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Archive pour octobre 2011

La super journée

Jeudi 20 octobre 2011

J’avais passé une putain de bonne journée avec ma copine Mariette, venue exprès à Tours pour me voir.

On s’était foutu des sushis ras la casquette et des makis nutella plein le caisson, on avait bu des cafés, on avait pris le soleil, trainé au milieu des soldes flottantes et des portants de fringues. On avait dit « Mouais… moyen… j’ai les hanches trop larges pour ce modèle tu vois… » et aussi « ouais, bof cette couleur à moins d’être bronzée, et mince… et blonde aussi, parce que c’est une couleur de blonde ». Son mari nous avait annoncé la mort de Kadhafi dans un texto, on avait répondu « Bravo t’es le meilleur », ça nous avait foutu une sacrée patate. On avait bien rigolé, j’avais un peu décompressée : vous savez, c’est fatiguant les efforts d’intégration quand on est catapultée dans une ville nouvelle. On surveille son langage, son attitude, on se met en position d’observation, on est aux aguets, on écoute, on renifle l’atmosphère. Aussi, les vieilles copines que l’on revoit sont comme une bouffée d’oxygène sur un plateau d’argent, c’est d’une richesse inouïe. Bref, on rigolait jusqu’à en oublier l’heure de son TGV pour Paris. On a foncé pour l’avoir, on est arrivées dans les temps. Elle a dit « faut vraiment que je te prenne en photo dans ta voiture rose en forme de poisson ». Elle a sorti son I-Phone, j’ai posé, j’ai fait la conne parce que c’est ma spécialité, des grimaces, elle a ajouté « je file » et j’ai fait « salut hein ! Salut merci d’être venue ! C’était top ! » en agitant la main. Et puis j’ai passé la première.

J’avais pas vu la bite hydraulique* qui s’était relevée : j’ai explosé le radiateur et flingué la courroie de distribution. Ça s’appelle péter une durite.

Après j’ai appelé mon mari, comme tous les mecs, il adore ce genre de nouvelle.

*j’ai un vieux doute sur l’orthographe mais je n’ai personne à qui poser la question, et j’ose encore moins faire une recherche sur Google.

Mes voisins font la fête

Dimanche 16 octobre 2011

Ils sont jeunes. Pas très très beaux (je peux encore juger), mais libres. Libres d’avoir des nuits courtes, blanches, agitées : ils pourront tout rattraper quand bon leur semble les veinards… Libres de picoler, hurler et s’embrasser dans les fourrés jusqu’à pas d’heure, avec la musique à fond et le couillon de service qui gratouille un air de guitare un peu chiant dans son coin. Il en faut un. Jusqu’à une certaine heure il me font envie, je fredonne les airs que je reconnais, je souris en écoutant les filles hurler : les garçons leur mettent des glaçons dans le cou. Bref ils s’éclatent, et moi je subis leur bruit. J’ai pas envie de les faire chier, d’avoir le rôle de la voisine qui demande de baisser le son. Je résiste. Je ne fais même pas « chuuuuut » quand l’un deux imite Rihanna en gueulant « rompô pô pô rompô pô pô« .

Il est trois heures du matin. Ils ont monté le son. Le même air passe pour la trentième fois, ils chantent à l’unisson. Ils sont bourrés, y en a un qui a le hoquet sous mes fenêtres, j’ai l’impression qu’il le fait exprès. Je suis excédée. Je serai décalquée demain ; pour me venger je ferai brailler mes enfants à sept heures trente, je sortirai ma guitare aussi et je foutrai le plus jeune au piano, Mozart en live. Et j’irai chercher le petit accordéon dans mes cartons. J’ai plein d’idées.

5 heures… je m’étais endormie mais les portes claquent et reclaquent. Je les hais ces jeunes. Non seulement ils chantent faux mais en plus ils sont cons. Et cette fille qui n’arrête pas de ricaner va me rendre folle. Je tends l’oreille… ça dégénère chez eux. Ils se battent, j’entends « arrête ! putain mais arrête tu vas lui faire mal ! ». C’est la même fille qui crie, une bouteille de bière dans la main, les cheveux dans la figure, elle est vilaine et bruyante. Je descends. Je prends un œuf, je remonte, j’ouvre la fenêtre, je vise. L’œuf s’écrase sur sa joue. Elle suffoque de surprise. Je ne bouge pas. Pas un bruit pas un geste. Elle pousse un cri, demande qui a fait ça, c’est toi hein ? ça t’amuse Ducon ? Les accusations fusent dans leur baraque, je me régale, leur soirée est terminée, foutue, je me bénie. Ils vont rentrer et me laisser dormir.
Des bruits de vaisselle brisée, de la violence, la décadence. Elle répète « Je suis sûre que c’est lui, il a failli me crever l’œil… » PAS LE COUTEAU ! crie l’un d’entre eux. Il y a de la peur dans l’air, ça sent le souffre, un meuble explose, non c’est la guitare, MA GUITARE CONNARD !, le désespoir, puis la haine et puis plus rien. Rien que le silence qui s’installe et qui s’empare de l’aube. C’est bizarre. Un gémissement s’échappe, à peine un miaulement, c’est la vilaine qui sanglote, il y a sûrement un mort… Une demi-heure plus tard les flics, un, deux, trois, et un mec qui hurle « mais c’était pas moi, j’avais pas d’œufs dans mon frigo !! ». Les girophares s’éloignent, je vais faire un petit somme avant de dormir…

Ouais bon, j’invente des tas de trucs la nuit quand mes voisins font la fête… je fais passer le temps… trop vieille pour m’incruster, trop jeune pour m’insurger, pauvre de moi…

On nous prend vraiment pour des cons

Mercredi 12 octobre 2011

Chaque année ça recommence… on me harcèle. À J+18 environ.

On m’a déjà tout recommandé : un diagnostique orthophonique, un test auditif, une consultation ophtalmologique, un passage chez le psy, une visite chez l’orthodontiste pour la position de la mâchoire qui possède une influence sur la concentration et je vous passe les dix mille conneries aux noms tous plus compliqués. Ce serait dans le but de trouver un problème à mes enfants « qui ne rentrent dans aucune case ». C’est con hein ? Toutes les consultations prises chez les différents spécialistes n’ont évidement rien donné, je me suis simplement contenté de creuser le trou de la Sécu et j’ai perdu beaucoup de temps, voir pas mal d’énergie, à adopter l’air d’une dinde ravie qu’on la roule dans la farine. Mais j’étais obligée au risque de passer pour une mère insouciante. Sans parler de cette infirmière scolaire complètement demeurée qui a conchié le carnet de santé de mon fils sur deux pages avec une écriture d’illettrée, en marquant que « se petit bonhome avait besoin de vidé son sac », me téléphonant pour me donner un numéro de téléphone d’aide aux parents, le zèle ça rend con. Ici donc, je voudrais dire MERCI. Merci pour ces bons conseils que notre raison nous pousse à ne pas écouter.

Et je tiens aussi à rendre hommage à l’orthophoniste de mon fils. Il y a une semaine Chéri est rentré de la petite consultation mensuelle (celle qui fout en l’air ta soirée) avec un air douloureux, m’annonçant que notre spécialiste locale l’avait invitée à – je cite – « prendre un rendez-vous chez un kiné de la langue pour que le jeune homme apprenne à bien placer sa langue… ». Parce que sinon il fout en l’air le boulot de l’appareil dentaire. « AHHHHHHHHHHH… Bravo ! j’ai dit, on applaudit… mais putain ON NOUS PREND POUR DE CONS OU QUOI ? ». Je pense qu’on a atteint des sommet. Chéri a rappelé pour dire merci, merci beaucoup, mais finalement on verra plus tard…ma femme… heum… ma femme veut laisser le temps au temps…

Sa femme lui demandait : À quand le kiné du trou de balle pour apprendre à chier droit ?

Réunion, oignon etc…

Samedi 1 octobre 2011

Dans l’ancienne école des enfants, les profs suppliaient les parents d’être délégués, ils disaient « il nous faut quelqu’un…y-a-t-il quelqu’un que ça intéresserait…? » ils jouaient un peu sur les nerfs de la mère de famille qui voit l’heure tourner et qui sait que chez elle, pendant qu’elle assiste à cette réunion, c’est la débandade, que les enfants ont sûrement entamé les Kinder Pingui en sautant sur son lit et que ça se finira en bataille de graviers si elle ne se dépêche pas de rentrer. Ici, c’est sérieux, on vote avec un papier, car certaines mères semblent s’arracher ce poste… je sens que la place est chère. Faudra que je creuse pourquoi, il doit forcément y avoir quelques compensations, restent à savoir lesquelles, ce sera ma prochaine enquête au sein de l’établissement. Bref il a fallu que je vote, ce qui était difficile puisque je ne connaissais personne. J’ai éliminé d’emblée les plus moches, en commençant par les plus poilues puis toutes celles au teint vert, mon choix s’est donc arrêté sur la plus fraîche et la plus bronzée. Ces élections ont failli très mal se terminer, car il y a avait égalité des voix entre deux mères et pour aller un peu plus vite, l’une d’elle s’est sacrifiée en disant « non mais c’est pas grave, je laisse ma place ». On a senti qu’elle avait des trémolos dans la voix et que ça lui coûtait affreusement, elle a tout ravalé, ses rêves et ses ambitions, j’ai essayé d’avoir pitié mais j’avais envie de rigoler. Parce que je suis trop méchante hin ! hin ! hin !

À noter deux phénomènes que je ne parviendrai jamais à expliquer pendant ces réunions, qu’elles soient à la maternelle ou au collège :
• l’obstination de certains à prendre des notes sur un papier
• la qualité d’écoute des autres

La première catégorie note tout. De la chaussure à scratch à prévoir le mardi matin, à la messe de fin d’année qui aura lieu à une date indéterminée (elle marque messe en juin, date ?). Cette catégorie est ultra équipée, agenda, stylo, carnet, je suppose que ces gens possèdent à coup sûr une mémoire éphémère, comme Dora dans Nemo (où suis-je ? Mais qu’est-ce que je fais là ?). C’est la seule explication que je puisse avoir…
La seconde catégorie mise tout sur son comportement d’élève parfait, en pensant que ça va rebondir sur son enfant. Cette catégorie s’esclaffe donc à chaque blague de l’orateur, opine du chef quand on parle de respect des consignes (elle adore ce mot), fronce les sourcils quand on aborde le sujet douloureux des portables et posera une question à la fin, juste pour montrer qu’elle a bien écouté. Comme quoi, les fayots traversent les années sans prendre une ride, c’est beau…

Si il y a une troisième catégorie c’est la mienne. Qui s’intéresse aux ongles rongés du prof d’anglais, aux collants violets assortis à la jupe moutarde de sa voisine, à la toux asthmatique du seul père présent et au moment stratégique qu’il choisira pour sortir sa ventoline, à la motivation de cette mère à porter des lunettes aussi extravagantes et à l’odeur d’oignon qui flotte dans l’air. Cette catégorie se permet de faire « chhhuuut…tttt…tt… » quand ses voisines parlent juste pour les emmerder (ça c’est ce que je préfère faire), cette catégorie se tortille sur son siège dans l’espoir de trouver une position confortable (ça c’est mon supplice). Cette catégorie ne sert à rien mais voit tout, tapie dans l’ombre des fresques chronologiques et le cul pétri par de longues années passées dans les salles de classe, agonisante sur sa petite chaise en bois, mais vivante…