Archive pour mars 2010

Le Monstre de Puduk – 2

Vendredi 12 mars 2010

Le monstre de Puduk c’est désormais MOI.

Déjà qu’avant cette expérience j’avais une confiance relative dans la parole des vendeuses, je sais maintenant que plus jamais de ma vie je ne les croirai. Parce que moi, je suis devenue la plus grosse des menteuses et la meilleure des vendeuses. Une ordure finie avec un sourire franc et chaleureux, un sac à dos de bonne humeur et mes oreilles perçées (c’est qui déjà celles qui m’ont encouragée à franchir le pas que je les remercie pour tous les problèmes d’infection que je me tape ??).

Avant-hier j’ai réussi à refourguer plein de choses abominables avec une foule d’arguments tous aussi pourris. Si, si, ça marche. À partir du moment où je commence à copiner avec la cliente et à échanger quelques confidences, elle m’accorde une confiance sans limite dont je peux user à volonté. Ouais c’est dégueulasse, mais c’est un métier. Y en a qui vont faire la gueule cet été je vous le jure : comme cette fille qui m’a acheté une petite robe en soie blanche (elle vous va tellement bien ! avec votre coiffure c’est incroyable ! elle vous donne une allure gracile, j’allais dire presque vestale… hin ! hin ! Gizmo a de la concurrence !!) pour le mariage de sa meilleure amie. Elle va être contente la copine quand elle va découvrir son témoin en blanc d’ivoire…
Mon boulot c’est de rouler les gens dans la farine, de faire les yeux doux au Monsieur qui les accompagne et des gouzis-gouzis aux chiards qu’elle trimballe qui me salopent avec leurs doigts gras toute ma collection « nude » (Il est trop chou !!! Comment tu t’appelles ? Il a de ces yeux !!! Il a quel âge ? Deux ans !! Mais il est immense, non ?). Parfois je me demande comment les gens peuvent encore me croire. Faut que j’assure à la sortie de la cabine : « Alors ?? Vous vous sentez comment ? »(ma voix intérieure hurle « hooooorrible !!! c’est à vomir, on dirait une Morteau dans un filet de pêche ») ou encore, dans un esprit d’équipe, que je fasse intervenir Cynthia, collègue et vendeuse, qui fera semblant de passer là par hasard et lancera juste un « OUh !!! Qu’est-ce que ça vous va bien !!! C’est sûr qu’avec une taille aussi fine… ! » et repartira nonchalante vers d’autres proies. Je les déguise toutes, à la mi-carême je vous jure qu’elles seront équipées comme personne, podium pour toutes celles qui optent pour le look marinière-legging-blazer. Quand elles arrivent à la caisse je les rassure et j’insiste « en plus cette petite robe vous pouvez la moduler : avec une veste en jean et des petites ballerines vous verrez comme elle est mignonne… » (la voix insiste : putain… tu peux pas dire un truc pareil… tu lui grilles toutes ses chances de trouver un mec cet été…). Je suis obligée, sinon je me fais engueuler.

Parfois c’est tellement gros que Cynthia pleure de rire dans la réserve, je l’entends glousser et je prends sur moi pour ne pas rire. Mon but c’est d’aller jusqu’au bout, mon but n’est pas de vous faire acheter un seul truc mais deux voire trois pour faire grimper mes indices de vente. La Responsable cependant a toujours quelque chose à dire, c’est normal elle est Responsable. Elle me laisse des grappes de petits mots croustillants : « tu n’oubliras pas quand t’aura finit de faire le réassort de donné les retouches à Nadège afin que se soi prêt la semaine prochaine, le trench de Madame Rémouloche est sur le portant gauche » « Attention les filles ! J’ai retrouver des épingles dans la cabine qui pourrait bléssé les clientes, n’oublier pas non plus de remettre les fax de merch’ à Samantha et la vérif des BT « . Je comprends un mot sur deux.. Pas plus tard qu’hier elle nous demandait « qui c’est qui veut prendre sa pause pour manger ? » et le soir-même elle s’autorisait une petite leçon d’éducation à mon égard : « Voilà, je voulais juste te dire : Attention à tes « ouais » quand tu parles, tu en dis beaucoup et… dans une boutique comme la nôtre… enfin…tu vois ce que je veux dire ! ». Je m’incline face à tant de finesse, je jure que je vais faire des efforts…

Allez ce soir je donne ma dem parce que ça va bien cinq minutes de faire la conne mais je commence à ressembler aux sarouels en viscose que je vends à tour de bras et c’est pas joli, joli… Et puis avec tous ces bobards, je viens d’en prendre pour dix ans en enfer : Le diable vous habille chez Puduk…

BONNE JOURNÉE LES MORUES !!!!!!

Lundi 8 mars 2010

J’ai la trouillasse, en ce moment. Je me pisse dessus chaque fois qu’on m’invite à dîner. J’ai peur parce que c’est le Carême et que y a des grosses malines qui vont en profiter pour faire des horreurs à dîner le vendredi soir, genre je respecte le protocole, les vendredis de Carême c’est poisson et compagnie, je ne me vois pas faire une blanquette un vendredi soir, ça ne se fait absolument pas, Grand-Maman se retournerait dans sa tombe, j’en passe et des meilleurs…

Ya surtout celles qui vont vouloir se faire mousser avec des recettes à la con, voir au thon, et me faire dégobiller mes tripes des nuits entières. Alors maintenant, quand on sort le vendredi soir, j’ai peur. Chéri dit « ah ! non ! ça va pas recommencer la phobie des arrêtes !! ». C’est pas la phobie des arrêtes que j’ai … c’est la hantise de retrouver dans mon assiette ces petits flans tremblants, froids et humides, au goût de Mytosil, décoré avec des crottes de nez noires qui explosent dans la bouche en répandant un jus épouvantable de poisson pourri. Je ne veux pas mourir si jeune, merde quoi. En plus la portion individuelle me laisse une impression de solitude et de désarroi total et l’odeur du crabe me pique les yeux. Et puis après, rapport à l’haleine d’ours brun que ça te donne, ya plus d’échange possible avec ton voisin. Bref, l’entrée au poisson n’est pas du tout altruiste et vois-tu ça me dérange.

Donc juste un petit post pour dire à tout le monde que franchement je m’en fous, un bon sandwich Saucisson/cornichons ne me vexera pas mais PAR PITIÉ ne sortez pas vos moules Flexaplat pour l’occasion, je ne suis pas un cobaye. Je ne veux plus entendre « J’espère que ce sera bon, c’est un essai », prononcé avec un peu de modestie, parce que non, c’est à gerber. Vous avez payé tellement cher vos petits moules en plastoque que vous avez, en toute innocence, intégré de fausses idées et développé de faux raisonnements comme « à 80 euros le moule, tout ce qu’on mélange dedans sera bon ». Faux. Comme le dit très justement une de mes amies : « Flexaplat a fait énormément de mal à la cuisine française » et c’est malheureusement vrai. Particulièrement le vendredi soir.

Donc à genoux je vous le demande : pas de saloperies qui sentent la marée le vendredi soir pour moi. Pitié, j’ai pas mérité ça. C’est quand même la journée de la morue.

* en plus avec ma copine Orely(http://www.aureliedelapontais.com/blog) on attaque des plans drague de vampires en ce moment et je ne voudrais pour rien au monde qu’Eduard (Twilight) vienne me surprendre à minuit en train de vomir de la truite, un peu d’orgueil quoi…

Je bosse chez Puduk !

Vendredi 5 mars 2010

Ça y est les gars ! J’ai trouvé un bon gros boulot de merde ! Whououou !
Et pourtant j’en ai fait des boulots de merde dans ma vie, entre garder les chiards infernaux au bac à sable des aprèm’s entières, vendre des limes à ongle, couper des grappes de raisin ou encore maquetter des couvertures de Barbara Cartland, je pensais que j’avais fait le tour, que j’avais un peu mûri et passé l’âge…

Il y a peu de temps je me suis dit : je vais me trouver un petit mi-temps dans une petite boutique branchée, je chantonnerai des chansons au milieu des nouvelles collections, je serai un peu dans le vent, ce sera cool, j’oublierai mes soucis dans le cuir et la soie, ce sera très certainement sympa et détendant, ce sera une nouvelle expérience. Et quand j’ai demandé à mes copines ce qu’elles en pensaient elles ont toutes dit (les salopes quand j’y pense) : « Ah ! ouais, c’est pas con, tu gagnes trois ronds en trois aprèm’s et tu te détends. Va déposer un CV chez Puduk, la boutique vient d’ouvrir et ils font des trucs mor-tels… ». En quelques jours l’affaire était pliée, je passais un entretien pour raconter ma life, mon envie de me surpasser dans la vente, de faire péter les objectifs, de m’éclater dans la mode, je m’inventais une enfance dans la réserve de mes parents, les devoirs du soir sous les portants, les samedis à la caisse, Papa qui balayait le trottoir et la Mère qui tard le soir faisait les comptes… le tout arrosé de phrases toutes faites pompées sur des sites de mode : « le cuir sera cet été ce que la fourrure fut à l’hiver… »"le kaki dans toutes ses nuances s’annonce comme la it couleur de l’été »

Attention ! Quand on est vendeuse dans un magasin on ne dit pas « je suis vendeuse ». Non. On arrondit les angles. On préfère raconter que « l’on bosse chez Puduk » ou encore « qu’on aide une copine qui tient Puduk », on essaye de trouver des formules qui laissent penser qu’on touche à tout, qu’on bosse sur le terrain, qu’on roule sa bosse dans le haut-de-gamme, parce que nous, le luxe abordable on en raffole… Donc depuis trois semaines je « bosse en boutique » et c’est terrible.

Moi qui pensait rigoler avec de la copine, faire des batailles d’antivols avec les collègues et prendre des cafés sur le trottoir en attendant les clientes…. Que dalle. Il faut rester debout tout le temps dans le magasin et « créer un dynamisme ». Explication : bouger sans arrêt, déboutonner reboutonner des chemises à 190 euros, plier, déplier, replier, faire comme si on était débordée alors que ça fait trois heures qu’on glande, lancer un « Bonjour Madame ! « , se faire envoyer chier par de la blonde à qui on jure que le corail lui donne un teint divin (en fait c’est carnaval), assurer aux culs larges qu’elles ont la chance d’avoir une chute de reins sublimes (je sais ça devient sordide), dire que c’est normal de ne pas arriver à fermer une veste parce qu’elle se porte ouverte (en fait on n’a plus la T42) et surtout répéter à toutes les grandes duduches qu’elles ont une taille mannequin comme on n’en voit pas passer tous les jours ; la duduche rougit, on abat la dernière carte en lui demandant si par hasard elle faisait pas des défilés…? : au Royaume des Connes on brille vite. On a peur de rien, on ose tout, tout pourvu qu’elle claque de la tune, qu’elle crache de la maille et qu’on atteigne les objectifs de la journée, quitte à ce que tout le monde se foute de sa gueule cet été quand elle apparaîtra en marinière (le it de la saison) dans son pantalon carrot en synthétique (pas besoin de le repasser !!), comme les ploucs sur le port de Saint Trop (manque plus que la casquette brodée « Le Capitaine »). Et puis quand on a fini de raconter n’importe quoi à n’importe qui, ce qui est éreintant et quand on est rinçée d’avoir débité trois mille phrases sur la météo « et ben le voilà le soleil ! »ou « On en a marre de l’hiver hein !? Pff… je disais à ma collègue pas plus tard qu’hier « Isn’it Cynthia que cette année, rapport au froid et à la neige qu’on a eus, on trouve ça vraiment long, long, long… » et d’enchainer « Très sympa cette combi-short, elle est faite pour vous ! », on passe au cours de mathématiques. Déjà qu’en CE2 j’étais larguée, c’est dire comme je suis pétrifiée quand il s’agit de faire des calculs, d’additionner des chiffres, de diviser le nombre de gens qui sont rentrés par le nombre de clients qui ont raqué, multiplier par cent (paraît que faut pousser la virgule, mais je ne sais jamais dans quel sens), et tout ça s’appelle TT, IDV et d’autres termes barbares dont le résultat me parle autant que la recette du chou farci.

La mode je m’en cogne, les fringues je m’en tape, les chiffres c’est abstrait et les ordres je m’en balance. J’exaspère ma « Responsable » qui me parle comme si j’avais trois ans et demi « Il faut absolument fidéliser Madame Bulaud dont le pouvoir d’achat est énoooooooorme ». Elle me déteste, elle sent qu’elle s’est plantée dans son recrutement, elle dit « Astrid, il faut travailler tes silhouettes et ça, je ne PEUX pas le faire pour toi… c’est un travail per-son-nel… », j’ai l’impression de bosser avec Super Nanny. Elle s’imagine que je suis débile et c’est délicieux… Je lui dis que je l’admire elle répond modestement « dix ans dans le prêt à porter féminin ça ne s’invente pas… », elle se pâme pour des horreurs « Regarde-moi ce sarouel nude en soie qu’on a reçu ce matin : il est pas MA-GNI-FIQUE ? ». Je joue les demeurées, je louche et je répète « il est ma-gni-fique ». En réalité on pourrait y foutre de la Pampers XXL et 800 g de crottes de Berger des Flandres, mais on dira plus tard qu’il s’inscrit parfaitement dans la tendance « baroud-jungle » de cet été »… C’est usant de bosser chez Puduk, mais à 8 euros de l’heure on va pas jouer les difficiles… Merde quoi.

La suite demain car c’est samedi et y a moyen de rigoler… Pas un mot sur ce post sinon je suis virée.

 

Petites annonces :

J’ai une amie qui a la chance inouïe, je pèse mes mots, de partir vivre à … Belfort ! Vous ne savez pas où c’est ? Nous non plus…
Mais au cas où vous connaitriez un peu de monde je lance un appel.
Tout pareil pour une autre qui part à… Tassin et qui cherche une barraque dans ce bled !

Tant de villes aux noms magiques… merci de les aider car elles vont se suicider à la galette-saucisse et c’est très douloureux.