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Archive pour décembre 2011

Maman monte dans la Grande Roue

Samedi 10 décembre 2011

Comme elle était belle cette grande roue !! Comme celle de la Concorde !! Majestueuse, aguicheuse dans le froid, lumineuse dans la nuit, pleine de promesses, surplombant la Loire et ses trésors ligériens. Elle se dressait devant nous avec son petit côté authentique, sa petite musique de Noël, je l’ai trouvée poétique et j’ai soudain eu l’envie irresistible de monter dedans. Alors dans un élan de folie j’ai dit « et si on y allait ? ». Les enfants étaient ravis de cette proposition qui bouclait joyeusement la journée. Seul le dernier a émis une réserve : Mais toi, Maman tu vas pas avoir peur ? Moi Chéri ?? Mais tu rigoles ! Tu ne sais pas que Maman est une grande grande aventurière !! Le second a rappelé que j’avais hurlé dans le dragon du jardin d’acclimation, j’ai répondu que j’avais fait Space Mountain de long en large et en travers et aussi qui c’est qui court le semi-marathon, c’est le pape ?

Alors on a pris des billets et on a fait la queue. Dix secondes en fait parce qu’on était les seuls. On s’est installé, mais j’avais déjà deux problèmes : je trouvais que la cordelette qui fermait la nacelle était ridicule et deuzio je n’avais personne à qui me cramponner hormis les enfants, mais je voulais la jouer « je ne transmets aucune angoisse à mes enfants/j’ai lu beaucoup d’ouvrages de pedopsychiatrie ». Quand elle a commencé à tourner, j’ai su que je venais de faire une énorme connerie, j’avais peur. À trois mètres du sol, c’est pas compliqué j’étais en nage, je me demandais quelle idée à la con j’avais eue. À mi-chemin je suis secouée de tremblements, j’essaie de me contenir, le moindre de mes mouvements fait bouger cette putain de nacelle, dans laquelle je suis prisonnière. La roue tourne lentement, elle gémit HHhhhiiiiiiuuuuuuuuiii… je tente de me tenir au poteau du centre, le fait d’allonger le bras semble me précipiter dans la Loire, la nacelle vacille, je commets l’erreur de regarder en bas ! Putain ! Mon cœur cogne si fort qu’il me fait mal, j’ai des sueurs froides, la grande roue continue de monter, je vais dégueuler, je serre les mâchoires. Notre ascension n’en finit pas, chaque centimètre franchi me rapproche de la mort, je ne peux même plus parler. Mes yeux débordent, mes dents claquent. Il fait un froid de gueux, on arrive en haut, je ne peux pas prononcer un mot. Soudain, la roue s’arrête. HHhhhiiiiiiuuuuuuuuiii… hiiÌiiiiiiiuuu… La frayeur me summerge, je me dis qu’il y a un problème, elle est en panne, elle va se renverser, on va crever. Il y a de l’air, le vent s’est levé, nous tanguons, je suis au supplice. Mes fils l’ont vu, ils me rassurent « Youpi Maman !! La Roue s’arrête pour qu’on voit le paysage, je suis sûre que tu croyais que c’était une panne  !! » Je relève la tête, je suis dans le vide, il n’y a plus un bruit, plus une lumière, je vais m’évanouir, si l’un de nous bouge on tombera. Le dernier dit tout doucement « j’ai un peu peur… », je voudrais dire « pas moi » mais je me penche doucement et j’attrape mes genoux, je murmure « personne ne bouge ». Cette phrase m’a coûté un effort terrible, j’ai du mal à reprendre ma respiration. La grande roue repart pour redescendre, ma gorge se libère, j’éclate en sanglot, et pleine de morve je hurle « mais il reste encore DEUX tours !!!!!!! ». Mes propres enfants me regardent comme une névrosée, je viens de les traumatiser à vie. Quand on est arrivés en bas, j’ai hurlé, j’ai crié tellement fort « ARRETEZ LA ROUE !!!!!!!!!!!!!! », que les deux mecs se sont retournés et le miracle s’est produit : ils ont arrêté cette putain de grande roue. On est descendu, mais mes jambes ne me portaient plus, j’ai failli me gauffrer sur la pelouse ne plastique.

J’ai dit je suis désolée les enfants. Je suis vraiment désolée. Et le second a répondu : c’est pas grave Maman…

Depuis je me réveille toute les nuits en nage : je rêve que je suis en haut de la grande roue et qu’elle s’est arrêtée…