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20 kilomètres plus tard…

J’ai récemment vu sur un panneau que ma ville proposait une petite course, sponsorisée par le journal local, de dix ou vingt kilomètres. Je me suis inscrite directement aux 20km, est-ce mon orgueil ou mon goût des nouvelles expériences ? Quand j’ai annoncé ça à la maison Chéri a hurlé « QUOI ? Mais t’es malade, tu n’y arriveras jamais, c’est les pros qui courent 20 bornes, des nanas qui font ça toute la journée… ». Mon fils ainé a ajouté qu’il y avait une Twingo à gagner, mes copines m’ont regardée comme une dingue et le mec de « Athlétisme Running » avait une drôle de tête quand je lui ai avoué que je n’étais pas spécialement entrainée au semi-marathon. J’ai quand même lâché 130 euros dans une paire de Mizuno et surtout, surtout, il m’a recommandé une petite pipette de vitamines, intitulée Turbo Punch, à prendre au dixième kilomètre…

Ce matin j’étais donc au rendez-vous des runneurs et j’ai tout de suite senti que je n’étais pas dans le moule. Ils ont TOUS deux têtes de plus que moi, environ quinze kilos de moins, ils sont secs, très musclés et ultra équipés. Ils font des bonds sur place et des étirements, je tente de prendre ma chaussure dans une main pour faire genre « je ne néglige pas mon mollet » mais ça me fait mal aux épaules. Une vague odeur d’humanité transpirante me chatouille le museau, il faut dire qu’il fait chaud. Quand la course commence, même en allant un peu vite je suis larguée. Au kilomètre 3, j’en ai plein les pattes, ce qui inquiétant pour l’avenir de cette course. Au kilomètre 5 je maudis Amy Whinehouse que j’écoute en boucle, au kilomètre 6 je regrette cette plaquette de Milka ingurgitée inconsciemment en snobant tous les conseils nutritionnels pour « optimiser vos conditions physiques », et soudain au kilomètre 8 la foule de badauds applaudit. Est-ce pour la beauté de ma foulée ? Voyant un groupe de photographes, je tente un sourire de satisfaction et je suis contente de ne pas avoir négligé mon mascara… en fait ils sont tous là pour un kenyan qui finit son deuxième tour en trombe, avec des jambes sublimes qui volent sur l’asphalte et me scotchent au bitume.

C’est beau mais ça me fout un peu le moral dans les chaussettes… Au kilomètre 10, je mise tout sur ma pipette Turbo Punch, coincée dans la taille de mon collant noir (très mauvaise idée comme emplacement), un gel chaud au goût dentifrice/fromage me glisse dans le gosier, je serre les dents pour ne pas vomir : j’ai l’estomac retourné. Au kilomètre 12 j’ai la tête qui tourne et je manque de tomber dans les pommes, l’écart entre le groupe et moi me semble considérable, je suis seule et j’ai peur. Je m’immobilise un instant, un homme me tend un sucre, pour un peu je lui en roulerai une. Il me fait un clin d’œil et me lance « Allez courage, tu vas y arriver ! ». On se serre les coudes entre athlètes… Quand j’ai vu qu’il me restait 5 km, j’ai failli pleurer. Heureusement un autre mec se met à côté de moi, je mets mes pas dans les siens : c’est toute la beauté du sport qui m’apparait, j’en pleurerais… Les derniers kilomètres sont un cauchemar, je me demande si ce n’est pas pire qu’un accouchement, chaque foulée me lacère les cuisses, mes membres se décomposent, je vais mourir et c’est dommage dans ce décor, avec vue sur le popotin d’une concurrente déguisée en Maya l’Abeille que je ne parviens pas à doubler. Ma seule consolation est de me dire que je suis épilée, et que mon corps ne sera pas poilu quand le samu me ramassera dans le caniveau. Mais je pense à toutes les belles choses de la Vie, à mon cochon d’Inde, à la promo de reblochon, à Marie-José Perreck et surtout à Gwendal Peizerat qui a dit dans le Koh Lanta des héros « le physique peut tout, c’est au mental que ça se joue », je monte le volume, Tchaikovsky m’emmène, le plus dur est derrière moi, je finirai, foi de lapin. Je puise ma force dans le regard des chiens que je croise, je termine mes 20 bornes sur les rotules. Avec un moral d’acier. Il m’aura fallu deux heures et treize minutes : une éternité…

Je dédie ce post à Sybille sans qui je n’aurai jamais couru. Et à Gwendal sans qui je ne serai rien.

17 Réponses à “20 kilomètres plus tard…”

  1. Jérémie dit :

    alors là…. respect!!! chapeau bas, bref je te salue bien bas madame!!!! je suis admirative. moi qui a eu tant de mal à faire mes deux kilomètres pour le concours de prof des écoles!!!!

  2. Leocadie dit :

    Tu m’as épatée, j ‘étais épuisée pour toi …je viens de te lire sur mon iPhone alors que je m’apprete a escalader une partie de la Montagne Pelée en Martinique…je me demande si je vais pas plutôt aller me coucher,tant pis pour Gwendal et bravo pour ton exploit

  3. madel dit :

    prochain billet sur ton réveil demain matin ;-) ??
    C’est comme l’accouchement, c’est parfois après qu’on douille! Enfin, il parait que la bière empeche les courbatures….
    Anyway : BRAVO!

  4. christel dit :

    … c’est bien même dans la difficulté tu as de l’humour et du recul ;-) je suis admirative .. vraiment. j’aime la CAP mais mes genoux ne l’aiment plus et depuis un bon mois je ne cours plus … repos absolu ! l’homme de la maison ce matin a participé à la course paris-versailles … et des jambes de gazelles il en a vu tout plein ! prochain objectif ? un marathon ?

  5. Anne R. dit :

    Quand tu te fixes un objectif, toi, absolument hallucinante es tu !!!!
    Prête pour un autre marathon ?? attention, c’est comme la drogue, quand on y prends goût…. ;)

    J’aurais jamais dépassé les 5 km, je crois ! :(

  6. pourpre de rose dit :

    bizarre, bizarre ….

    auto censure sur les billets précédents ?????

    génants pour le boulot dans ta province ?

    sinon bravo pour l’exploit
    chapeau bas !

  7. Alphonsine dit :

    Je suis admirative ! Je n’arrive même pas à courir 50 mètres au rythme d’un marathon… alors 20 km… et sans préparation ! Tu as tenu jusqu’au bout, félicitations !
    Où sont passés les billets précédents ? Il n’y aura donc pas de suite ?

  8. ladmirault dit :

    et moi je suis quoi pour toi dans l’histoire non mais ????????

  9. lapinmalin dit :

    Ben Marie toi tu es un peu mon mentor, puisque tu représentes tout ce qu’il faut éviter de faire quand on est une joggeuse et qu’on ne veut pas se faire violer : seins lourds et offerts au vent, tenue sexy, jogging de nuit et surtout allure laissant le temps à n’importe quel violeur de plier ses affaires et de boire un café avant l’attaque. Donc c’est vrai, j’aurais pu parler de toi, mais je gardais ça pour mon prochain post sur le ThermomiX…

  10. zaza dit :

    hâte de lire ce poste sur le thermomixmixmix!!!!!!!!!!!!!!!

  11. Dany dit :

    BRAVO, mais quelle ironie ! C’est de voir tous ces joggeurs rennais passer sous tes fenêtres qui t’a finalement donné envie de te lancer ?

  12. marie-em dit :

    Les clientes qui se sont reconnues auraient-elles ralé ?

    En tout cas chapeau bas pour ce semi-marathon. Tu récupères un peu ???

  13. margot dit :

    quand je leur dit aux copines que courir c’est l’horreur…. bravo pour cette belle course: criant de vérité!

  14. Cousine Jeanne dit :

    doit être bien emmerdante comme ville Tours pour que tu te mettes à courir ……

    et la newsletter ????????????

  15. cap dit :

    Le Turbo Punch « goût dentifrice/fromage », je m’en remettrai jamais.
    C’est gigantesque. J’en chiale.

  16. julay dit :

    Mais ton abandon de la Bretagne t’inspire ma parole !
    Première fois que je reviens lire et que j’ai autant de matière !

    20 km… Ca me laisse songeuse…
    Dante aurait du écrire à ce sujet !!!

  17. opio dit :

    rhan merde, juste quand j’étais presque décidée à m’inscrire pour celui de 2012…
    2h13, mazette, ça marche super bien le turbo punch dis donc :-o !!! avoue t’avais un bracelet power machin ?

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