Archive de la catégorie ‘vis ma vie le mercredi’

LE MERCREDI C’EST CHACUN POUR SOI

Jeudi 20 septembre 2007

 

 

 

 

 

 

Depuis que je suis femme au foyer OYÉ OYÉ je découvre un nouveau calvaire : le mercredi. Malheureusement je suis la seule, toutes les mères le mardi soir à la sortie disent « ouf, demain c’est mercredi ! ». Moi, dès seize heures j’ai des chutes de tension et j’attaque par rangée entière ma plaquette de Milka.
Les enfants, que je secoue comme des pruniers les jours d’école, sont debout aujourd’hui à sept heures. C’est un complot, je les ai entendus se mettre d’accord cette nuit. – Tu vas voir elle va en chier aujourd’hui, disait l’ainé (8 ans) au second (6 ans) – Ouais, on passe au plan B, chuchotait le troisième (18 mois). Demain au parc, sur les coups de 17h50 je disparais pendant au moins quinze minutes, hé! hé! hé! – J’ai pas dit mon dernier mot, a dit le chien, pendant que vous serez au basket je vais pisser sur le tas de linge propre. » Et ils riaient tous à gorge déployée. Je me suis armée de courage, j’étais debout avant eux : le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Preum’s. Je décide de m’organiser et de multiplier les activités. Devoirs le matin : l’ainé a oublié son cahier de français. Il beugle « c’est pas de ma fôôôte ». Le second sa poésie. Je ne m’énerve pas. Ils seront clochards plus tard. Bibliothèque. J’ai bien vu le regard en biais qu’a jeté la bibliothécaire à sa collègue en nous voyant arriver. Les enfants s’excitent et entament une bataille de coussins. Une horrible petite fille, boudinée dans une robe Dora l’exploratrice les regarde en gonflant les narines : elle va le di-re à sa mèèèèèère. Je ne suis pas autorisée à prendre de livres : je suis suspendue de 51 jours à cause de mon retard. Je me casse. Nous allons déjeuner tôt. Enfin il n’est que dix heures 30 !!! J’autorise un « petit dessin animé » et je couche le dernier. Ils crient OUAIS ! et se jettent sur mon lit en écrasant leurs gâteaux : ouf, ce ne sont que des chocos à la fraise.
Je les ai fait déjeuner tôt. J’ai eu chaud mais je ne m’en sors pas trop mal, le plus dur est à venir. 13h30 le cadet a basket, je l’amène sous le soleil. Je passe par la rue la plus tranquille du quartier : c’est l’heure de la sieste des retraités et mon chien pourra faire ce qu’il veut, personne ne me surprendra . J’ai un peu mauvaise conscience : il a fait sa crotte juste devant un portail. Si quelqu’un se casse le col du fémur ce sera de ma faute… En même temps aujourd’hui, mercredi, c’est chacun pour soi. 14h30 l’ainé a basket, il ne veut pas y aller, je le tire par le bras, il refuse de dire bonjour à son professeur, je pars en courant. Mumu est là, planquée dans un coin, elle prend l’air embêté et me demande « si j’ai pris ma décision d’aller voir quelqu’un pour lui ? ». Je ne réponds pas, elle sent la frite et elle a de la moustache. 15h30 je reviens chez moi. Les enfants me supplient d’aller au PARC. Le PARC est l’endroit le pire du monde après le Mac Do. Mais je cède car il me reste encore cinq heures avant qu’ils ne se couchent. Heureusement je retrouve le banc et l’arrière banc local. Anne-Solange, un pilier de paroisse, affiche un sourire coquin. Ah ! je devine qu’elle attend le cinquième, il était temps : l’ainé est en grande section de maternelle. Elle a une petite larme au coin de l’œil gauche, Elle croise les mains sur sa poitrine et me dit « attention ! chacun son rythme… je ne suis pas forcément un exemple à prendre… » . Je m’incline devant cette leçon d’humilité et de modestie. Je manque de tomber à genoux : la Vierge Marie m’a parlé ! Sans rire, pour qui se prend-elle ? Je suis rapidement distraite par une maman qui m’interpelle « S’il vous plaît ! C’est votre fils ? » Je prend une mine de rien, d’absente, de demeurée . « Nan, parce qu’il dit à ma fille qu’il va lui écraser la figure avec une pierre… ». Je me rue à la balançoire, fessée. Grosse fessée Mais qu’est-ce qu’il te prend ???? Il se tord de rire. L’horrible gamine sur la balançoire jubile, il lui manque plein de dents, elle chausse du quarante à six ans, je comprends mon fils. Le dernier a filé. Seule au monde je me mets à courir partout. Il n’est nulle part. Je tremble, je vais vomir : un pédophile s’en est emparé, c’est sûr , il est bien plus mignon que tous les autres morveux, en plus il est dans sa salopette Bonton… Pourquoi ne lui ai-je pas mit une casquette (à l’envers) et un jogging ??
Mais un pur moment de bonheur m’attend, je le vois, l’amour, il joue près de la fontaine, je fonce, il est trempé. Je l’attrape et m’excuse mentalement auprès du pépé que j’accusais du pire il y a une minute. Il surveille ses deux petits-enfants. La vache ! Y en a qui ont du bol d’avoir des papy pour emmener leurs chiards au parc… Je suis exténuée il faut que je rentre. Tout de suite. Hélas, Anne-Solange a décidé que je serai son bouc émissaire. Elle me poursuit et me fait coucou de loin avec un truc rond. Horreur ! Elle tient dans sa main des ustensiles de broderie. Si elle me chope elle va me montrer sa collection de torchons sur le thème du potager. Le cadet a disparu, j’attrape l’ainé par les cheveux, je colle le dernier sur mes épaules, ouais je sais, je ressemble à un film de Super Nanny, je l’entend qui murmure : »Madame, mettez vous à la hauteur de l’enfant et parlez-lui dans les yeux… » Trop tard le cadet réapparaît je hurle « tu viens ici tout de suite ou t’as une trempe ! ». Près du portail Mumu vient d’arriver… elle me regarde et soupire : tu as besoin d’aide ? Rase ta moustache Mumu. La salope… son fils a jeté son vélo violemment, elle se penche, le ramasse calmement et dit « je comprends ta colère, Pierre-Amaury-Jean-Hilaire-Louis (Mumu pense qu’elle est chic parce qu’elle lui a mit une médaille pour aller au parc ), mais nous allons calmement en parler ». Même le mercredi, Mumu est au top. Les enfants de Mumu font leur nuit à quinze jours et mange cinq fruits et légumes par jour. Il faut que je rentre. J’attaquerai peut-être l’atelier peinture…