• Accueil
  • > Archives pour novembre 2011

Archive pour novembre 2011

Mais qu’est-ce que tu fais exactement dans le restau ?

Mercredi 23 novembre 2011

Comme je l’annonçais récemment sur FB, le prochain qui me pose cette question je lui enfonce un maki cheese dans la narine. Parce que ça fait juste trois mois que j’y réponds, parce qu’avoir un restaurant et un mec commerçant c’est tellllement diiiiiiingue, que personne ne sait comment ça fonctionne. Comme on me le rappelle souvent : « c’est vrai, c’est pas courant dans notre milieu… »
Alors je vais vous expliquer…

D’abord ce serait comme si quelqu’un vous posait la question, alors que vous avez trois enfants par exemple « Mais… qu’est-ce que tu fais exactement chez toi ? ». Vous auriez envie de répondre TOUT, parce que vous êtes à la fois, femme de ménage, cuisinière et lingère, infirmière et éducatrice, psy du dimanche et bonne du lundi, G.O. le samedi et chauffeur le mercredi, bref qu’il y a une tonne de choses à faire, plus ou moins intéressantes, parfois très pénibles et parfois très amusantes. Dans le restaurant c’est pareil, avec soixante couverts et dix-sept salariés, on a très rarement le temps de se faire chier. Il y a mille choses différentes à faire. Par exemple, il y a parfois le matin deux tonnes de riz qui arrivent sur des palettes et qu’il faut ranger (power plate peut se rhabiller), en fin de matinée il faut installer les chaises et les tables de la terrasse, moment que j’adore parce que c’est le moment de la bise à Jacky (le mec des fromages) et du café avec Gégé (le mec du rosé). C’est le moment où tu fais le point sur la situation : tu parles chiffre d’affaire, année électorale et tu dis « la pauvre… » en voyant passer Kathy l’esthéticienne, qui a perdu son chien à la foire à l’aïl le mois dernier. Passé ce court instant, il faut en même temps nettoyer quelques trucs, répondre au téléphone, remonter la vaisselle propre, vérifier les bons de livraison et surtout gérer les histoires de personnel. À savoir, expliquer à Joy qu’elle n’a pas à dire devant Moussa que Betty pue sous les bras, calmer Chong qui veut virer Jonhattan et Rodrigue qui se foutent de sa gueule alors qu’ils feraient mieux d’aller faire les vitres (pour Chong l’inactivité mérite la chaise électrique), et, passé ce quart d’heure de gestion de crise remonter en salle et trouver trente clients attablés. Je vous passe l’heure terrible de service pur, heure pendant laquelle je suis rongée par le stress et heure pendant laquelle je dois répondre en même temps à trois questions : « est-ce que la table 24 a eu son chirashi midi et son yakitori? », « est-ce que tu as bien pensé à noter le code de l’immeuble de la livraison 53 ? » « tu trouves pas qu’il est canon le mec de la table 8 ?« . Je vous dis tout de suite, on peut pas dire que ce soit mon heure de gloire… Quand tout le monde est parti il est 15 heures. On boit un café, on est un peu crevé, c’est l’heure de la décompression, on parle de tout, j’ai avoué à Charlène que je n’étais jamais rentrée dans un sex shop de ma vie, Charlène a halluciné, elle m’a demandée d’où je sortais… elle l’a répétée à Rodrigue qui ne l’a pas crue.

Après c’est l’heure d’aller chercher les enfants. On échange quelques sourires, on me demande « mais qu’est-ce que tu fais toi exactement dans le restau de ton mari? » et je réponds généralement « les chiottes ». Pour être brève.