• Accueil
  • > Archives pour novembre 2008

Archive pour novembre 2008

Belinda se recycle… Jérémie se rebiffe…

Jeudi 6 novembre 2008

Belinda a osé dire merde à Francky, ras le bol des regards en biais dès qu’elle croquait dans une madeleine, ras la casquette des réflexions désobligeantes et surtout marre de marre des petites mains balladeuses du boss, qui dès qu’il se sentait un peu seul, en profitait pour lui pincer le gras de la fesse en l’appelant « mon otarie chérie ». La grosse se casse et vous allez voir que vous entendrez, un jour, parler de Belinda Chiron, bande de cruches ! leur a -t-elle lancé un soir en claquant la porte. Elle travaille désormais à son compte et depuis le début de l’année elle donne des cours, particuliers ou en groupe, de danse. Tous les mardis elle passe sa journée à « La Rose des Vents », une maison de retraite dans laquelle elle apprend la country aux plus vaillants. Ils préparent même un show pour Noël. C’est devenue la star des vétérans. À peine a-t-elle franchi le seuil de la maison qu’une foule de pépés l’attendent déjà dans l’espace de loisirs. Elle agace même un peu le personnel car ils sont tous surexcités la mardi et qu’on a beaucoup de mal à les calmer en fin de journée, y en a même qui sautent la sieste, ce qui contraint le personnel à bosser plus (la danse ça leur donne soif, faim et envie de faire pipi), et d’autres qui continuent, à bout de souffle, à s’exercer ensemble jusqu’à pas d’heure. Monsieur Grumon fait partie de ceux- là : dès qu’il voit Belinda sa journée s’éclaire. Depuis qu’il danse, sa fille unique, qui vient le voir de temps en temps, dit qu’il a fait « un saut sur l’herbe ». Ça rend de mauvais poil son gendre qui faudrait bien que Papy passe l’arme à gauche pour récupérer le pactol et s’acheter le pavillon de ses rêves avec un jardin d’hiver. Quand Belinda arrive avec les franges de sa jupette en daim qui lui fouettent les cuissots ça égaye Raoul Grumon et tous ses camarades, les dames de l’accueil disent qu’un de ces quatre ils y resteront et que ce sera pas faute de les avoir prévenus. Madame Chiron on va vous demander de calmer un peu le rythme… lui a demandé la directrice du centre.

Tous les dimanches après-midi Belinda anime les thés dansants de la région, on se l’arrache. Les plus motivés viennent vers elle pour apprendre quelques pas de country, parmi eux, il y a la starlette des thés : Annie. La bonne soixantaine, cette jeunette du groupe les émoustille tous avec ses décolletés pimpants. Elle maîtrise tout : la java, le tcha-tcha-tcha et le tango. Mais quand José, l’accordéoniste, entame un air de country, on sent que c’est SON moment. Fièrement elle tape dans ses mains, ballade ses jambes et repose ses deux pouces sur son ceinturon. Belinda crie « c’est bien M’me Roteux » et quand c’est terminé elle lui dit toujours la même chose « Mme Roteux attention ! Vous avez un demi-temps de retard dans le lancer de talon ! ». Belinda énerve Madame Roteux, c’est pas un boudin qui va lui apprendre la grâce, elle qui a fait dix ans de danse classique à l’opéra de Pau.
Cette après-midi là, ils sont tous déchaînés, ce doit être la pleine lune. Belinda aère un peu la salle qui commence à sentir fort le suppositoire : c’est toujours comme ça quand l’hiver arrive. Elle observe du coin de l’œil Annie, qui fait la maline avec ses nouvelles santiags. Elle exaspère Belinda qui la trouve désagréable, moche, méchante et refaite de partout. Du coup de loin, Belinda lui fait non avec l’index en secouant la tête, pour lui sapper le moral et lui faire comprendre qu’elle n’a rien compris à la country. Annie fait comme si elle ne voyait rien et continue à flamber avec ses nouvelles bottes en cuir rouge. Pendant ce temps Amédé Rinchin se rapproche en douce de Belinda. Il va sur ses quatre-vingt-cinq ans mais il est toujours aussi coquet, toujours bronzé, avec son joli gilet argenté et une belle gourmette en or qu’il remonte le long de son bras avec un petit tressaillement du poignet ultra chic. Au moment où Belinda se penche pour ouvrir un vasistas il ne résiste pas et lui colle une main au derrière. Belinda se redresse en poussant un cri, Amédé émet un petit rire, elle souffle et dit en réajustant sa jupette « pfff vous les vieux vous pensez qu’à ça… ». Amédé repart vers la piste en swingant, ses souliers vernis glissent sur le lino, il continue à rire : Belinda remplit sa vie de soleil.Quand Belinda termine sa semaine elle est sur les rotules, les vieux ne s’arrêtent jamais, ils en veulent toujours plus, elle dit en riant « c’est eux qui vont me tuer !! ». Elles les aime bien, même si cette après-midi elle a trouvé que ça sentait vraiment fort le dentier dans la salle des fêtes de Poussé-les-Touffes. Elle trouve sa reconversion réussie, merde à Francky. Elle regarde l’heure, tape dans ses mains « Allez ! Café-madeleines ! ». Annie la toise, non mais on rêve ! On n’est pas des gosses ! Allez bourre-toi de beurre ma grande, pense-t-elle en serrant d’un cran supplémentaire son ceinturon.

Côté Kermouette, ça fouette.
Jérémie commence a en avoir sa dose. Sa vie ne ressemble en rien à ce qu’il espérait. Il vit misérablement avec Armelle et son fils dans trente mètres carrés pas chauffés. Bien que l’endroit soit classé il se pèle le cul au milieu des poutres d’époques. Ses beaux-parents ne font aucun effort pour lui améliorer son existence, et même si sa mère lui a offert un écran plasma il ne capte rien ici, à part le JT de Jean-Pierre Pernaud. Quand il a demandé à Alyette s’il pouvait installer une antenne parabolique elle lui a ri au nez et lui a répondu on n’est pas au camping, jeune homme… Quelle conne… Il se morfond dans ses communs, ses potes ne veulent plus venir à cause du froid, ses parents trouvent que c’est triste en hiver comme endroit, et Armelle est sans arrêt sur son dos à lui dire révise, révise, révise, elle ressemble à sa mère quand elle fronce les sourcils avec les mains sur les hanches… Dès qu’il franchit le seuil de sa porte son beau-père lui tend une pioche ou une pelle pour l’entretien du jardin, où sont passés les rivières de diamants et les fontaines de champagne dont il a tant rêvés ?
Hein ?