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Archive pour février 2009

Cowboyeries à la Gérardière

Lundi 23 février 2009

Au début Jackie n’a pas compris ce que le message de JP signifiait, elle a même eu peur que ce soit fini entre eux. La peur de sa vie. Elle est tellement fière d’elle : elle a réussi a ferrer le boss, THE big boss de la boîte et il est raid dingue d’elle !!! Il lui a promis un week-end à Venise, elle sait qu’il va la gâter, elle soupire d’aise en pensant à la belle montre qu’il va lui offrir. Il la couvre de cadeaux, elle pouffe « il me faudrait un troisième poignée !! » quand elle raconte à sa mère enchantée, que le patron lui a encore acheté un bracelet. Il faut dire que Jackie n’est partie de rien mais qu’avec des dents comme les siennes, deux canines qui te rayeraient un parquet en chêne massif, elle a commencé une longue et terrible ascension professionnelle puis sociale. Ses parents se sont saignés pour lui payer une école de commerce médiocre en banlieue parisienne mais à présent elle dirige tout le service marketing chez Legros et Patalait. Et comme ça ne lui suffisait pas elle se tape le patron. Jackie veut le beurre et l’argent du beurre : » c’est normal quand on bosse dans les camemberts !! » dit-elle en gloussant tout en enfilant ses bottes à talon aiguille. Elle n’a aucun scrupule à coucher avec un homme marié : ses employés lui ont dit que Madame Leguoulle était du genre grosse bourge qui fout rien de ses journées et la rumeur circule qu’elle serait portée sur la picole depuis un moment. De toutes les façons JP Leguoulle est fou d’amour et Jackie compte bien profiter de cette opportunité. Et si un jour c’était elle, Madame Leguoulle, hein ?

Alyette ne va pas bien et le médecin n’est pas très optimiste, il lui a conseillé des bains de siège au fenouil, mais il pense que c’est le moral qui est atteint. Elle sort de moins en moins de sa chambre, malgré les supplications de Gérard qui lui a rappelé que dans deux jours c’était le Carême et qu’il allait falloir qu’elle y mette un peu du sien. Mais Alyette n’a plus d’énergie, elle sèche tous les chapelets et se défile pour toutes les réunions paroissiales. Alyette est au fond du trou, surtout qu’hier soir elle a vu une voiture se garer devant la grange d’Armelle. Elle a enfilé sa vieille robe de chambre pelée et ses chaussons, pris sa lampe torche et décidé d’aller vérifier que ce n’était pas cette ordure de Jérémie Fritard qui revenait dans sa propriété. En s’approchant elle a entendu des rires et par la fenêtre, elle a surpris sa fille dans les bras d’un garçon épouvantable, avec une cravate en cuir et des bottes. Il a fallu qu’elle se tienne la poitrine pour réussir à reprendre son souffle : sa propre fille embrassait l’ignoble individu qui avait jeté son chapeau de cow-boy par terre. Et elle l’a reconnu !! C’est l’espèce de plouc qui faisait l’animation de prostituées organisée par les Fritard le soir du mariage d’Armelle ! Elle est rentrée meurtrie chez elle, a martelé son oreiller de coups en criant « La trainée !! La trainée !! » à travers ses larmes, elle s’est mouchée dans ses draps et le cœur gros, s’est endormie.

Pourtant sa fille est heureuse. Armelle a trouvé l’amour. Il faut dire que le soir de son mariage elle avait un peu craqué pour le type qui animait le spectacle de country et comme elle était allée le voir pour le remercier et le féliciter, il lui avait glissé sa carte et avec un léger claquement d’index sur son chapeau de cow-boy (geste qui l’avait fait fondre !!!) l’avait saluée. Il lui avait fait un clin d’œil et avait murmuré qu’il attendrait éternellement de ses nouvelles et bien que ce fût son mariage, elle n’avait pas oublié ce moment magique et cet homme d’un romantisme à toute épreuve. Alors quand Jérémie s’est barré et quand elle a compris qu’il ne reviendrait pas, elle a téléphoné à Franckie. Il ne l’avait pas oubliée, il s’est dit que c’était la chance de sa vie, il a pris sa Renault 21 et il a foncé. Car une princesse dans un château, c’est comme une rose dans la lumière : ça se cueille. Oh ! Putain ! C’est beau ce que je viens de dire !  Je lui dirai ça tout à l’heure, ça va lui plaire ! Et d’ailleurs, quand Armelle lui a proposé une tisane et qu’à genoux, Franckie lui a déclaré qu’elle était une rose dans la lumière du jour naissant (il est fort dans l’impro), Armelle s’est jetée dans ses bras en faisant voler le chapeau de cow-boy. Yi haaa !

Amelia trompée, Alyette désabusée…

Jeudi 5 février 2009

TZZttzztzttzttzttz… Quel est ce bruit ? Amelia emmerge de sa longue nuit, il faut dire qu’elle s’est couchée tard, après s’être enfilée tous les programmes télé jusqu’à pas d’heure, accompagnée de ses meilleures bouteilles qu’elle appelle maintenant par leur prénom. Elle ouvre un œil, ses membres sont engourdis et ce TZTTzzzzzz l’abasourdit. Elle murmure « Qui ché qui m’fait chier…? » Elle cherche sous ses couvertures et découvre le portable de Jean-Pierre qui vibre seul sous l’oreiller. Sa tête est lourde et ses cheveux tous collants, elle retrouve même un morceau de babibel collé à sa nuque. Tiens ! Un message… Elle appuie sur toutes les touches et découvre ahurie un « À la Saint Valentin prends mes seins, signé ton petit marcassin ». Est-ce un rêve ? Amelia se frotte les yeux, renifle et cherche sa bouteille de gin, surnommée Djina, pour essayer de se remettre les idées en place. Elle appelle Djina ! Djina ! mais Djina ne répond pas, tout le monde la lâche. Seule la vérité est là, sourde et amère : JP a une maîtresse ! Et tout s’explique : ses séminaires à répétition, ses Oh ! Dis moi OUI, An-DIE qu’il sifflote perpétuellement sous sa douche, et surtout son séjour, soit disant professionnel en Italie le week-end du 14 février. Amelia ne perd pas ses moyens et répond au message : Tu me fais vomir avec tes seins de truie, signé J-Porc. Et toc ! Mais de qui peut-il bien s’agir ? Qui lui vole ainsi sa place ?  Comment a-t-elle pu être ainsi trahie ? Amelia attrape son tube de gellules anti-âge…

Jean-Pierre Leguoulle prend gaiement les quelques ronds-points qui le séparent de son bureau, il chantonne, dans quelques jours il emmène Jackie dans un petit hôtel ultra cosy pour un week-end 100% Love. Il se meurt d’amour pour Jackie, la nouvelle chef de produit des camemberts Legros & Patalait. Une petite nana d’à peine trente ans, ultra excitante et très autoritaire. Une vraie diablesse qui le fait tourner en bourrique avec ses bottes en simili cuir. Bref une femme de caractère, tout le contraire d’Amelia. Ce petit refrain ne le quitte pas Oh ! Dis moi OUI, Ja-CKIE, il tatonne sa poche intérieure pour joindre Jackie et la prévenir qu’il arrive et s’aperçoit qu’il l’a oublié. Ce n’est pas grave, Amelia ronque comme une souche, et même si elle trouvait son téléphone ses doigts n’auraient pas la force de taper sur une seule touche avec la dose de somnifères qu’il lui a collée hier dans son dernier verre de vodka.

 

Alyette de Kermouette est grippée ce matin. Il faut dire que ses filles la tuent à petit feu. L’ainée est encore enceinte, et Alyette sent que tout son été elle va le passer à s’occuper des petits, Armelle pleure en permanence Jérémie qui ne veut pas revenir et Edwige vient de rater le concours des assistantes de direction de Loire-Atlantique. Alyette a le nez bouché, elle est de mauvaise humeur et elle voudrait le silence. Au lieu de ça Armelle laisse Guirec brailler « Ki a du Kaka Kaki collé au Kuku » sous ses fenêtres dans son maillot de foot bleu, avec son prénom écrit en blanc derrière, un cadeau de son père qui a eu raison d’Alyette et lui a flanqué une fièvre de cheval. Alyette a besoin de vacances…

Un nouvel homme dans ma vie

Mercredi 4 février 2009

Au commencement il y eut mon père. Pendant longtemps j’ai pas arrêté de parler de lui « MON père est militaire. Tu vois l’avion qui vole ? C’est MON père qui le conduit, MON père est le meilleur, MON père sait tout faire, MON père est en mer, MON père dit que je suis bien mieux que Lætitia Casta ». Après dix ans sans autre homme dans ma vie que mon père j’ai prié. J’ai prié pour que la nature cesse de me filer des sœurs et mes prières ont été exaucées : j’ai enfin pu dire MON frère. Les années passaient, je ne comptais que deux hommes dans ma vie ; mon univers était essentiellement féminin, composé de sœurs et de tantes à la maison, de bonnes-sœurs et de copines à l’école (ça n’était pas mixte), jusqu’à ce que je rencontre Pancho à la boom de Désirée Marchouin sur un slow de A-ha, une cacahuète coinçée dans la gorge. J’ai pu dire MON mec, par exemple « Regardez les filles par la fenêtre, le mec qui fume des cigarettes sur le trottoir d’en face, c’est MON mec, Pancho, il est en Première A ». MON père disait « Tu raccroches avec Pancho ou je coupe le téléphone, on aimerait bien dormir ! C’est qui ce Pancho ? Pancho comment ? » Les portables et internet n’existaient pas, avec Pancho on communiquait par le biais de la poste : c’était une autre époque. J’ai grandi, Pancho s’est cassé avec sa guitare et ses poêmes et je me suis mariée. J’ai pu dire MON mari, et comme j’étais extrêmement possessive je disais « Tu vois le grand de deux mètres là-bas ? C’est MON mari et si tu t’approches de lui c’est que tu ne tiens pas beaucoup à ta vie petite truie ». Et comme j’aimais la vie j’ai eu un fils et j’ai pu dire MON fils. J’ai soulé tout le monde : « Il pas beau MON fils ? MON fils il faisait 9kg865 grammes à 4 mois et deux semaines ! Yarla ! Tu vois l’astre qui luit au milieu de la cour de récré ? C’est MON fils !!! Yi li li li li !! ».
Je vous vois venir… Vous devez penser que je vais vous annoncer que j’ai un amant ?! Ah ! Non merci ! Si il y a bien une chose qui ne me manque pas c’est ça. Quand je pense que j’ai des copines qui se font chier avec ce genre de trucs je ne les comprends vraiment pas. Un amant c’est pire qu’un mari et qu’un chien réuni : c’est collant, ça vous ment et un beau jour il paraît que ça se met même à ronfler, tu parles d’un roman… Un amant non merci !

Allez je vous l’annonce, j’ai un éditeur. Désormais je fais des phrases comme « Excusez-moi les filles, j’étais en ligne avec MON éditeur »,  je me la pète, une fois n’est pas coutume. Avoir un éditeur n’est pas de tout repos, au contraire. Et c’est pour cela que je laisse peu de nouvelles sur mon blog et j’allais même vous dire que c’est à cause de lui si je me fous du monde avec si peu de posts. Un éditeur c’est étouffant, asphyxiant, excitant et terrifiant, écrire un livre dans ma situation c’est un peu comme procéder à l’ascension du Mont Blanc en maillot de bain. Mais dans un mois je pourrais dire : « Tu vois, le petit livre là, c’est moi qui l’ai écrit, c’est MON livre et c’est grace à MON blog… »

Demain je vous parlerai d’Amelia Leguoulle et de la façon dont elle sombre dans l’alcool, je vous dirai aussi comment Armelle s’est retrouvée au poste, pourquoi on n’a jamais revu Annie et où Belinda s’est enfui. Tout un programme… Attention l’heure est grave et nos personnages au bord de la crise de nerf. Ça va chauffer !!