Roule ma poule. Le départ.

Elle a juste pris une fiole de gin. Une. La dernière pour la route. Un échantillon ramené par JP lors de son dernier séminaire à Punta Cana. Amelia sourit amèrement… Il a dû s'éclater avec son affreuse petite morue, cet imbécile a joué les Spider-Man accroché à la moustiquaire du lit à baldaquin de la chambre en bois exotique, tandis que sa truie se trémoussait vulgairement dans un déshabillé en soie, pensant que c'était l'avènement final que de s'envoyer le patron au bout du monde. Qu'elle se le garde ! Le monde appartient désormais à Amélia, Raoul Grochin l'attend en Espagne dans un camp hippie, où il vit en harmonie avec la nature, il l'a invitée à venir quand elle veut. C'est le moment de hisser les voiles pour Amélia, de quitter JP qui la trompe, ses enfants qui l'ignorent, son salon patiné et ses tableaux d'art contemporain. Sa vue se brouille parfois, elle étouffe un hoquet, ses paupières sont gonflées, son visage soufflé par l'alcool mais elle rit de bon cœur, Amélia, car elle est libre maintenant. Elle continue sur le périphérique afin de prendre la direction de Bordeaux, elle s'apprête à longer la côte ouest avant de passer la frontière. Soudain à la sortie de l'autoroute Amélia sursaute en passant devant un tas difforme qui tend son pouce sous un poncho en plastique, quelques mèches ruisselantes barrent le visage de l'auto-stoppeuse mais Amélia reconnaît Alyette. Alyette de Kermouette !! Elle freine brusquement, un poids lourd la klaxonne, elle s'arrête sur le bas-côté et sous des trombes d'eau, îvre morte elle hurle en faisant des gestes dont elle a perdu le contrôle, l'index pointé vers le ciel “Alors la comtesse ! Tu montes ou quoâ ?!”. Alyette est ravie de voir enfin une voiture s'arrêter, faut dire qu'immobile en chaussette depuis au moins deux heures, elle a super froid. Mais dans le fond elle s'en fout. Pas question de faire demi-tour. De toutes les façons ça fait trente ans qu'elle se pèle le cul dans le château des Kermouette, trente ans qu'elle trime, qu'elle bouffe de la merde pour espérer le tout-à-l'égout, trente ans qu'elle supporte un tas de cons, trente ans qu'elle se farci Gérard et ses histoires d'ancêtres généraux, alors aujourd'hui elle se casse. Droit devant, elle descend dans le Sud, elle fredonne le temps dure long-temps-AN, et la vie sûrement… plus d'un million d'années !! Elle se rue vers la voiture qui la hèle et c'est avec stupeur qu'elle croise le regard vitreux d'Amélia. Amélia Leguoulle ! Elle est méconnaissable, ses joues sont violacées et son nez est rouge, mais que lui est-il arrivé ? Alyette s'engouffre dans le petit coupé, Amelia s'assied, démarre, passe les vitesses et la paupière tombante l'avertit “Ma poule, je me fais la malle en Espagne tu sais, avec moi, c'est droit devant…” Alyette renifle, se passe une main sur le visage et dit “Moi aussi je me casse, alors roule…”.

Raoul Grochin bosse sur le marché de Madrid tous les matins. Il vend de la paëlla, il hurle “Paëlla !!! Que buena buena !!”. Il vit à une trentaine de kilomètres de Madrid, dans une petite communauté, ils sont une trentaine à se partager un hameau abandonné. Ce sont tous de vieux copains, ils ont connu l'île de Wight, mai 68, ils sont libres et ils rejettent la société de consommation. Artistes pour la plupart, ils vivent essentiellement grâce à la paëlla de Raoul qui rend malade à crever tous les touristes qui la goûtent. Faut dire que Raoul ne respecte aucune règle d'hygiène, son chorizo est roulé au talon par son camarade Cloclo qui tue le cochon en fumant de l'herbe, et il récupère ses crevettes chez un chinois qui lui fait des ristournes quand la menthe des rouleaux de printemps ne couvre plus l'odeur du kilo de mollusques avariés. Raoul pense que notre société doit réapprendre à manger des trucs sans conservateurs et que sa paëlla a le goût de l'aventure. Son seul péché mignon c'est une heure d'internet qu'il s'offre de temps à autre dans un cyber-café, et depuis quelques temps il a retrouvé Amélia, une copine d'enfance. Elle lui a promis de venir lui rendre visite un jour. Il a prévenu ses amis, il a dit un soir alors que Stan grattait Il a neigé sur Yesterday “Je vais peut-être avoir une copine qui va venir un ou deux jours”. Suzanne qui basculait son corps de droite à gauche a ouvert les yeux, remis sa peau de mouton en grognant que les nouvelles elle aimait pas beaucoup ça, Karina, la basque qui s'occupe des chèvres a froncé les sourcils et Willy, l'anglais, a dit avec son accent “Whouah !! C'est super !  J'espèrè qu'elle aime faire l'amour avec tout le monde !”. Raoul a crié “Vive les verts !” et Cloclo a hurlé “Vive l'atmosphère !”. Alors ils ont tous ri de bon cœur parce qu'ils étaient heureux, que le feu de bois leur chauffait les poils du corps, parce qu'ils étaient libres, nus et ensemble.

“Fais gaffe !” hurle de temps en temps Alyette quand Amélia frôle la rembarde de l'autoroute à plus de 180km/h. Amelia explose de rire, essaye de récupérer quelques gouttes en aspirant bruyamment dans la bouteille, ralentit, dit putain c'est bon de se casser et Alyette recommence à sourire, émergeant de ses longs mois de dépression, oppressée par le regard d'Edwige, cassée par les médicaments du Docteur Furon, assassinée par les conventions sociales. Elle sourit, elle trouve qu'Amelia pue l'alcool mais que ça la rend plus sympathique, elle s'endort tandis que le véhicule continue sa course folle. Dans quelques heures les Pyrénées et après… Après ? Elle s'en fout.

 

Allez je m'y remets. Je sais j'ai abusé. Mais promis demain c'est la fête avec Raoul. Je vous passe le bonsoir et je remercie la personne qui m'a laissé le dernier com dans le post précédent.

20 Réponses à “Roule ma poule. Le départ.”

Pages : [1] 2 »

  1. mamina
    mamina écrit:

    Lapin Malin, le retour !
    C’est de la bonne, Lapinou, c’est de la bonne !!!!!!

  2. Anne-Persil
    Anne-Persil écrit:

    Miam ! Encore ! la suite ! Merci !

  3. mpi
    mpi écrit:

    elles me donnent envie tes allumées … f’rais bien la même chose histoire de voir du pays et de m’casser de ce bled où tout est parfait … bin ouais j’déprime mais coup de chance lapin est sorti du chapeau !

  4. Boulevard Sévigné
    Boulevard Sévigné écrit:

    Merci

  5. Sourisdesvilles
    Sourisdesvilles écrit:

    Ouh là…c’est un peu violent comme retour ! J’avais quitté du catalogue Cyrillus des années 80 et je retrouve une affiche de film de Tarantino !!!
    Merci quand même….

  6. Sourisdesvilles
    Sourisdesvilles écrit:

    …à la réflexion…plutôt les frêres Cohen tendance Fargo…

  7. Mhmmmmmmmm bien contente aujourd'hui!
    Mhmmmmmmmm bien contente aujourd'hui! écrit:

    THANK YOU VERY MUCH LOVELY BIG RABBIT!

    You are the best!

    bizzzz

  8. carabas
    carabas écrit:

    Ah bah quand même, c’est pas trop tôt!!!!

    Merci d’avoir arrêter le scraapbooking et la réfection des sièges !!! (pas taper pas taper pas taper ….et la bise à Blandine au passage!)

  9. Pacroulette
    Pacroulette écrit:

    ah, on t’attendait!!! tjs aussi poilant et tu nous tiens encore en haleine!

  10. didine
    didine écrit:

    Allez roule lapin ! T’arrête pas en si bon chemin….c’est bon de te relire, ça fait bien rire !

Pages : [1] 2 »

Poster une réponse