elle voudrait présenter à Armelle, elle ne lui en a pas parlé, elle préfère lui réserver une surprise. Elle a mit Anne-Marie dans la confidence « C’est un garçon qui a de l’allure et qui est loin d’être bête… » Sa fille opine avant d’ajouter à voix basse « de toutes façons Maman, il faut la marier avant qu’elle ne dérive vraiment… si vous voyez… de quoi je parle… ».

Évidement les Leguoulle ne vont pas être contents lorsqu’ils vont voir que leurs enfants n’ont pas été conviés, mais après tout ils comprendront ainsi qu’on ne mélange pas les serviettes et les torchons. Oh ! De toutes façons elle a trié sur le volet les jeunes. Pas de voyous, pas de délinquants. C’est ce qu’elle répondra à Amelia Leguoulle si cette dernière lui fait des réflexions. Alyette sait bien qu’Amelia est au courant pour la video d’Armelle qui a circulée, oh ! mais elle a de quoi lui répondre… Il paraît que leur fils avait caché de l’alcool dans des Pom’Pote samedi soir, à la soirée du rallye. C’est Edwige qui a déniché la supercherie avant d’en avertir immédiatement sa mère et les parents organisateurs. « Edwige a hérité du sens d’observation de son père » pense Alyette en regardant la petite chatte blanche qui gît au pas de sa porte.

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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DRAME CHEZ LES KERMOUETTE – 2

21 février 2008

« Tu imagines la tête de Bon Papa quand il a apprit ça… il était fou, naturellement… TOUT le monde a dû savoir que la nièce du Général était arrivée à poil lors d’une soirée de Saint Cyr… Ohhhh…! Une honte. Non, je t’assure… ». Tante Pipou avale une grande gorgée de thé chaud, en secouant ses mèches grises, décidément son cousin Gérard n’a aucune autorité sur ses filles…
Armelle est arrivée par le car de 17 h 52 hier soir. Son père l’attendait, il n’a pas décroché un mot dans la voiture. Au bout de l’allée elle a vu sa mère, telle une colonne de marbre, les bras croisés, marmonnant des trucs dans sa barbe. En sortant de la voiture elle s’est prit une gifle à lui faire sauter la mâchoire suivi d’un « monte dans ta chambre, tu n’es qu’une trainée… ». Armelle n’a pas pleuré, chez les Kermouette on garde la tête haute.

Alyette a tout apprit par des amies bien intentionnées, dimanche soir. Elle avait une réunion pour l’organisation du Chemin de Croix, elle voyait bien que Simone et Marguerite-Marie avaient l’air gêné. « Il y a un sujet dont il faut que l’on te parle » a dit à voix basse Simone en regardant autour d’elle pour voir si personne ne les écoutait. Son fils Adalbert est à Saint Cyr, il lui a dit que des images d’Armelle de Kermouette, la poitrine dénudée et l’air éméché, circulaient sur les portables et sur internet. « On est désolées de t’apprendre les choses ainsi, Alyette, on aurait préféré que tu ne sois pas au courant, mais on a pensé… Adalbert dit qu’il y a même un film sur délimochionne  » a ajouté Marguerite-Marie en remettant son peigne. Elles savent, grandes âmes, que cette anecdote va pourrir la vie d’Alyette et ça les enchante. Alyette ne sait pas ce que délimochionne veut dire, mais ça rime avec cochonne, elle imagine le pire…

« Pour commencer, tu nous a menti, avec un grand M. Tu n’étais pas à Sainte Agathe samedi dans la soirée et tu n’as pas dormi chez Alix, nous savons que tu es allée à une soirée près de Coët… et peux-tu m’expliquer ce que tu faisais, la poitrine à l’air, dansant comme une idiote devant un par-terre de jeunes officiers ? ». Au mot « officiers », la voix d’Alyette s’est brisée, Gérard a posé sa main sur son épaule. Il a regardé sa fille qui leur donne du fil à retordre depuis le CP (déjà à six ans elle montrait sa culotte aux CM1) et il a dit « Lourdes à Pacques c’est terminé, nous n’avons pas envie que tu danses nue devant les brancardiers. Tu resteras ici et tu aideras ta mère à défricher les plates-bandes ». Et Alyette d’ajouter « Quant à épouser un officier, ton rêve s’achève là. Et celui de ta sœur aussi, naturellement, par ta faute… ». Edwige a fondu en larmes et elle est sorti de la cuisine en sanglotant et en hurlant « c’est dégoûtant ! », Gérard a haussé la voix : « Jeune fille, calmez-vous ! ». Armelle a les cheveux dans la figure, elle dit à voix basse « c’est pas deux nichons qui vont effrayer trois cochons…« . « COMMENT ??? hurle Alyette. « rien » répond sa fille.

Armelle est partie samedi, dans l’après-midi vers le Morbihan avec quelques copines de son école de secrétariat. Au téléphone elle a expliqué à sa mère qu’elle dormirait chez son amie Alix et ne reviendrait que le lendemain à la Gérardière, car il y avait à la paroisse Sainte Agathe un petit pot qui allait se terminer tard. « Et après Maman, comme vous le savez,il n’y a plus de car ». Elles sont allées à une petite soirée chez des copains d’Alix qui étudient à Saint Cyr. Armelle a bu du Malibu de façon déraisonnable, et quand elle s’est mise à danser, un rigolo a tiré sur son bustier, tandis qu’un autre filmait avec son portable. Le temps qu’Armelle s’aperçoive qu’elle avait les seins à l’air, quelques secondes plus tard, sa réputation était faîte.

Quand on demande à Simone comment va Alyette, elle répond « Pas bien. La pauvre est l’ombre d’elle-même, tu sais c’est terrible… Apprendre ainsi que sa propre fille fait des films pornographiques… ». Tante Pipou ne veut plus que ses filles voit leur cousine Armelle, elle a peur qu’elle ait une mauvaise influence sur elles. « Je ne veux pas d’elle ici, je vous préviens, les actrices pornographiques n’ont PAS de place dans cette maison… ».

À l’école on crie à Edwige « elle va bien Laure Manaudou ?!!! ». Edwige en veut terriblement à sa sœur. Alyette maintient son coktail du 12 mars. Rigoletus verum.

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DRAME CHEZ LES KERMOUETTE – 1

19 février 2008

Amelia jubile, son cœur bondit, elle n’a jamais été aussi heureuse que ce mardi. Au téléphone elle pousse des cris « QUOIOIOIOIOIIIII ?!!!! NAN !!!! NAN c’est pas possible… ». Mais en bonne petite bourgeoise de province, elle camouffle son bonheur avec des phrases dégoulinantes de compassion « OH… Mon Dieu… La pôôôôôôôvre… c’est é-pou-van-ta-ble. » (elle appuie sur le POU d’épouvantable). En province plus qu’ailleurs, le malheur des uns fait le régal des autres. Comme Amelia, on est désolé, on soupire, on se mord les lèvres, on organise des réunions prière, mais au fin fond on est RA-VI. Comme Amelia, on se délecte. Et aujourd’hui Amelia, peut se réjouir deux fois. Quand elle pense qu’Alyette avait osé l’interpeller rue de Paris pour lui faire part de la mauvaise conduite de sa fille Sarah dans les soirées de rallye !! C’est bien fait pour elle !

Je pense que Mumu est postée sur le parking de l’école depuis 6h40. Elle a dû se lever à l’aube ou même dormir toute habillée pour être la première ici. Chaque fois que l’une d’entre nous se gare, elle extrait le plus vite possible son gros cul de sa bagnole, et se précipite en tapant au carreau, pour pouvoir dire :  » T’es au courant pour Alyette ? C’est moche, hein ? Ouais, la pauvre, c’est moche-moche-moche. » Elle est survoltée et sa barette en forme de grenouille rose Papa Pique et Maman Coud lui tombe sur le sourcil droit. Elle attend le marché de Jeanne d’Arc, jeudi, pour dire à voix basse aux copines en caddie « t’es au courant pour Alyette… Pfff, la pôôôôvre, elle ne mérite pas ça… C’est moche-moche-moche. » Mais Mumu, en fait, se réjouit deux fois. Et dire que les Kermouette ne voulait pas d’elle au coktail… retour de bâton pour Alyette !

Dans sa chambre, Edwige, la cadette d’Alyette, transforme ses sanglots en beuglements et de temps à autre elle essuie sa morve sur son oreiller défraichi en toile de Jouy jaune. Elle récite des chapelets, elle invoque Sainte Edwige, elle renifle bruyament, on entend des mots comme « foutue ! foutue ! foutue !« . Elle sait bien que Sarah Legoulle et sa mère doivent jubiler, tout le monde va se moquer d’elle. Sa sœur Armelle les fout bien dans la merde, et cette idiote n’en est même pas consciente. Armelle est en train de tous les trainer dans la boue…

Annie en a apprit de bien bonnes ce matin. Mais ça ne l’étonne pas, ça ne l’étonne même, PAS DU TOUT. Ça devait arriver. Elle secoue ses mèches jaunes et ses pendants turquoise. Son gloss mauve lui coule un peu le long de la commissure des lèvres, elle doit avouer que c’est une bonne journée. La boutique est fermée et elle a un cours de fessiers-abdos à onze heures. Elle file, son bébé chat dans son sac. Finalement elle a appelé sa chatte Carla, c’est d’actualité.

Alyette et Gérard de Kermouette sont en silence et en chaussons, ils n’ont pas eu la force de s’habiller ce matin. Alyette a les paupières gonflées et Gérard serre les poings. Alyette sait que c’est une épreuve que le Ciel lui envoie en plein Carême. Elle entend Edwige pleurer, elle dit en jetant son sachet de thé à la poubelle « est-ce qu’elle va la fermer, cette gourde ? ». Puis elle remonte dans sa chambre, drapée dans sa dignité. Même les pieds dans la merde les Kermouette gardent la tête haute. C’est leur devise d’ailleurs « rigoletus verum » (qui rira verra). Elle a un plan.

14 FÉVRIER 2008 : SAINT-VALENTIN

15 février 2008

Pour la Saint Valentin Amelia s’est vu livrer à quatorze heures une botte de cent trente roses du Guatemala avec ces mots « À la femme que j’aime » signé Jean-Pierre. Elle trouve ça sympa, même si elle pensait à un modèle de montre bien précis chez Boucheron, ils en avaient même parlé ensemble… Amanda a eu un ensemble complet en dentelle rouge, Brandon l’a choisi seul, il connaît par cœur les mensurations de sa copine, il est fier de dire 85-88-90 à la vendeuse.
Alyette n’a rien eu, la Saint Valentin c’est la fête du peuple. En allant chercher des compresses à la pharmacie, elle a vu le dentiste, le Docteur Cropet qui faisait la queue comme un imbécile chez le fleuriste, elle l’a trouvé ridicule. Elle a un peu attendu pour voir ce qu’on allait lui refilé : il est ressorti avec une grande et unique rose rouge. « Et ben… on a l’air malin avec ça… » a-t-elle pensé. Annie derrière sa vitrine a vu Alyette espionner le Docteur Cropet, elle a secoué la tête en grignotant un rouleau de printemps. Elle a dit à Angela : « Regarde-moi cette salope qui mâte le dentiste ! », elle ne sait pas encore ce que Chicco lui réserve comme surprise, Angela lui a dit qu’elle ne l’avait pas vue à la boutique. En revanche… il paraît que Brandon, le banquier, le copain à Amanda, s’est ruiné pour un ensemble Passionnata. « La TO-TALE : combi/porte-jarretelle/tanga/ et même des mules en soie dans les mêmes tons… ça se voit qu’il a réussi… ». À l’heure qu’il est, Annie découvre un bébé chat dans un panier : c’est le plus beau cadeau qu’on lui a jamais fait. Elle hésite à l’appeler Chicholina ou Valentina.

Personnages de Province. 4/Annie, 62 ans, commerçante.

13 février 2008

Annie est commerçante. Elle tient une petite boutique « L’air du temps », du prêt à porter pour « toutes les mamies qui veulent rester jeunes » dans la rue principale du bourg. Elle a soixante-deux ans, mais elle demande systématiquement à tous ses clients « vous m’en donnez combien ? » en bombant le torse, car Annie s’est fait remplumer les nibards à la Clinique des Mouettes il y a six mois. Son budget en soins esthétiques est très, très important, il correspond au Smic à peu près. Pour rester jeune Annie fait du sport en salle le lundi matin, du rameur devant Amour, Gloire et Beauté, et tous les dimanches des UV, elle a prit un abonnement à l’année chez Soleil Plus. Avant, un samedi sur deux, elle allait en boîte avec ses copines, Jocelyne, Eliane et Krikri. Mais une rencontre a fait basculer sa vie. L’année dernière avec Éliane elles sont parties à Djerba. En revenant Annie a eu un coup de foudre à l’aéroport. Chico est d’origine italienne, il a douze ans de moins qu’Annie et il partage désormais son quotidien, Annie dit « mon copain » quand elle parle de lui. Elle parle avec délice de sa vie sexuelle, qui n’a jamais été aussi intense, et quand elle dit à voix basse à ses copines « que Chico a beaucoup, beaucoup d’exigences » elles les assomment toutes d’un coup. Annie dépense à présent des sommes folles dans la boutique d’Angela au bout de sa rue. Quand les nouvelles collections arrivent Angela tapotte discrètement contre la vitrine d’Annie, notamment quand elle reçoit de la dentelle car c’est ce que Chico préfère. Chico ne travaille pas, il attend Annie et lui fait des plats de spaguettis qu’elle ne finit pas : elle tient à sa ligne. De temps en temps elle secoue sa main droite pleine de bagues et elle dit à Krikri « un de ces jours ta surcharge pondérale te jouera des tours ma puce ! ». Elle a bien essayé de l’emmener faire de la marche rapide autour de l’étang mais Krikri préfère les pâtisseries et les séries télévisées. Annie frime quand elle rentre dans du 34, il faut dire qu’elle se nourrit exclusivement de suschis et qu’elle ne boit que du jus de carotte Bio. Toujours impeccable, très équipée quelle que soit la situation, Annie aime que son studio soit propre. Elle dit que  » l’état des waters en dit long sur les gens et leur façon de vivre », c’est la reine de la lingette. Annie possède toute la collection des « Aventures et Passions » en livre de poche, religieusement elle est moitié boudhiste, moitié catholique, mais ce n’est ni dans un temple ni dans une église que vous la croiserez : c’est au Décathlon, rayon marche à pied/course, elle appelle le vendeur par son prénom.

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Personnages de Province 3/Alyette THE chef

4 février 2008

Mumu est désemparée. Mumu n’est pas été invitée cette année au pince-fesse des Kermouette. Elle ne comprend pas pourquoi, elle se demande ce qu’elle a pu dire ou faire et pourquoi Alyette l’a giclée de cette façon de la guest list. Car à chaque printemps, les Kermouette organise un coktail dans leur ravissante propriété où le crémant coule à flot et où des centaines d’orgueilleux se précipitent. Ils se foutent de bouffer du pain de mie rassi tartiné au mauvais pâté du Lidl : ils sont là et ne rateraient l’événement pour rien au monde. Samedi 12 mars c’est THE place to be à La Gérardière, et Gérard de Kermouette vous attend, dans son blazer qui sent un peu la transpi et un peu la naphtaline.

Alyette est un pilier de Province et si vous elle aime bien, vous aurez vos entrées partout : rallye, kermesse, troupes de scouts, j’en passe et des meilleurs. Elle en connaît un rayon sur les activités mondaines en tout genre, depuis des années elle dirige le rallye « Blanche Hermine« , et gare à ceux ou celles qui contourneraient les règles qu’Alyette a mis en place : pas d’alcool et pas de flirts. Aux soirées elle guette du premier étage tous ceux qui s’égarent dans les fourrés (chez les Kermouette on chasse), et gare aux premiers qu’elle repère. Elle pose ses jumelles, se précipite dans les escaliers, et son cœur bat à tout rompre quand elle les surprend derrière les rosiers. Ils seront virés, « des rebelles j’en ai matés plus d’un » dit-elle en tirant sur sa veste Le Minor et en sortant un bout de langue. D’ailleurs elle a récemment été obligée d’appeler les Leguoulle pour les avertir du comportement de leur fille : Sarah Leguoulle roule des pelles à tous les garçons du rallye. Elle n’a jamais voulu de cette petite aux airs déchaînés, mais JP Leguoulle ayant arrosé la soirée aux profits de la rénovation de la chapelle de La Gérardière, Alyette a cédé aux supplications d’Amélia. Le résultat est là : que veux-tu que je te dise Gérard, a-t-elle dit à son mari, tout ça c’est de la graine de salope… et je pèse mes mots. Elle sait ce qu’elle dit : Edwige, sa cadette, un petit tromblon d’1m20 lui a tout raconté. Il paraît que le petit Cropet, le fils du dentiste, aurait fait des propositions à Sarah Leguoulle. « Et je vous laisse imaginer la nature des propositions, Maman » a fayotté Edwige en tripotant son collier de perles, elle que tous les mecs ont laissée sur le carreau à la soirée des Cropet, boudinée dans un bustier que sa mère avait confectionné avec les chutes des rideaux du petit salon. Le petit Cropet sera viré lui aussi, car Alyette, rien ne l’arrête.
Tenez-vous prêtes, Alyette vous guette.

31 janvier 2008… merci les filles !

31 janvier 2008

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Personnages de Province. 2/Amanda, vendeuse chez Rmesse

28 janvier 2008

Un grand machin sorti de son pavillon de grande banlieue et qui prend des airs de princesse. Depuis qu’elle est vendeuse chez Rmesse elle pense avoir gravi tous les échelons de la société et être arrivée au top, même si elle sait qu’un destin encore meilleur l’attend peut-être un jour rue du Faubourg Saint Honoré. Sa boutique est vide la plupart du temps et pourtant elle a l’air d’avoir un planning surchargé. Quand elle ne range pas toutes les cravates sur la même latitude, ou qu’elle n’enroule pas toutes les ceintures dans le même sens à 3,43 cm du bord, elle prend une calculatrice et fait n’importe quoi avec. Quand vous entrez, elle vous toise avec un sourire forcé barbouillé d’une couche de rouge à lèvre bordeaux, planque son « Point de vue et Images du monde » derrière le comptoir, et file au fond de sa boutique comme si le destin du Darfour y était. Si vous arrivez accompagnée d’un enfant dans sa boutique elle le regarde comme s’il s’agissait d’un alligator à la diète, avec deux elle palit, avec trois vous n’avez pas essayé mais c’est tentant. Quand vous lui tendez l’unique bijou Rmess que vous possédez, celui que l’on vous a offert pour les vingt-sept mois que la fabrication de trois petits garçons a nécessitée, elle vous regarde avec l’air mauvais. Vous lui expliquez que vous ne comprenez pas qu’un tel objet se dédore et soit déjà rayé, elle vous demande ce que vous faîtes avec. Vous lui répondez « tout » parce que vous la portez tous les jours, de la varape bien sûr et même le ménage. Au mot « ménage » elle écarquille les yeux et prend une mine offusquée. Elle voudrait que l’on pense que parce qu’elle est vendeuse chez Rmesse, elle dispose d’une armée de bonnes et que les problèmes de « ménage » ne la concerne plus. Elle répond qu’elle ne peut rien faire pour vous et fronce méchament les sourcils en voyant l’enfant déplacer les petits cubes noirs qui indiquent les prix, dans tous les sens. Au premier qui tombe par terre elle se précipite en criant « non ! NON ! NON ! », ce qui vous amuse énormément. Vous vous penchez vers elle , vous lui murmurez « et dis-donc Popeye, tu me passeras un coup de balai avant de partir parcequ’hier c’était vraiment dégueulasse ». et vous sortez sans avoir à ouvrir la porte, chez Rmess il y a un monsieur pour le faire. Et sans avoir résolu votre problème. La vendeuse a juste prit vos coordonnées téléphoniques sur un morceau de papier pour se débarasser de vous et de votre encombrante progéniture. Il va falloir revenir, avec le chien cette fois…

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Illustration d’Aurélie de La Pontais http://www.aureliedelapontais.com
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Personnages de Province. 1/Amelia, la femme de…

24 janvier 2008

La femme du directeur général du groupe « Legros et Patalait »

Amelia est asez jolie, assez gentille, mais, il faut bien l’avouer, elle est très très chiante. Et tout le monde lui lèche les bottes. Même si sa compagnie n’a strictement aucun interêt : tout le monde la recherche. Parce que son mari occupe un gros, un énorme poste et que sa situation impressione considerablement tous les locaux. Quand ils parlent de lui, les maris sifflent d’admiration « il occupe un gros truc ! ». Quand on présente sa femme , on dit « Amelia Leguoulle. La femme de Jean-Pierre Leguoulle. » un peu comme Charlotte est la fille de Gainsbourg, Amelia est la femme de JP, directeur général de « Legros et Patalait ». Amelia distribue aux intimes des « bonjour ma belle » qui font rosir de plaisir, parceque connaître Amelia signifie que vous n’êtes pas non plus n’importe qui. On se force tous à la trouver « délirante » quand elle met un foulard autour du cou de son cocker, « entreprenante » quand elle propose une visite de la vieille ville suivi d’un brunch entre amies ou tout simplement « pleine de ressources » quand elle transforme un cageot de salade en bac à jardinage.

Quand on parle d’elle il faut avoir l’air de bien la connaître pour se faire un peu mousser.  » « Amelia compte changer ses rideaux la semaine prochaine » lance-t-on sur le ton de l’anecdote. Ou encore mieux « Amélia n’a pas le moral elle doit se faire opérer la semaine prochaine ». Admiration des unes, curiosité des autres « Ah bon ? de quoi ? ». On fait taire l’assemblée « j’ai promis de ne rien dire « , ce qui veut dire « Amelia et moi on est très TRES proches ». Dans les dîners les Leguoulle sont les stars locales, Amelia parle pour deux et personne n’osera jamais lui dire de fermer sa gueule. Parcequ’Amelia est la femme du directeur général de « Legros et Patalait ». Vous la connaissez vous aussi ?

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Illustration d’Aurélie de la Pontais. www.aureliedelapontais.com


Chantal Goya répond à Carla Bruni de Chambery…

24 janvier 2008

Par notre amie et collaboratrice du blog : Tentense-à-la-montagne
Sur l’air de « Ce matin un lapin a tué un chasseur »

Dans la forêt près de Rennes
Un beau jour est arrivé
Un p’tit lapin de garenne
A la plume bien acérée.

Tu décris si bien les choses
Dans « une vie bien comme il faut »
La province, c’est morose ;
J’en ai souvent plein le dos.

Refrain :
Ce matin, un lapin a quitté Paris.
C’était un lapin qui
C’était un lapin qui
Ce matin, un lapin, a quitté Paris.

C’était un lapin qui avait de l’esprit.
Lapin, ton humour dérange
Les parangons de vertu.
Ne serais-tu pas un ange ?
Mais de qui te moques-tu ?

Si, choqués par ton cynisme,
Certains te tirent dans le dos,
Réponds leur avec malice
Tel Diogène dans son tonneau.

Refrain

P’tit lapin, persiste et signe,
Et foin des esprits étroits !
Ponds nous donc encore des lignes,
Qu’on rigole encore une fois.

Car si la myxomatose
Atteignait notre lapin,
On n’pourrait plus lire sa prose
ça nous caus’rait du chagrin.

Refrain

Qui sait ? Quand nous serons vieilles,
Enterrées loin de Paris,
Nous chanterons les merveilles
De nos provinces endormies.

Autour d’un whisky verveine
A Rennes ou à Chambéry,
On s’dira qu’on a d’la veine
De s’être connues à Paris.

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