Archive de la catégorie ‘vie en province’

Un Noël bien comme il faut…

Vendredi 21 décembre 2007

Tout va super bien commencer. On va tous se retrouver, arriver les uns après les autres dans un froid de gueux, les coffres dégueulant de paquets cadeaux, des valises pleines à craquer de doudous et de doliprane. Un peu comme dans un film américain, avec une sacrée couche de bonne humeur et « de la soupe au sourire ! » comme dirait Marie-Bru. Le 23 est le jour le mieux, on se dit qu’il reste un petit créneau demain pour trouver le seul cadeau manquant, l’introuvable, pour celui qui dit « j’ai besoin de rien » quand on lui demande « s’il aurait pas une petite idée ? ». Le 24 les dégats commencent parce que la tension monte. Y a toujours une nana affolée (ma sœur en général) pour demander à tout le monde « qui a du scotch ? t’as pas du scotch par hasard ??!! Y a pas de scotch dans cette maison de merde ?!? », toujours un affreux (souvent un des miens) pour tripoter la crèche et décapiter Joseph, et surtout, surtout, toujours cette bonne vieille dinde qui attend sa crémation, nue, l’œil mi-clos et le cul plein de marrons, a-t-elle vraiment mérité un tel destin ? La tension monte, l’humeur des travailleuses en cuisine se désagrège, elles commençent à souffler en regardant de travers ceux qui lisent des BD au coin du feu. Les enfants s’excitent, c’est au tour du berger de perdre un bras, on les collent dehors avec leur cagoule ils reviennent dans la minute en miaulant qu’ils ont froid, faim et soif, des vrais romanos. Le départ à la messe de Minuit est une étape importante. Les uns attendent les autres, exaspérés et les autres demandent aux uns si « le soir de Noël, c’est possible d’être gentil ??? ». À la messe on pensera à Ingrid Bétancourt et on écoutera le prêtre dire que Noël c’est pas QUE les cadeaux. N’empêche que le moment fatidique arrive : l’ouverture des cadeaux (Attention ! je ne dis pas que Noël c’est QUE les cadeaux). Un mois de course effrénée à la conquête de la meilleure idée, des heures de queue pour faire emballer les cadeaux (et engraisser les associations diverses et variées par la même occasion), des trésors d’ingénuosité pour trouver des planques différentes et accessoirement TOUT votre treizième mois qui est passé là-dedans (Ohhhh… on n’avait dit qu’on parlait pas d’argent…!), tout cela pour ce moment unique, ce moment où Jésus décida de venir nous sauver du Mal et de nous offrir deux semaines sans conduites et sans devoirs le soir.

Amis du blog, je vous souhaite un Joyeux Noël, un peignoir brodé et le dernier Goncourt (super naz). Si vous n’avez pas d’idée foncez acheter le volume 1 de Millénium ou Le rapport de Brodeck, deux livres formidables. Je vous aime, I love you, Ichlibedich. Et souvenez-vous : Noël c’est pas QUE les cadeaux c’est aussi l’apéro !

LA VENTE PRIVÉE DE BRIGITTE

Mardi 11 décembre 2007

J’avais juré de ne plus y mettre un orteil, mais Marie-Bru m’a saisie au pied du lit sur le parking de l’école « Tu viens avec nous ? On va toutes à la vente de Brigitte, allez, quoi ! Viens ! ». Dans un moment de solitude j’ai accepté, après tout je n’ai rien de prévu de spécial ce matin et je n’ai parlé à personne depuis cinquante-quatre jours. Pourquoi pas ? Nous y allons toutes à pied, moi avec mon dernier et elles avec leur armée de papes : Benoît, Calixte, Sixte et Clément. À peine arrivée, je le regrette. Deux mouflets empestent la merde, et dans le salon de Brigitte, toutes ses copines exposent leurs saloperies. Le premier petit stand est animé par une copine de Brigitte qui peint des aquarelles d’hortensias. Hormis le sujet un peu cul-cul, il va de soit que la copine n’a aucun talent, les hortensias sont misérablement fades et plats. Je passe au second stand : des cadeaux personnalisés. La belle-sœur de Brigitte peint sur porcelaine, elle écrit le prénom de vos enfants avec le dessin d’un petit camion par exemple. À peine ai-je manifesté une pointe d’interêt en me penchant sur un bol, qu’elle se jette sur ses créations pour en expliquer le principe : « enfin, je peux aussi faire un tas d’autres motifs », dit-elle avec l’air d’une artiste ayant inventé de nouvelles conventions picturales. Le troisième stand est celui de la dernière chance, il va bien falloir raquer à un moment… c’est impossible de repartir les mains vides, cela voudrait dire que … vous trouvez… tout… moche ??? Ou encore que vous avez des oursins dans les poches ??! Le troisième stand est donc celui de la broderie « sac à goûter », « sac à linge », « sac à chaussettes » ou encore « sac à culottes ». Et à côté une pile de cartons d’invitations pour la vente de demain « Pif et Paf, nouvelle collection de jouets en bois, vente exclusive de Noël », et tandis que je lis le tître, une bonne âme me glisse à l’oreille « c’est une veuve atteinte de la phytokanlose qui organise cette vente, tu ne vois pas qui c’est ? Son fils s’est fait opérer l’année dernière des orteils, il ne lui en reste que sept… ». Je regarde mon petit garçon, j’ai tellement de chance…Et puis… c’est bientôt Noël. Alors je craque pour un sac à pinces à linge, sous l’œil bienveillant de la bonne âme qui refait d’un geste sûr le nœud de son foulard en soie, avec un grand sourire doublé d’un hochement de tête qui signifie « Vous avez raison… on a toujours besoin d’un petit sac à pinces ! ». Et voilà comment j’ai déchiré vingt-deux euros en trois minutes : du racket organisé…

LE COURS DE PEINTURE SUR PORCELAINE

Jeudi 8 novembre 2007

– TTttttttt tt tt tttt, soupire Mumu en secouant sa frange jaune, il faut que tu fasses quelque chose cette année. Pourquoi tu ne viendrais pas à mon cours de peinture sur porcelaine avec Marie-Jo ? C’est génial je t’assure, et pour toi qui sais dessiner, tu vas t’é-cla-ter. Et puis, on pique de ces fous-rire entre filles…
Je bafouille un truc qui ressemble à un oui et me voilà inscrite mardi en 8 à dix heures au cours de Marie-Jo.
J’arrive dans un petit pavillon en zone commerciale. Je sonne et pénètre dans l’univers du Maître. Sur un guéridon en face de moi un tas d’horreurs, visiblement peintes et exposées par Marie-Jo elle-même… Déjà que j’aime pas les chinoiseries mais là ça dépasse l’entendement.
« On se fait la bise ?  » dit Marie-Jo en me claquant le beignet. Je m’installe. Nous sommes six jeunes femmes. « Bienvenue parmi nous ! ». Elles m’accueillent avec des grands sourires avant de sortir, non sans un petit hochement de tête de satisfaction, leurs œuvres. Je suis horrifiée. Mumu me montre le service sur lequel elle « bosse » depuis des mois. Une vingtaine de pièces dans une ambiance arabe inspirée de la collection 2005 Villeroy et Boch et du catalogue « Partir au soleil » d’une agence de voyage. « Je t’en bouche un coin, hein ?  » me lance-t-elle avec un clin d’œil.
Je sors mon maigre matos et une tasse que j’ai achetée hier. « Houla la la !! Les tasses c’est pour plus tard ! C’est trop difficile ; aujourd’hui on va aborder le feuillage sur un carreau tout simple » s’exclame Marie-Jo. Et voilà comment je me suis retrouvée à faire des petites feuilles vertes sur un carreau de chiotte blanc tout en essayant de participer à la conversation centrale. « … et quand il m’ont posé la péridurale… je n’avais qu’un côté endormi… t’imagines ? J’avais carrément l’œil droit qui se fermait…! » « ben moi ils n’ont pas eu le temps… alors… l’épisio à vif… » Effet garanti : grimace générale, sifflement admiratif et solidaire. »Attention… ! Tes feuilles penchent à gauche… » me murmure Marie-Jo.
– Dis, Marie-Jo tu nous montres ce que tu fais en ce moment ? lui demande soudain une élève. Marie-Jo respire fort et dit « bon, d’accord c’est bien parce que vous êtes mon groupe préféré ! ». Mumu me donne un coup de coude, ravie.
Marie-Jo a sorti un plat octogonal avec comme simple décor de la volaille chétive et déplumée, des galinacés génétiquement modifiés par son coup de pinceau et une mise en couleur digne de ce nom.
Le groupe retient sa respiration et ma voisine soupire « pfff, c’est tout simplement ma-gni-fique… ». Marie-Jo dit « mais , chut ! c’est un secret hein ! c’est une surprise que je réserve à mes petits-enfants pour Paques ! ».
Mumu a offert son service à sa mère, il paraît qu’elle n’en revenait pas. Moi, je ne suis jamais revenue au petit cours de Marie-Jo.

MON STAGE COMMANDO À L’INTERMARCHÉ

Mercredi 7 novembre 2007

Hier, après neuf jours de vacances, le frigo fut vide. Un desert alimentaire digne d’une anorexique. Une tragédie shakespearienne : va falloir faire le plein de bouffe avec les trois monstres !!!!!
Je brieffe à fond les enfants dans la voiture et première erreur : je promets un petit cadeau pour les enfants sages. J’ai dit « PETIT » !
À peine ai-je franchi les portes automatiques du magasin que le dernier se tortille sur le siège du caddie et que les deux ainés entament une course-poursuite. « C’est toujours comme ça, Madame ?  » me murmure à l’oreille le spectre de Super Nanny. Je sais que l’heure qui va passer va être dure. Très dure. À chaque rayon la même rengaine « on peut prendre des Choco-Crispies-Max ? Du Fanta ? Du Coca ? Des billes ? Des Dragibus ? Des Malabars « . NAN. « t’avais prooooo-mis ! » NAN. On prend des carottes, des courgettes et des œufs. Le cadeau c’est après. Ils disparaissent. Réaparaissent les dras chargés de brosses à dent (une bonne dizaine). Le dernier est en équilibre sur la barre avant du caddie et pousse des hurlements de singe. Les ainés disparaissent. Je hurle « Je veux vous voir ! ». Comme une folle j’attrape tout ce que je peux et je remplis mon caddie à toute allure. Ils réaparaissent avec une boîte de vingt-quatre liégois et trois bombes de crême chantilly. Le dernier tombe dans le caddie sur la douzaine d’œufs. Je lui colle une banane dans la main et le réassoit. Il fait 40° ou quoi dans ce magasin ? Je suis en nage.
J’arrive au rayon charcuterie. J’entends « s’il te plaît ! Tu arrêtes ? » Je me retourne l’ainé donne des coups de pied dans les citrouilles que le chargé de rayon essaye de protéger. Spider Man tente de s’échapper du caddie et dans son ultime saut il écrase sa banane dans mes cheveux. Je passe au rayon Viande. Les ainés ont disparu. Je me rue dans les rayons, ils sont en train de faire des provisions devant la promo des gâteaux apéro. « Bon. C’est FINI pour le petit cadeau ! ».
J’ai terminé mais le plus dur est à venir : le passage à la caisse. Quand j’y arrive j’ai mal au cœur, j’ai chaud et je suis sur le point de pleurer. La caissière me regarde d’un drôle d’air, je crois que je lui fais pitié. Le refrain, toujours le même refrain, comme dans un cauchemar « Maman, on peut prendre des Menthos ? Des Kinder ? Des chewing-gums ? ». Quel est le con qui a eu la sombre idée de coller des bonbons à toutes les caisses ? D’une main je maintiens le dernier dans le siège du caddie, de l’autre je lance au hasard les articles sur le tapis de caisse. Je me déplace trois vertèbres, j’ai des mèches pleines de banane collées à la joue, mon taille basse m’arrive à mi-fesse et je renifle. Ils m’ont foutu « L’encyclopédie des dinosaures » au fond du caddie, je dis « euh finalement je ne le prends pas ! » La caissière fronce les sourcils « Ah ! oui mais c’est embêtant parcequ’il est abîmé ». Elle me montre la tranche mordue de long en large par mes enfants. Je rougis. Je m’incline.
Je suis prête pour un stage commando. Et au moins les commandos ils traînent pas leur mouflets pendant leurs stages, alors bémol et comptez pas sur moi pour vous plaindre lors de votre prochain passage à l’antenne. Au moment de partir les ainés s’agrippent de chaque côté du caddie pour faire « comme le camion poubelle » . Le dernier piétine le sac de tomates. Je boîte, j’ai envie de vomir, j’ai des courbatures. Je viens de faire le plein, quoi.

On a dîné il y a 25 ans !

Lundi 29 octobre 2007

C’était l’année dernière, au mois de novembre. J’avais décroché notre premier dîner chez des inconnus. Plutôt sympas, parcequ’on ne les connaissait ni d’Eve ni d’Adam, mais d’une copine de la cousine de la marraine de mon mari.

Ding ! Dong ! Entrez ! Entrez ! crie une voix jeune et sympathique (il s’agit d’un « jeune couple dynamique » comme dit ma belle-mère). Dès qu’on entre mon sang change de couleur : on a remonté le temps !! Nous ne sommes plus en 2006 mais en 1982… Ohhhhhhhhhh ! Tendance donc, pour les nanas, le look sapin de Noël : grosses boucles d’oreilles assorties aux collier assorti aux bracelets, chignons, col roulé épais et diformes, jupe aux genoux OU aux chevilles, petits escarpins coquinoux (3cm de talons, la fête du slip !). Pour les hommes, je vous laisse deviner… Ressortez vos photos collector et vous verrez… On nous présente, je tire de toute mes forces sur ma blouse rétro, j’essaye de cacher mes demi-cuisses moulées dans un leggins : mais qu’est-ce qu’il m’a prit de m’habiller comme ça ? (ben ouais, t’étais à poil, on aurait dit une knaki, m’a dit ensuite mon mari pour me décomplexer). Ah ! Ah ! Je reconnais tout de même le passage des moules Flexitrucs lors de l’apéro et cette fois je devance les autres en hurlant « DIS-DONC, MARIE-BRUNE-HILDE, TU-NOUS-GÂTES !!!!! » (hé ! hé ! je marque 20 points !). Et en avant la musique ! C’est reparti avec leur thèmes de prédilection : le cathéchisme et les prières exaucées, la méthode globale et les gros mots à l’école. Au moment du dîner, la maîtresse de maison lance le prénom de son mari sur un ton interrogateur « Hervé, s’il te-plaît ? », et Vévé nous entonne un petit bénédicité le plus naturellement du monde. J’étouffe, mon mari fait genre il connaît les paroles en disant les deux dernières syllabes « gneur » et « pain ». Coup de théâtre à ma droite ! Ma voisine s’est incliné brusquement en murmurant « en ce cinquième dimanche de l’avent« . Elle a gagné un sourire général et généreux, même si elle a raté de près le coin de la table. Et elle enchaîne avec le question suivante « et pour Noël vous faîtes quoi vous, comme petit rituel ? ». J’imagine que ce n’est pas le moment de parler de Toy’s us ou de mes fils qui découpent les journaux de cadeaux en criant « c’est pas cher, hein Maman, c’est pas cher ? ». En fait j’ai pas trop suivi le débat des bonnes actions, parce que je me concentrais sur l’atrocité de l’entrée : du dégueuli de concombre. Servi par coupelles individuelles, un cauchemard.

Après le dessert on a pretexté les fiançailles d’une cousine le lendemain, pour partir tôt, ce qui était vraiment débile puisque tout se sait et tout se voit ici. Mais mon mari sentait que je devenais assez désagréable. J’avais envie de revenir en 2006, j’ai bien le droit, non ?

UN PETIT CAFÉ olé ! olé !

Mardi 23 octobre 2007

J’aurai dû m’en douter… Toutes mes premières fois furent des catastrophes : la première fois que je suis montée sur un bateau j’ai trouvé un mort en mer, la première fois que j’ai accouché j’ai fini au bloc sous anesthésie générale. Le premier mec que j’ai embrassé à la boom de Natacha Paillot, j’avais une cacahouete coincée dans la gorge. La première fois qu’on m’a demandée en mariage c’était sur le trottoir, mon mari était îvre-mort et la police l’a arrêté parce qu’il faisait pipi dans la rue.

Quant à mon premier petit café dans ma ville de Province, ce fut un grand moment. Ma tasse était assortie aux rideaux dont le liseré framboise rappelait la couleur du canapé, et je pouvais voir mes plombages briller dans ma petite cuillère en argent. Il y avait un plateau de petits moelleux au chocolat faits maison dans un moule Flexitruc, une dame a dit « dis-donc c’est magnifique, tu nous gâtes ! » et la maîtresse de maison a répondu « c’est rien à faire, je t’assure ! ». Et il y avait des dames assises, dans des tenues incroyables, portant des jupe-culottes, des cols ronds et des pantacourts en vichy. Avec mes bottes en cuir et mon sautoir j’avais l’air d’une pute. La conversation a débuté sur l’incroyable queue… de la vente Papa Pique et Maman Coud : deux heures pour acheter des barettes en forme de crabes à prix bradé ! Puis elle s’est centrée sur la médiocrité des programmes télévisés, une seule certitude : la télé, finalement, c’est Satan. De fil en aiguille les dames ont tout naturellement abordé toutes les histoires les plus sordides de la ville : elles ont passé en revue tous ceux qui avaient des maladies incurables, on a compté les mort-nés, les enfants écrasés, les enfants de divorcés, et toutes secouaient la tête en disant à mi-voix « pfffff, c’est pas possible ». En définitif, toute cette misère leur faisait penser que leur vie de merde n’était pas si merdique et qu’elles avaient même de la chance. J’ai attaqué le fondant au citron puis les tartelettes à la confiture de fraise. J’ai sorti une clope (nan, je rigole !!). Plus le temps passait et plus j’avais le cafard. Un de ces cafards… un truc qui me collait partout. Et puis, comme j’étais nouvelle, les dames m’ont demandé « ce que je comptais faire cette année ». J’ai écarquillé les yeux avant de subir une attaque préméditée : elles m’ont proposé tout un panel d’activités, des aprèm’ de bricolage (chez Marie-Bru on apprend à faire des pêles-mêles !!), des équipes de réflexion de couple (il faut prendre du temps pour s’écouter à notre époque…) ou même pire : des chantiers éducatifs (après tout, être Maman c’est un métier comme un autre !!!). J’ai gentiment tout décliné, j’avais envie de leur péter les dents. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai retrouvé mon chien. J’étais vachement contente, on a parlé de littérature étrangère, on a partagé un caranougat, on a un peu surfé sur Face Book et on a maté un programme sur Arte. C’est bon de retrouver un vrai pote.

UN CADEAU BIEN MÉRITÉ -1

Jeudi 18 octobre 2007

Mon chien est un cadeau de mon mari. Mon mari l’a appelé Valmont (c’était l’année des V, j’ai échappé au pire…) et me l’a offert à la naissance de notre troisième fils.
Mon chien pisse partout. Jusqu’à vingt-quatre fois dans la rue. Mon chien vole la bouffe des enfants, leurs tartines, leur jambon et leurs gateaux. Quand il vole du beurre il le vomit ensuite dans l’escalier. La nuit mon chien aboit quand il y a un chat dans le jardin ou quand quelqu’un parle dans la rue. Mon chien peut gémir sans s’arrêter pendant trois semaines si la chienne d’à côté est dans un état interessant. Mon chien attaque mes chaussures en daim, traîne mes sacs à main dans la boue et planque les doudous des enfants.
Mon mari me l’a offert “pour ne pas que je me sente trop seule en Province…”. C’est le plus beau cadeau qu’il m’ait fait. Quand j’ai des invités mon chien leur renifle le trou du cul et saute en aboyant sur les petits enfants. Quand je leur ouvre la porte mon chien se tire pendant des heures, jusqu’à ce que mes voisins viennent se plaindre. Il faut dire que mon chien ne fait sa crotte que devant les portes des maisons. Mon chien pète en voiture et bave sur mes leggins. Il bouffe la tête des action-man, éventre les peluches et leur arrache les yeux.
Parfois je me dis que mon cadeau va peut-être se faire écraser et je pense à toutes les bonnes nuits que je passerai. Mais vite je chasse ces mauvaises pensées.
Message à toutes : ne cédez JAMAIS pour un chien.

LE GOÛTER D’ANNIVERSAIRE

Mercredi 10 octobre 2007

Drrrrrrrrrring !

L’ainé se précipite en renversant tout sur son passage (en l’occurence son petit frère et un cendrier qui déborde de billes et de centimes), le second pousse un hurlement, le troisième s’accroche à ma jambe, le chien aboie : on a sonné. C’est le début d’une longue aventure : deux heures et demies de cauchemar pour fêter l’anniversaire de l’ainé. Il y a huit ans, jour pour jour, j’étais ligotée sur une table, découpée en deux, recousue en trois, serrant dans mes bras un petit chef d’œuvre. Une franche partie de rigolade… Et bien chaque année à la même date, on peut dire que c’est ma fête.

Alors que je devrais être couverte de cadeaux, de baisers, hissée sur un trône de pétales de roses du Guatemala, acclamée par les miens, me voilà martyrisée par seize gamins. SEIZE !!!! a hurlé mon mari. Chéri, impossible de faire autrement. Entre les invitations à rendre, les vexations à éviter, deux filles pour faire diversion, celui qu’on invite parce qu’il offre « des cadeaux hyper chers », le fils de ma meilleure amie et accessoirement son frère qu’il a daigné inviter dans sa grande bonté… le compte est bon.

Ils sont malheureusement tous d’une ponctualité désarmante. À quatorze heures 06, ils sont tous là. « Ouhh ! Madame ils font l’amoûûûr ! » je me retourne d’un trait : mon fils se fait serrer par une gamine en survêtement Barbie. On peut dire qu’il l’a choisie entre mille, elle agite une queue de cheval dressée sur le crâne et me regarde en tordant la bouche dans tous les sens.

Après une heure au parc de diverses parties de relai, belotte, chat glacé et autres, nous rentrons. Nous allons goûter, deux règles en or : jamais de verres en plastique (97,8 % de renversement de liquide) et pas de ballons de baudruche (ça les excite). Je bourre les invités de gâteaux, je les force à reprendre de tout, et j’arrose l’ensemble de quelques litres d’Oasis. Mission réussie : le solide gonfle dans l’estomac et le volume sonore a diminué. Quelques bonbecks, il faut s’arrêter : je sens qu’ils sont barbouillés. « Madame c’est où les toilettes ? me demande une petite voix. J’indique le lieu-dit tout en précisant « qu’on fait bien bien attention à ne pas faire pipi à côté, c’est d’accord Marc-Alban ? ». Je suis très très gentille car il faut que mon fils soit réinvité partout. Ouverture des cadeaux : la chair de ma chair me désespère. « Quoi ! c’est un truc de fiiille !! » « la moto Playmo… je l’ai déjà… » « Un DVD de Babar ! et mais tu me prends pour un minus ou quoi ?? ». Je souris, j’embrasse les enfants, je suis exquise. Soudain le plus malin d’entre eux, Kevin, celui qui a les doigts dans son nez depuis une demi-heure et tripotte avec ses mains pleines de gras mes bibelots en argent, lance une idée satanique « M’dame, on peut jouer dans les chambres ? ». Mon poul s’accélère, s’ils montent je suis perdue. Mais j’ai un flash « Et pourquoi, avant que vos Mamans n’arrivent, on ne regarderait pas un petit DVD ? » . Leurs yeux brillent, mon idée est la meilleure. Je les colle dans le noir devant Superman 4, le tour est joué.

Drrrrrrrrring… Ah ! Elles arrivent ! La mère à Kimberley reprend sa gamine « Où k’il est ton sweet ma puce ? », je rends les trésors à leur génétrice, je propose à la mère de Marc-Alban de rentrer « non, merci, tu es gentille mais je me dépêche : Marie-Priscille a son atelier liturgique… ».

Je suis assommée. Je me surprends à penser à mes copines célibataires, qui, à l’heure qu’il est, se repoudre le nez avant de filer au resto… Ça me prend de temps en temps…

LE NOUVEL ACCESSOIRE À LA MODE : UN ENFANT PRÉCOCE

Vendredi 21 septembre 2007

Cette semaine, mon meilleur ami (Elle Magazine), me propose une triple page sur les accessoires indispensables pour la saison à venir : néo-escarpins, besaces, foulard customisé, low boots, ceinture etc… Mais je ne vois nulle part le must have de ma ville de province chérie… Ne me dîtes-pas que… si ! Les journalistes ont oublié l’outil indispensable, celui qui mérite sa première place au rang des accessoires de la rentrée : l’enfant précoce.

C’est le must ici. Et tout le monde a le sien, sauf moi, comme d’hab. Je décide de mener l’enquête, si ça se trouve j’ai une portée !! Comment sait-on si l’on possède un enfant précoce ? Rien de plus simple : on le fait tester. On va chez une psychologue et on va tous voir la même. THE spécialiste des enfants précoces : elle arrive à en détecter un par famille. Parfois deux. Et depuis, elle roule en cabriolet BMW et elle part en vacances aux Bermudes. OK. Mais, me direz-vous, pourquoi l’a-t-on fait tester ? J’interroge au hasard Bernadette, dont l’ainé est devenue « enfant précoce » en avril dernier. D’abord les parents se sont inquiétés : Amédé connaissait par cœur le régime alimentaire de TOUS les dinosaures, c’était un petit garçon différent, assez angoissé « Maman, lui-a-t-il demandé un soir, si la Terre tombe, où est-ce qu’on va aller ? ». Ah… je pensais que c’était plus mathématiques que ça…Un truc un peu à la Rain Man…un gamin qui saurait instinctivement combien font 847×698. Bernadette a vu mon air déçu et rectifie : enfin… il a le niveau intellectuel d’un enfant de douze ans alors que… (mine modeste, battement de paupières nostalgique) il n’en a que six… Immédiatement je lui demande combien de classes il a sautées, il doit être en cinquième à 5 ans !! Non, il reste en CP pour le moment, la psy dit que c’est mieux qu’il reste avec les enfants du même âge. Maline la psy, hé ! Et la maîtresse dans tout ça ? C’était terrible, soupire Bernadette, elle n’avait rien vu du tout. Cette gourde pensait qu’il avait un problème d’audition… Et à part ça ? Quand il se sent incompris il jette toutes ses affaires par terre (les miens ausssi !!!!), il veut devenir paléonthologue et apprendre le latin. J’ose demander si le latin c’est pas rapport aux maximes d’Astérix et Obélix… Sourire condescendant. Bernadette me regarde : « c’est dur de comprendre les problèmes de précocité. Mais c’est un tel souci pour nous… ». Je sais ce qu’elle ressent : la beauté physique de mes enfants est un problème difficile à gérer. Et comme je suis convoquée régulièrement chez les maîtresses, je me demande si par hasard, je n’aurai pas moi aussi un enfant précoce ?

INTRODUCTION

Mardi 18 septembre 2007

Ça y est, enfin, Jean-Eudes a eu sa mutation ! Depuis le temps qu’on en rêvait !! Ça fait un certain temps que la vie à Paris nous tape sur le système et pourtant ça va faire trente ans qu’on y habite. On a longtemps ricané en voyant les cousins de Pronvice débarquer chez nous à Noël. Avec leur look un peu has been, leur mine un peu pétrifiée devant la cohue du boulevard Haussmann, leur blazer, leur chouchous… Et pourtant l’heure est grave : vous voulez leur ressembler !

Métro-boulot-dodo. Des loyers hors de prix. Pas d’espace vert digne de ce nom à moins de trois stations de métro. Des horaires de dingue. Des problèmes de nounou (huit en deux ans, dont cinq sans papier et deux sans cerveaux) aux problèmes de tapage nocturne (cinq étudiants en musicologie au dessus de chez nous), des grèves de la crèche (tous les deux mois) à celles des transports (toutes les deux semaines), chaque journée était un challenge. Le week-end on faisait le plein du frigo, à 8h30, sinon plus question de compter sur la livraison. Puis on allait voir Guignol à 15 heures, dix euros la séance de vingt minutes sous la flotte, un calvaire. Une fois on a essayé la forêt de Rambouillet pour la cueillette aux champignons, pas un bolet et deux heures pour atteindre le porte Maillot. Nos nerfs étaient sur le point de lâcher.

Une seule solution : quitter Paris. Chaque mois dans le métro, debout pendant dix stations, on fantasmait à la lecture du palmarès des villes où il fait bon vivre en France. Avec des couvertures colorées, des photos où le ciel est toujours bleu, des maisons en colombage et des commerçants qui se marrent devant l’objectif… Rennes…Nantes…Chambéry…Marseille… des mots qui revenaient comme des grelots. On s’est mis à en parler, le soir, avec Jean-Eudes. On en a rêvé, J.E. l’a fait. Sa boîte l’a muté, on a filé notre dém à cette garce de Sonia, célibataire endurcie aux dents longues et aux seins lourds, celle qui nous organisait systématiquement des réunions à 19h00 et on a plié bagages. Les gosses et le cochon d’Inde sous le bras. On est parti. Les poches pleines d’illusions. En rêvant de la mer à 20 mn et du ski à moins d’une demi-heure, tout ça sans bouchons de 26 km sur l’A13 le dimanche soir. On se voyait siroter un coca light au milieu du grand parc arboré d’un hôtel particulier, dont le loyer aurait été le même que notre 3 pièces au 4ème sans ascenseur. Tels les cow-boys de l’Ouest américain, nous sommes parties à la conquête de la Province. On a dit aux copains “on a décidé de changer de vie”, “on saute le pas” »on va avoir une grande maison et on vous invitera le week-end”. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la vie en Province après des années de macadam Parisien, ça ressemble un peu à Koh-Lanta, la gloire et l’argent en moins.

Alors avis à toutes celles qui auraient les mêmes idées que nous, la Province c’est pas Paris avec la mer au bout des pavés. Non. La Province c’est un autre monde, c’est trop différent pour ne pas vous en parler. Quelques conseils pour ne pas sombrer dans l’alcool et profiter, sans perdre de temps, des avantages qu’elle nous offre.

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