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Archive pour novembre 2009

Vert autoritaire

Mardi 24 novembre 2009

Parfois j’ai mauvaise conscience… et dans conscience il y a science…

Je me dis « l’ours blanc agonise, les pingouins ont soif et la planète suffoque. On ne peut plus continuer à consommer ainsi, à faire n’importe quoi avec l’eau et l’électricité, il va falloir changer nos habitudes, et ra-di-ca-le-ment ». Alors dans ces moments, de plus en plus fréquents, je me transforme en véritable dictateur. Staline is back.

Je me mets d’abord à flâner dans les magasins Bio et j’achète une foule de trucs très improbables, qui malheureusement ne me serviront jamais à rien. Parce que dans ces moments là je prends un tas de bonnes résolutions du genre « je vais de ce pas faire mon pain moi-même à la farine d’épeautre et j’ajouterai même une douce saveur de jasmin issu du commerce équitable ». Finies les conneries fabriquées par les enfants de trois ans dans les bidonvilles de Sandukaï. Et je vous jure que ma motivation est à la hauteur de mes espérances. Je remplis mes placards de produits rares, dont le packaging ne donne pas forcément envie, que je sors dans les grandes occasions en clamant « comment tu ne connais pas le sucre naparouna !!! c’est excellent pour la santé, c’est antioxcydant ma chérie (et pas anti-occident pauvre blonde) et en plus tu verras comme c’est bon !! Régalons-nous together dans un monde meilleur ! ». Dans ces moments je mens, parce que y a pas de raison que je sois seule devant mon plat de quinoa, et que tout le monde désormais est censé participer à mon projet universel qui part d’un bon sentiment. J’arrive à l’école avec des biscuits bio et si mes enfants émettent la moindre protestation je vocifère « Nan mais Oh ! Tu crois quoi Minus ??? Tu sais ce que c’est à recycler ta brioche à l’huile hydrogénée dans son emballage individuel, HEIN ? Monsieur possède un doctorat en recyclage peut-être ? » Et dès que je rentre je me remets à gueuler : « Et l’eau Bordel de Merde !!!!!!!!!!!!! » (j’écrirai beaucoup Bordel de Merde dans ce post pour que tout le monde me dise à la prochaine réunion de famille : « quel dommage que tu sois aussi familière ma chérie, est-ce vraiment nécessaire ???? »). Donc je hurle « Et l’eau Bordel de Merde !!??? L’ours blanc a bientôt pied et tout le monde s’en fout à ce que je vois!!!! » , j’éteins tous les robinets en soufflant et je pars à pied faire mes courses, histoire de respecter l’environnement tout en favorisant la circulation sanguine afin d’éviter les hémorroïdes (Ouah ! Les gars ! Je viens de taper ce mot dans Google afin d’en vérifier l’orthographe et là j’ai pas été déçue parce qu’il y avait des photos, comme quoi je découvre grâce à ce blog des univers parallèles et beaucoup d’incompris. -une pensée émue pour ceux qui ont dû prendre la pose, et tout mon respect)-). Mais revenons à nos manchots. Je suis donc tyrannique l’espace d’un temps, je suis même capable de voter vert ce qui révolte Papa, porté volontaire en 68 pour tirer sur les manifestants. Passée cette phase totalement excessive, je constate avec amertume que mon tas de linge sale a triplé de volume (car j’ai voulu économisé de l’eau), je constate que le pain complet fait péter et que j’ai des courbatures à force de braver le trottoir. Je constate que je suis fatiguée et que je donnerai un bras pour troquer mon chocolat Bio à 95% contre mon poids en Snickers.

J’ai alors un diable qui se pose sur mon épaule, armé de son trident. Il se penche et me murmure « Hé ! Ma grosse… t’en as pas marre de tout ce cinoche ? Tu crois que tu vas sauver la planète en coupant l’eau de ta douche pendant que tu te laves les cheveux et en bannissant ta confortable twingo ? » Je lui réponds « casse-toi Satan, ces gestes ne sont rien, mais répétés un million de fois ils comptent beaucoup !  » Le diable se tord de rire. « Ah ouais ? Tu trouves pas que le réchauffement climatique a du bon ? Regarde : tu chauffes pas beaucoup pour un mois de novembre : d’être au-dessus des normales saisonnières c’est cool non ? Ton sèche-linge tu peux le faire marcher un peu plus tu sais. Un bon gros bain c’est plus relaxant qu’une douche tiédasse… ». Je cède… Je me remets à consommer des produits farcis à la gélatine de porc, de la volaille de batterie bourrée d’hormones, je me remets à considérer la fraise tagada comme le cinquième fruit du jour. Je faiblis… Le diable est content, il s’apprête à partir. Mais avant il shoote dans mon lobe d’oreille « juste un truc : fais-toi percer une bonne fois pour toutes ces oreilles et mets-moi de côté tous ces préjugés à la con… ».

Quand j’aurais les oreilles perçées je serais définitivement possédée… Bordel de merde.

I have a dream…

Lundi 9 novembre 2009

J’ai dix-sept ans, voir dix-huit. Je suis belle, je n’ai pas de rides, je n’ai pas de pattes d’oie, je ne pense jamais à me faire refaire les seins, je n’ai pas de décision à prendre concernant quelques cheveux blancs. J’ai dix-huit ans et j’ai rendez-vous avec mon mec, on sort depuis un mois et deux jours ensemble, c’est ouf. Il a vingt-deux ans, autant vous dire que je suis fière comme Artaban d’avoir levé un vieux comme ça. Et ouais les filles ! Mon mec aura même vingt-trois ans dans trois mois !! On s’aime à la folie, je l’appelle en cachette le soir en tirant le fixe des parents sous mon lit. Il est hyper beau avec ses cheveux noirs mi-longs et son regard sombre, il embrasse comme un dieu. Moi aussi je suis pas si mal, l’insouciance me préserve de tout, on me répète pourtant qu’il faut que j’ai mon bac que je ne peux pas me permettre un quatrième redoublement et je m’en fous. Je me fous de tout, j’emmerde tout le monde. On va tous les deux en riant à cette soirée au Pavillon d’Armenonville et on danse en s’embrassant. Le champagne coule à flot, les gens sont beaux, nos potes sont réunis, Aretha Franlin hurle « Think ! Think ! Tulutututulu ! You’d better think ! Think ! Think ! ». La vie est tellement belle, je suis tellement heureuse. J’ai deux disserts de philo à rendre lundi, trois ans d’histoire-géo à rattraper demain et huit heures de colle mercredi, mais je m’en fous royalement. J’ai la nuit pour moi. La vie devant moi. Je suis trop heureuse !

TIIIIIIINTTTTTTTTTTTTTTTTT TTTIIIINNNNNTTTTTTTTTTTTTTT. TTTTTTTIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNTTTTTTTTTTTTTT.

Un bruit résonne brutalement, étourdie par le champagne je sursaute, c’est insupportable. J’entrouvre les yeux en reniflant. Mais que se passe-t-il ? La vie me répond Lève-toi gros cul, on est lundi matin, il est sept heures, il fait deux degrés dehors, tu as trois chiards qu’il faut lever, habiller, moucher, tu as la peau des paupières qui te dégouline sur les yeux et le ménage c’est pas en option. Et tu sais quoi ? Tu peux aussi multiplier ton âge par deux, ça t’apprendra. Et puis j’oubliais : t’habites en Bretagne… »

I still have a dream…

 

(et oui les gars… j’ai connu la vie sans portable… oui oui, j’ai connu des longs dimanches cloitrée dans ma chambre à attendre que le fixe familial sonne et à vérifier toutes les cinq minutes si il ne déconnait pas, quelque part je suis contente : moi aussi j’ai un peu vécu la guerre…)