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Archive pour septembre 2008

Petites mondanités de rentrée

Lundi 29 septembre 2008

Mumu reçoit samedi. Elle a appelé tout le monde il y a un mois en demandant êtes-vous libre Christophe et toi le 4 ? Ses copines ont sorti leur agenda, ont dit volontiers : ils seront huit. Ce sera un dîner de rentrée entre amis, un truc un peu décontracté mais où elle mettra les petits plats dans les grands : Mumu, ne l’oublions pas, veut faire chic à tout prix. Elle sortira l’argenterie, elle mettra de l’eau qui pique dans des carafes en cristal, elle mariera son coulis de tomate au liseré bleu marine de ses assiettes (Mumu trouve de l’élégance à la sobriété, comme tous les gens sans imagination), elle mettra des serviettes en tissu assorties à son service. On pourra admirer la déco de son salon en velours bleu, ses photos de mariage avec un cortège de binoclards en culottes outremer (c’était un thème « marin »), les gens souriront en disant « vous avez pas changés tous les deux ! », c’est vrai : le mari de Mumu a gardé sa tronche de vainqueur et Mumu était aussi imbaisable vingt ans plus tôt. Mumu, femme d’action organisée, a congelé toute la semaine des mini-quiches qu’elle sortira pour l’apéro, pour l’entrée elle a prévu des verrines, suivies d’une blanquette, d’un plateau fromage et d’une bavaroise (souvent son mari dit que « maman c’est la reine des bavaroises ! »). Sur le pêle-mêle de l’entrée elle a mit tous ses faire-parts de mariage, (même les très vieux pour faire croire que son programme de la rentrée est chargé), celui des Kermouette écrase tous les autres : Mumu veut montrer qu’elle compte des nobles parmi ses connaissances. Elle saura évoquer les frasques d’Amélia et de Renaud Fritard, elle fera sensation ce soir-là.

Alyette quant à elle est en plein dans les préparatifs pour la soirée de rentrée du rally Blanche Hermine, le thème « feuilles d’automne » laissera libre court à l’imagination des jeunes. Alyette est ravie : ses neveux éloignés du Calvados ont répondu oui ! Une illustre famille qui possède une propriété ravissante dans le Pays d’Auge et trois garçons qu’elle compte fermement présenter à Edwige, on les mettra dans la chambre aux hirondelles. Elle espère que les cousines d’Orléans ne lui feront pas d’ombre, mais dans son souvenir elles sont assez vilaines. En attendant il lui reste à confectionner une tenue de lumière pour sa fille, elle a pensé à un bustier caramel en soi sauvage sur une longue jupe vert bouteille qui rappellera l’automne et la chasse. Gérard tient absolument à sonner lors de l’arrivée des premiers invités, Alyette trouve que ce n’est pas une mauvaise idée. La question de la boisson est réglée : il restait trois caisses de champagne du mariage d’Armelle qu’Alyette a planqué dans sa cave sans scrupule, elle qui se tape la tronche de parvenu de Jérémie Fritard nuit et jour. Il semblerait d’ailleurs que cet imbécile ait acheté un tracteur géant en plastique jaune fluo pour Guirec, tracteur qu’il a collé sur le gazon devant le massif de roses du Canada. Si il est encore là demain elle le foutra à la beine : ça devient maladif chez son gendre, il ne peut s’empêcher de lui saloper la vue.

Amélia Leguoulle s’ennuie. Ses cours de cartonnage ne l’enchantent plus comme avant, d’ailleurs elle n’a plus d’idée, plus de créativité, elle qui brillait d’ingéniosité pour fabriquer des vide-poches et des albums photos. Plus d’envie. Plus rien. Elle se trouve moche, et grosse. Le médecin lui a prescrit quelques antidépresseurs assez légers pour l’aider à affronter son quotidien.

Si j’étais maîtresse je serais armée.

Vendredi 26 septembre 2008

Si j’étais maîtresse je serais armée et j’annoncerais les règles dès le début de la réunion de parents. À la première question idiote je disposerais d’une carabine à air comprimé, à la seconde j’utiliserais mon boomerang. Comme ça je serais tranquille et je pourrais tranquillement parler. J’attendrais même avec impatience que la maman de Boris lève le doigt alors que je suis en train d’expliquer que les CM1 ont deux heures de sport par semaine et qu’il faut qu’il soit en tenue le lundi et le jeudi. Avec un hochement de tête et un petit sourire dissimulé je lancerais un « oui ? ». Quand elle me demanderait « ce que j’entends exactement par tenue de sport », je sortirais ma carabine je lui viserais le mollet en disant « à ton avis ? Un scaphandrier et un tuba bien sûr ! ». J’éviterais ainsi à une ribambelle de connes de se faire remarquer devant leur copine avec une foule de remarques toutes plus bêtes les unes que les autres. J’ai même eu l’impression hier soir qu’elles cherchaient à démontrer que leurs enfants étaient un poil plus brillants que les autres. Ce qui ne m’étonne pas vu la proportion d’enfants précoces qu’il y a dans ce bled, à croire que bouffer de la galette-saucisse développe le cerveau des niards. Les mères en sont même gênées. Elles lèvent le doigt pendant les réunion pour demander si le rythme va s’accélérer parce que bon… trois mots invariables à savoir par jour c’est bien… mais… pour ma fille pour qui c’est inné… c’est comme les opérations… lance une autre, je ne sais pas si c’est pareil pour les autres… mais deux multiplications chaque soir… quand un enfant possède certaines facultés mathématiques… c’est presque dommage. On applaudit la maman de Charles-Armand et de Coraline : elles ont réussi à placer que leurs enfants feraient bien du rab parce qu’ils sont doués. Clap ! Clap ! Clap ! J’ai failli avaler mon bic !!! Si jamais je vois ce soir que les devoirs ont doublé de volume j’irai péter les lunettes de leurs nistons à la sortie, ça les ralentira dans leur course.

Si j’étais maîtresse je serais armée jusqu’aux dents et si je n’étais pas l’exquise maman qui lève le doigt quand on demande une mère déléguée (pour abréger le malaise), je serais une tueuse en série de connes affamées de réussite.

The retour of the Kermouette

Dimanche 14 septembre 2008

— OH…Ce pauvre Gérard… il était décomposé… Une épreuve… Une véritable épreuve pour eux. Tu aurais vu ça : des ploucs à la pelle. Sa fille n’avait l’air de rien, de l’autre côté il y avait de la poitrine à l’air en veux-tu en voilà et pour couronner le tout Madame Fritard avait prévu un spectacle. Tu m’entends ? Un spectacle de danse cow-boy !

Tante Pipou est aux anges, elle savait qu’elle ferait un effet bœuf avec son récit du mariage Kermouette. D’ailleurs c’est uniquement pour ça que Benoîte l’a invitée à venir boire un petit café. Elle repose sa tasse, s’essuie la bouche, attrape une chouquette, elle sait que tout le monde attend la suite, elle essaye d’extraire un morceau de sucre qui s’est coincé dans son bridge.
— Des cow-boys ? demande en grimaçant Benoîte.
— Je te le jure ! Des filles décolorées qui dansaient en bottes, qui montraient leurs cuisses en mâchant du chouing-gum… Je peux te dire qu’au moment où elles saluaient l’assistance, Alyette a pris le micro pour remettre les points sur les I. Elle leur a demandé de quitter les lieux leur expliquant que, dans une propriétée classée, on ne pouvait pas se permettre tout et n’importe quoi, et que la soirée se terminerait à une heure du matin.
— Nââââân…
— Si ! J’ai vu Nadine se lever, furieuse, elle s’est dirigée vers Alyette et elles ont commencé à se disputer. Gérard est intervenu, il a pris sa femme par le bras et ils sont partis… Am-biance… Alyette ne veut plus en entendre parler. Quand Nadine vient rendre visite à son fils elle évite Alyette.
— Ah ! Parce que Armelle s’est installée avec son mari là-bas ?
— Mais oui ! Ils n’avaient pas de toît ! Alors Gérard leur prête gentiment une partie des communs en attendant que Jérémie Fritard finisse ses études.

Alyette a passé un été de merde. L’ainée de ses filles est restée deux mois avec ses quatre enfants, ses cousines se sont succédées, n’ont pas arrêté de demander comment était le mariage, si ça s’était bien passé et si il y avait des photos, un cauchemar. Et pour couronner le tout son gendre passe désormais sous ses fenêtres matin, midi et soir, avec des airs de prince. Dès qu’elle l’aperçoit Alyette ferme exprès ses vitres en faisant beaucoup de bruit pour qu’il puisse voir qu’elle ne l’aime pas. Mais Jérémie Fritard s’en tape, ça ne lui fait ni chaud ni froid, il se sent chez lui à La Gérardière, Alyette l’a même vu passer une main affectueuse dans les cheveux de son fils en l’appelant « Graine de comte », elle a terminé sa journée au lit avec une fièvre de cheval. Elle essaye d’oublier ce 7 juillet et tout ce qu’elle endure pour se concentrer sur le plus important : la soirée d’Edwige en octobre. Edwige reçoit pour le rallye Blanche Hermine et elle voudrait que la soirée ait de la tenue, que les jeunes gens fassent des efforts et invitent gentiment TOUTES les jeunes filles, d’autant plus qu’Edwige aura ses cousines qui viennent d’Orléans et il n’est pas question qu’elles fassent tapisserie. D’autre part il va falloir surveiller les petits malins qui s’amusent à contourner les règles, d’abord ceux qui dissimulent de l’alcool et ensuite ceux qui auraient l’intention de s’égarer dans les fourrés. Gérard a proposé de mettre toutes les crottes de Cargo, son fidèle braque, dans les coins perdus, afin que ceux qui s’y aventurent puissent être identifiables quand ils ressortiront. Alyette a dit que c’était une bonne idée mais qu’elle préférait largement la paire de jumelle à rayons infra-rouges que Gérard utilise pour la chasse, elle assure que « de la chambre d’Anne-Marie j’arrive à quadriller parfaitement le terrain ».

Les Fritard ont passé un été dément quant à eux. De toutes les façons tous les ans, ils louent avec des copains dans le Sud. De temps en temps Renaud recevaient des messages sur son portable qu’il effaçait vite. Il ne veut plus voir Amelia Leguoulle, ça pourrait nuire à son couple. Parfois il fait des cauchemars où il voit Nadine seule, pleurer et quitter la maison avec son vélo d’appartement et ça lui file des remords…

Quand à Mumu, elle va bien. Elle a inscrit son fils au Poney-Club parce qu’il est précoce et que ce genre d’enfants, on essaye de les mettre en contact avec des animaux, c’est très bénéfique pour eux, ça leur permet de reprendre confiance en eux. C’est le psy qui lui a expliqué tout ça, parce que, m’a-t-elle confié, 192 de QI ce n’est pas toujours un avantage dans la vie… En tout cas il paraît que la monitrice a été stupéfaite de son niveau, elle ne voulait pas croire que cet enfant n’était jamais monté sur un poney. Après elle m’a dit bon je te quitte parce que le mardi soir Amaury-Louis-Charles a judo ! et puis elle a ajouté à voix basse en fronçant les sourcils « elle a pas un peu pris des cuisses Simone pendant les vacances ? »…

Hourra les vacances sont finies !!

Mardi 2 septembre 2008

Rien que pour connaître la joie de lourder ses moutards à l’école le jour de la rentrée, ça vaut le coup de partir deux mois en vacances. Car depuis que j’ai arrêté le taf et que je fais femme de ménage, nounou et écrivain de blog à temps plein, j’ai deux mois de vacances. Par pitié : ne m’enviez pas…
Deux mois d’adaptation à la vie en communauté dans les grosses baraques de famille, deux mois pendant lesquels je me dois d’être heureuse (youpi c’est les vacances !!!!), de bonne humeur (il pleut ! c’est cool ! on va faire un gateau pour 27 !!), bien élevée (bonjour Papa, bonjour Caro, bonsoir Tante Marie-Croute), gentille (tu veux que j’amène tes filles à la plage ? pas de problème !), motivée (qui vient faire un barrage géant ?!) et conciliante (non, non, ça ne me dérange pas d’aller chercher Aurélia dimanche à minuit à la gare). Tout ça parce que, pauvre de moi, je n’ai pas de résidence secondaire. Vous pouvez pas savoir le nombre de grilles de loto que je remplis en juillet-août, c’est de la folie. Je coche et je m’imagine en Corse, avec des bonnes et des transats.

Et encore si j’étais seule… Mais non ! J’impose systématiquement mes trois moutards et mon clébard, dont j’essuie toute les bavures : un travail de pro… Je me dois de terminer en cachette toutes leurs assiettes d’épinards ou de courgettes, de recoller toutes les fleurs qu’ils ont arrachées, de récolter toutes les crottes que sème le dernier, d’essuyer la pisse du chien sur le canapé, de frotter le paté écrasé sur les bergères Louis Quarante, je me transforme en poulpe géant. La preuve : il paraît même que j’ai les yeux au milieu de la figure. Et pourtant, tout ce boulot ne sert à rien. Chaque année j’ai l’impression de passer mes vacances avec Super Nanny et Françoise Dolto réunies. Deux mois pendant lesquels j’entends que mes enfants sont mal-élevés, égoïstes, pieds-nus, qu’ils nous collent la honte à se traiter de connards sur la plage, que ce n’est pas normal des gosses qui dorment aussi peu, qui se couchent aussi tard, qui répondent, qu’il faut les punir moins fort, plus fort, sans crier, et que, je me demande comment tu comptes y arriver avec des gamins qui font ce qu’ils veulent. Tu peux me regarder avec cet air-là, ça ne changera rien, ils font CE-QU’ILS-VEULENT. Et bonjour les jours que je me prépare.

Vous comprendrez donc ma joie quand le réveil a sonné ce matin. Je me suis dit : deux mois que j’attends ce moment. Deux mois. Dans la voiture j’ai assuré que moi aussi, mes chéris, j’étais triste que ce soit la rentrée. Moi aussi je n’aimais pas ça quand j’étais petite, MÊME si j’étais la première de ma classe CHAQUE année. Bref depuis quelques heures je goûte au bonheur d’être chez moi et seule. Je me ballade en culotte, je saute tous les repas, je me fais des sandwichs au ketchup que je trempe dans du café à n’importe quelle heure, je prends des bains géants en chantant Strangers in the night, bref, je suis libre. Je me demande juste quel est le sale con qui m’a foutu quasiment trois semaines de vacances au mois de février, mais à chaque jour suffit sa peine. D’ici là j’aurai peut-être gagné de quoi me payer un chalet dans les Alpes.

Tout ça pour vous dire que je suis revenue. Je me suis ruée sur mon Mac, il m’avait tellement manqué. Et vous aussi. Merci pour vos messages toujours sympas (sauf ceux qui disent que je suis méchante, ça devient lourd : tout le monde sait que je suis très TRÈS méchante), ne vous inquiétez pas Belinda et Alyette de Kermouette vont bien, je réfléchis à leur destin. Dormez bien !