• Accueil
  • > Archives pour septembre 2011

Archive pour septembre 2011

2 heures plus tard…

Jeudi 29 septembre 2011

Quand faut y aller, faut y aller. Ce genre de courses se prémédite, quand on te demande ton planning tu dis que jeudi t’es prise, jeudi c’est pas possible : tu as « un truc ». Tu restes un peu secrète, tu veux être toute seule pour t’arrêter à tous les rayons et surtout qu’on ne te presse pas quand tu hésiteras entre le paillasson BlOjërn à 2 euros 95 OU carrément le tapis Kleïrßern en promo ce mois-ci à 189 euros (avec la carte Family hin ! hin ! hin !), 200×300, tout de duvet de yack suédois vêtu.Finalement tu prends les deux, bien que tu ne sois pas venue pour des tapis mais plutôt pour des serviettes en papier prune et une lampe de bureau avec un clip.

Au final c’est avec un caddie blindé que tu passes la caisse, super fière et avec des projets de réaménagement du territoire tous aussi riches, tous aussi beaux, grâce entre autre à un cadre et un vase design aux couleurs complémentaires, bien joué Germaine, t’es la reine. Tu es obligée de rabattre les sièges de ta voiture, de tout pousser, de ramener le caddie, mais tu le fais de bonne grâce, t’es de bon poil : tu vas enfin mettre un peu d’ordre chez toi grâce à la cabane à chaussures, tu vas gagner de la place avec ton coffre plein à craquer d’ingéniosité, tu as trouvé mille solutions aux problèmes que tu n’avais pas jusque-là. Il est 16 heures, tu files à l’école avec des gâteaux à la cannelle, tu as hâte de tout installer.

À 20 heures 46, tu as envie de buter la terre entière. D’abord c’est un merdier sans nom dans ton salon et surtout, alors que tes doigts sont en surchauffe rapport au deux cent millième coup de tournevis effectués, tu t’aperçois qu’il y a une erreur. Un truc fatal qui demande l’arrêt immédiat du montage de ton armoire, tu en es à la page 28 et tu te plantes depuis la page 3. Ivre de rage tu te relèves, tu es en nage, tu dis que cette saloperie tu vas la balancer par la fenêtre. C’est horrible, tu es d’une humeur de chacal, rien n’est prêt, tes enfants ont faim, ils disent que le goûter était dégueulasse et surtout… ton mari franchit la porte. Il demande pourquoi t’as racheté des verres et des boîtes, tu lui dis que c’est pas le moment de te faire chier OK ? Et dans ta mauvaise foi tu lui rappelles que des verres et des boîtes on en avait besoin OK? et forcément comme il ne range rien il ne s’en est pas aperçu. Les commentaires débiles t’en as ta dose…

Il tourne les talons et tu l’entends dire tout bas « si c’est pour te foutre dans un état pareil, je vois pas l’intérêt d’aller chez Ikéa… »

20 kilomètres plus tard…

Dimanche 25 septembre 2011

J’ai récemment vu sur un panneau que ma ville proposait une petite course, sponsorisée par le journal local, de dix ou vingt kilomètres. Je me suis inscrite directement aux 20km, est-ce mon orgueil ou mon goût des nouvelles expériences ? Quand j’ai annoncé ça à la maison Chéri a hurlé « QUOI ? Mais t’es malade, tu n’y arriveras jamais, c’est les pros qui courent 20 bornes, des nanas qui font ça toute la journée… ». Mon fils ainé a ajouté qu’il y avait une Twingo à gagner, mes copines m’ont regardée comme une dingue et le mec de « Athlétisme Running » avait une drôle de tête quand je lui ai avoué que je n’étais pas spécialement entrainée au semi-marathon. J’ai quand même lâché 130 euros dans une paire de Mizuno et surtout, surtout, il m’a recommandé une petite pipette de vitamines, intitulée Turbo Punch, à prendre au dixième kilomètre…

Ce matin j’étais donc au rendez-vous des runneurs et j’ai tout de suite senti que je n’étais pas dans le moule. Ils ont TOUS deux têtes de plus que moi, environ quinze kilos de moins, ils sont secs, très musclés et ultra équipés. Ils font des bonds sur place et des étirements, je tente de prendre ma chaussure dans une main pour faire genre « je ne néglige pas mon mollet » mais ça me fait mal aux épaules. Une vague odeur d’humanité transpirante me chatouille le museau, il faut dire qu’il fait chaud. Quand la course commence, même en allant un peu vite je suis larguée. Au kilomètre 3, j’en ai plein les pattes, ce qui inquiétant pour l’avenir de cette course. Au kilomètre 5 je maudis Amy Whinehouse que j’écoute en boucle, au kilomètre 6 je regrette cette plaquette de Milka ingurgitée inconsciemment en snobant tous les conseils nutritionnels pour « optimiser vos conditions physiques », et soudain au kilomètre 8 la foule de badauds applaudit. Est-ce pour la beauté de ma foulée ? Voyant un groupe de photographes, je tente un sourire de satisfaction et je suis contente de ne pas avoir négligé mon mascara… en fait ils sont tous là pour un kenyan qui finit son deuxième tour en trombe, avec des jambes sublimes qui volent sur l’asphalte et me scotchent au bitume.

C’est beau mais ça me fout un peu le moral dans les chaussettes… Au kilomètre 10, je mise tout sur ma pipette Turbo Punch, coincée dans la taille de mon collant noir (très mauvaise idée comme emplacement), un gel chaud au goût dentifrice/fromage me glisse dans le gosier, je serre les dents pour ne pas vomir : j’ai l’estomac retourné. Au kilomètre 12 j’ai la tête qui tourne et je manque de tomber dans les pommes, l’écart entre le groupe et moi me semble considérable, je suis seule et j’ai peur. Je m’immobilise un instant, un homme me tend un sucre, pour un peu je lui en roulerai une. Il me fait un clin d’œil et me lance « Allez courage, tu vas y arriver ! ». On se serre les coudes entre athlètes… Quand j’ai vu qu’il me restait 5 km, j’ai failli pleurer. Heureusement un autre mec se met à côté de moi, je mets mes pas dans les siens : c’est toute la beauté du sport qui m’apparait, j’en pleurerais… Les derniers kilomètres sont un cauchemar, je me demande si ce n’est pas pire qu’un accouchement, chaque foulée me lacère les cuisses, mes membres se décomposent, je vais mourir et c’est dommage dans ce décor, avec vue sur le popotin d’une concurrente déguisée en Maya l’Abeille que je ne parviens pas à doubler. Ma seule consolation est de me dire que je suis épilée, et que mon corps ne sera pas poilu quand le samu me ramassera dans le caniveau. Mais je pense à toutes les belles choses de la Vie, à mon cochon d’Inde, à la promo de reblochon, à Marie-José Perreck et surtout à Gwendal Peizerat qui a dit dans le Koh Lanta des héros « le physique peut tout, c’est au mental que ça se joue », je monte le volume, Tchaikovsky m’emmène, le plus dur est derrière moi, je finirai, foi de lapin. Je puise ma force dans le regard des chiens que je croise, je termine mes 20 bornes sur les rotules. Avec un moral d’acier. Il m’aura fallu deux heures et treize minutes : une éternité…

Je dédie ce post à Sybille sans qui je n’aurai jamais couru. Et à Gwendal sans qui je ne serai rien.