Archive pour juin 2008

Intrigues et complot de minuit. Le retour de Franky.

Lundi 30 juin 2008

Mumu sort de chez elle, regarde à droite, puis à gauche. Personne, il fait nuit noire. Il est minuit exactement. Elle enfile un gros poncho qu’elle a confectionné à l’aide d’une couverture : elle a découpé juste un rond au milieu pour laisser passer sa tête. Elle pose sur son crâne un casque de mobylette dont elle rabat la visière, sort de sa voiture et court. Elle dépose sa missive dans la boîte aux lettres des Leguoulle, et rejoint sa voiture à vive allure. Elle en est sûre : personne ne l’a vue. Puis elle se rend, tous feux éteints dans la zone pavillonaire des Canards Sauvages, et recommence la même opération devant la maison des Fritard. Elle manque de tomber en ratant la dernière marche en teck du pavillon, se rattrape de justesse en se tordant la cheville, et s’engouffre à cloche-pied dans son véhicule. Mission réussie, Muriel retourne se coucher à pas de loup, les dés sont jetés.

Quand Amelia se lève le lendemain, elle découvre le message qui la laisse dubitative. Nadine s’est tout ? Est-ce Renaud qui a voulu écrire « Nadine c’est tout » ? Non, il ne l’aurait pas insultée. Qui peut bien la traiter ainsi de salope ? À moins que… Jean-Pierre se serait-il aperçu de quelque chose, aurait-il pu voir comme elle avait changé ces derniers temps ? Impossible, cet imbécile ne voit même pas quand je change de coupe de cheveux, il est toujours par monts et par vaux, il ne savait même pas que Lorenzo passait son brevet la semaine dernière. Rien que de penser à son mari ça l’énerve, elle murmure « gros naz » en avalant une gorgée de café, hier encore elle l’a trouvé épouvantable, avec ses trois mèches teintes qu’il rabat sur son crâne chauve et son front qui perle en permanence, il la dégoûte. Autant quand elle l’a connu il était plutôt mignon, autant maintenant c’est devenu l’homme d’affaires adipeux dans toute sa splendeur. C’est pas compliqué, quand il rentre et dit en souriant « bonjour ma Princesse », elle a envie de le buter. Elle réfléchit en secouant la lettre anonyme entre le pouce et l’index, et si quelqu’un avait voulu l’avertir en disant « Nadine sait tout » ? Qui aurait interêt à la traiter ainsi ? Elle cherche… la seule qui pourrait avoir envie de lui nuire serait Alyette de Kermouette, sa plus grande ennemie. Mais comment aurait-elle pu savoir ? Nadine aurait-elle eu des doutes qu’elle aurait partagés avec Alyette ? Le mystère reste entier, n’empêche qu’il faut battre le fer quand il est chaud, Amelia s’installe avec un journal et des ciseaux. Attends voir ma grande… Attends voir de quel bois je me chauffe…

Nadine a ouvert son courrier et n’a rien compris au message. De qui faut-il qu’elle se méfie ? De son mari peut-être ? Elle hausse les épaules et pense qu’il y a vraiment des gens qui n’ont rien à faire ici. Il y a une seconde lettre dans son courrier, un petit mot d’Alyette de Kermouette, lui disant qu’il faut absolument qu’elles se voient à son retour de Brest, afin de fixer les dernières modalités pour le sept, « étant donné que notre côté nous ne serons qu’une dizaine, je vous laisse vous occuper du dîner, amicalement« . Nadine pense que c’est un peu gonflé vu qu’elle raque déjà pour le champagne, mais bon, on va pas faire d’histoires maintenant et elle tient à ce que toutes ses tatas mangent bien. De son côté tout est prêt, sauf la teue de Jérémie. Elle hésite entre un costard blanc ou quelque chose de plus sombre, de toutes les façons Jérémie, c’est le style italien qui lui convient le mieux…

– Belinda !! Belinda tu n’es pas concentrée ! Et combien de fois j’ai expliqué que dans la country la concentration était la base de base ? Hein ?
Franky laisse tomber ses bras contre son corps. Il a peur de n’être jamais prêt pour le show. Depuis qu’il a monté une troupe de country, c’est la première fois qu’on lui demande de se produire sur scène. Il ne connaît pas encore l’endroit mais ce sera dans un château, la dame lui a dit qu’il y aurait beaucoup de beau monde et que c’était un lieu où de nombreuses réceptions et autres animations se déroulaient. Il faut qu’il soit au top sinon on ne lui demandera jamais de revenir. Et si Belinda continue à faire la conne, elle va tous les planter. Belinda, de son vrai nom Sylvie Chiron, soupire. Elle a les larmes aux yeux, en plus elle crève de chaud, il faut dire qu’avec ses cent-vingt-huit kilos elle fournit beaucoup plus d’efforts que les autres.

– Si j’insiste les girls, c’est parce que Nashville n’est plus si loin. Alors, si un jour, vous voulez qu’on y soit tous – regarde-moi Belinda, c’est aussi pour toi que je parle- il va falloir vous montrer exigeant avec vous-mêmes. J’ai besoin de visibilité au niveau du vécu et d’investissement individuel. Black Son of the Summer disait « quand la santiag m’obeit c’est le Texas qui m’envie » OK ? On reprend : 4 et 4 et poids du corps à gauche… Yi ha ! Allez Belinda !

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Le chef d’œuvre ci-dessus c’est
d’Aurélie de La Pontais

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Rêves de soie, d’or et d’argent

Mardi 24 juin 2008

Amelia n’est plus la même femme. Elle se sent vivante et resplendissante. Elle est amoureuse de Renaud Fritard, elle en est sûre, elle le trouve beau, elle ne cesse de revivre ce baiser qu’elle lui a volé, baiser osé mais dont elle garde un souvenir ému. Il faut qu’elle revoit Renaud, à n’importe quel prix, dans l’anonymat le plus complet. Jeudi soir prochain, à l’heure où Nadine sera à son cours de fitness, elle le rejoindra à l’imprimerie en cachette mais cette fois, elle se débrouillera pour qu’ils soient seuls. Elle imagine des scènes d’une immense sensualité, avec ses dessous en soie noire que Renaud balancera sur les machines en hurlant I love you ! Il y aura de l’encre partout, ce sera totalement fou, immensément torride. Amelia rêve…

Mumu s’est installée à son bureau et, lentement, elle découpe un par un certains caractères des gros tîtres de son journal. Elle a bien réfléchi et si elle fait ça, c’est avant tout pour ne pas permettre que de telles abominations se reproduisent. Elle ne veut plus jamais voir ça. Ja-mais. C’est pour le bien de tout le monde qu’elle va se permettre de dénoncer l’attitude d’Amelia. Ce n’est pas une catin qui va faire la loi ici. Elle commence par la première ligne, elle colle les lettres de façon à ce qu’elles forment la phrase suivante : Nadine s’est tout. Salope va. Ce message est pour Amelia, ah ! Elle va lui gâcher sa joie, lui faire peur, c’est finie Amelia Leguoulle qui se permet tout et n’importe quoi, qui flambe dans son cabriolet. Ah ! J’avais l’air con avec mon collier de framboises et ben, à nous deux ma vieille. Mumu murmure même « elle est dead ». La seconde lettre est pour Nadine Fritard. Il est marqué sur un bout de carton : Renaud fait couler trop d’encre. Méfier-vous. Elle contemple son œuvre, retire ses gants de vaisselle qu’elle a mis pour ne pas laisser d’empreintes mais sous lesquels elle transpire, et entame l’adresse sur les enveloppes. Elle soupire et pense « ça ne me fait pas plaisir de faire ça, mais je suis o-bli-gée. » Elle est quand même fière de ses idées. Elle espère que dans quelques années elle pourra révéler que c’était Elle, l’auteur secrète des « lettres », Elle qui mit au grand jour les relations illicites d’Amelia Leguoulle, Elle : Muriel Riboulchon, femme d’action.

Alyette a rejoint Anne-Marie qui va mieux, à Brest. Elle l’aide du mieux qu’elle peut : Yvanrick est reparti en mer. Il fait beau et c’est bientôt la kermesse de l’école. Anne-Marie cette année est responsable en chef du stand de chamboulle-tout, elle est contente car c’est un poste que l’on n’accorde pas à n’importe qui. Elle cherche des bénévoles pour tenir le stand et tout le monde la fuit. Dès qu’elle voit un père qui dépose ses enfants, elle se rue sur lui en faisant claquer ses nus-pieds marrons, et elle propose ses horaires, des horaires pourries qui vous plombent une après-midi, on dit… 15h30-16h15, OK ? Vous êtes Monsieur ? Ah… Je note. Pendant qu’elle vaque à ses occupations bénévoles, Alyette torche ses petits enfants avec la douceur qu’on lui connaît, Alyette est une femme qui part du principe que ce ne sont pas les enfants qui font la loi, que les nouveaux-nés il faut les laisser brailler parce que ça leur fait les poumons, qu’ils comprennent ainsi qu’on n’est pas à leur disposition.

L’ambiance est plus tendue chez les Fritard. Armelle et Jérémie ont annoncé à Nadine qu’ils s’étaient fait renvoyés de La Gérardière comme des gueux. Nadine contemple ses cartons nacrés, les larmes aux yeux, elle se demande si le mariage, qui doit avoir lieu dans quinze jours, va se faire. Elle se mouche, elle pense à sa tenue qui est prête (elle a craqué pour un ensemble en mousseline parme), à ses cousines qui viennent de Savoie exprès parce que c’est dans un château, au spectacle de country (une surprise réservée pour Armelle qui aime bien cette musique). Plus elle y pense et plus ses yeux débordent. Renaud tente de la consoler, il propose même d’aller voir les Mouettes-là ou je sais plus quoi si on dit pas les premières lettres et on va causer. Mais la vérité c’est que le mariage de Jérémie, il s’en fout : il repense à Amelia. Pourtant c’est vrai, elle est complètement hystérique, elle lui fait même un peu peur, mais il doit reconnaître qu’elle est appétissante. Il n’arrive même plus à écouter Claire Chazal ou à se concentrer sur quelque chose, indéfiniment il revoit le décolleté en dentelle prune. Nadine demande à Jérémie et Armelle où ils comptent s’installer, parce que bon, ici, c’est pas vraiment une solution, hein ? Jérémie susure à Armelle qu’il faut absolument qu’elle négocie une partie des communs de La Gérardière pour pouvoir y construire un nid d’amour, après tout ils ont donné un héritier, il faut que justice soit rendue. Après il recevra ses copains, il s’imagine les accueillant pour un dîner aux chandelles à l’intérieur de l’Orangerie, on l’appellera Monsieur le Comte, il leur expliquera l’histoire du château tandis que Guirec traversera au grand galop ses terres. Il lui faudrait la même chevalière que Gérard… il fera de longues tirades qu’il terminera par Rigoletus verrum. Et un jour, un jour tout à fait ordinaire pendant lequel Alyette aura décidé de faire ses confitures, il s’approchera doucement derrière elle et il lui enfoncera la tronche dans sa bassine de fraises bouillantes, il appuiera de toutes ses forces en la maintenant par le cou jusqu’à ce qu’elle crève, on fera croire à un accident. Il enfermera Gérard dans une maison de viocs, et enfin, enfin il pourra jouir de son domaine, lui, Jérémie Fritard petit-fils du berger René Fritard, avocat et maître des lieux.

 

 

Passion sous les platanes, fureur à la Gérardière

Vendredi 20 juin 2008

Amelia et Renaud hésitèrent un peu avant de choisir un petit troquet à l’ombre des platanes. Renaud demanda deux coupes de champagne alors qu’il rêvait d’une bière fraîche, Amelia trouva qu’il aurait pu carrément commander une bouteille entière. Elle le remercia pour ses cartons, il lui rétorqua que sa soirée était très réussie, la preuve c’est que Nadine avait mal aux pieds tellement qu’elle avait dansé. « Mouais, je me suis demandée si ce fourreau rose m’allait réellement bien… » dit Amelia en posant un doigt au coin de ses lèvres et en recentrant le sujet de la conversation sur sa personne (elle songeait : tu vas voir que ce couillon va me parler de sa femme…). Elle fit un petit Hum, en secouant ses cheveux et en laissant apercevoir un quart de son décolleté en dentelle. Elle attendit longtemps avant que Renaud réponde que si, c’était pas mal, moi j’aime bien quand ça colle les formes. Elle s’étouffa en avalant une gorgée de champagne et rétorqua ben, dis-donc, dis tout de suite que je suis grosse ! Renaud sourit, il était visiblement assez mal à l’aise. Alors, Amelia, pour détendre l’atmosphère, fit tomber son escarpin et, comme elle l’avait déjà vu dans un film d’amour américain, commença à chatouiller le mollet de Renaud Fritard avec son gros orteil. Mais Renaud, qui n’était pas habitué à ce genre de geste, sursauta avant de jeter un regard furibond sous la table. Amelia, qui avait pourtant répété cette scène trente fois chez elle seule en face d’un guéridon, remit rapidement sa chaussure en rougissant. Puis Renaud regarda sa montre, dit bon, ben… c’est pas tout… mais y a foot ce soir… « Quel dommage, si vite… » répondit Amelia en battant des cils. Renaud lui prit la main avec un large sourire et la regarda tendrement. « Allons marcher, supplia Amelia, cinq minutes seulement… ». Elle ressemblait à une aquarelle de Marie Laurencin. Renaud qui avait l’âme d’un prince régla l’addition et en sortant, il aperçut sa muse qui l’appelait, assise sur un banc. Il la rejoint et à peine s’était-il assis qu’elle se jeta sur lui et posa ses lèvres sur les siennes ; il avait du mal à respirer, il répondit dans un premier temps à ce baiser avant de repousser comme il pouvait son assaillante. Arrête, Amelia, lui demanda-t-il gentiment, arrête, il ne faut pas. Alors cette dernière le regarda les yeux plein de larmes, se leva et prit le chemin de sa voiture. Renaud s’essuya la bouche encore surpris et resta assis, il trouvait le comportement d’Amelia complètement hystérique. Il ne fit même pas attention à la femme pleine d’aiguilles de pin, qui venait de sortir en tombant d’une haie à quelques mètres de lui, et qui dans un grand Crac ! déchira sa chemise en liberty bleue.

Dès qu’elle sut qu’elle n’était plus dans son champs de vision, Amelia se mit à trotter sur ses escarpins qui lui cisaillaient les doigts de pied. Bientôt, assise au volant, elle se prit la tête entre les mains et respira un grand coup. Elle murmura ça y est ! Ça y est j’ai un amant ! Je fais maintenant partie de ces femmes qui connaissent l’adultère ! Elle se sentait l’âme d’une tigresse, la prochaine fois qu’elle le verrait ce serait dans un hôtel, c’était sûr. Il était fou d’elle ! Elle était folle de lui ! Mais leur amour était… elle renifla, impossible… Elle regarda à droite, à gauche, et incognito, partie rejoindre les siens, avec son secret.

Rien n’avait échappé à Mumu. Elle s’était dépêchée de déposer son fils chez elle, avant de repartir en exploration dans le quartier en chantonnant « C’est là qui va là… Inspecteur Muriel, c’est là qui va là Hou hou ! ». Cachée dans une haie de sapins, elle avait suivi toute la scène en jubilant. Quand ils avaient commencé à s’embrasser, elle avait posé une main sur sa bouche pour étouffer un cri, et attrapé sa médaille avec vigueur pour se protéger de toute cette indécence. Personne ne vit le sourire de Mumu après ce moment-là : c’était celui de la vengeance, avec un grand V.

À La Gérardière, Alyette préparait son sac pour aller à Brest : Anne-marie était victime d’une thrombose hémorroïdaire qui la clouait au bidet. Sa mère arrivait en renfort, Yvanrick était débordé et ses enfants bouffaient du petit pois et de la sardine en boîte depuis maintenant cinq jours. Et le pompom c’était Servane-Colombe qui miaulait depuis une semaine pour aller à l’anniversaire d’Alizée au Mac Do, une petite copine gratinée du CP, qui se plantait devant vous à la sortie des classes avec des « Banjjjjjjjour! » en bombant le torse, drapée dans un sweet-shirt Barbie pailleté. « Ah ! Ça c’est NON ! » avait décrété Anne-Marie en découvrant le carton d’anniversaire, et tous les soirs Yvanrick essayait d’expliquer à sa fille en larme, que les parents d’Alizée n’aimait pas Jésus comme nous ma chérie.
Gérard avait viré définitivement Armelle après le pique-nique familial. Un peu éméché et dès que les derniers cousins furent partis, il était monté dans la chambre de sa cadette. Il avait tout jeté par la fenêtre. « Allez ! Tire-toi ! Tire-toi maintenant ! » lui avait-il hurlé de la chambre aux mésanges. Il n’avait gardé que les meubles, même Boudha s’était envolé manquant de tuer Guyonne qui tentait de s’interposer. Elle avait poussé un rugissement, avant de plonger dans les hortensias, laissant Edwige en larmes assister au spectacle depuis le perron. Armelle avait rejoint sans un mot Jérémie dans la Mercedes que Nadine et Renaud leur avait prêtée et était partie, laissant La Gérardière à feu et à sang. Cependant le lendemain et après une longue discussion autour d’une tisane posée sur une pile de Famille Chrétienne, ils décidèrent de continuer leur combat. Il fallait qu’Armelle et Jérémie se marient, et dans la foulée que Guirec soit baptisé. Pour la paix et le bonheur de tous.

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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La revanche de Muriel Riboulchon

Dimanche 15 juin 2008

Mumu, qui n’avait pas beaucoup d’amies, s’était soudain vue devenir la confidente d’Amelia Leguoulle. Son heure de gloire avait alors sonné, on l’enviait quand elle disait « j’ai aidé Amelia à faire ses cartons pour la soirée rose » et elle frimait avec des phrases comme « Amelia n’avait pas le moral hier soir alors on s’est fait un japonais ». Mumu était devenue quelqu’un. Mumu faisait partie de ces gens en mal d’amour qui s’installent soudain dans votre vie et dont vous ne savez plus vous débarrasser. Alors qu’Amelia lui avait dit un jour « passe mardi pour me dire ce que tu penses de la couleur de mes rideaux », Mumu venait désormais tous les mardis. Elle arrivait en début d’après-midi et restait pendant des heures, persuadée d’être indispensable. Un peu intimidée au début, elle avait rapidement pris ses aises et alors qu’Amelia lui avait demandé son avis par pure gentillesse (parce que l’avis de Muriel Riboulchon tout le monde s’en foutait), Mumu se permettait maintenant un tas de remarques comme « à ta place j’aurais plutôt mis la lampe verte dans le salon » ou encore « tu n’as pas peur que ton fils devienne débile devant ses jeux video ? » (alors que les enfants de Mumu étaient laids et demeurés). Je ne sais pas si vous voyez de quelle situation je veux vous parler mais vous êtes chanceux si vous n’avez jamais croisé ce genre de personnage. Parce que vous payez cher la pitié que vous leur avez octroyée, cette « pitié dangereuse » dont parlait Zweig. Amelia, qui trouvait que Mumu était une gentille fille dont elle pourrait profiter en échange de son interêt si recherché dans la bonne société, avait laissé Muriel Riboulchon envahir sa vie et cette dernière s’y était installée avec force et passion, prenant son rôle à cœur. Elle disait à Amelia « tu es une sœur pour moi » et Amelia pensait tout bas que des sœurs elle en avait déjà, merci beaucoup pauvre conne. Amelia ne supportait plus tout cela, et la dernière fois que Mumu s’était fait un café en disant que les tapis elle les trouvait un peu flashy-flashy à son goût, Amelia s’était fait violence pour ne pas lui tordre le cou (d’autant que chez Mumu c’était à dégueuler, Mumu n’ayant aucun goût ni aucune imagination). Elle se voyait même parfois dans l’obligation de rendre des comptes à Mumu, qui l’appelait à toute heure pour lui demander où elle était ou pour lui faire des reproches comme « tu aurais pu me prévenir que tu partais vendredi à Paris… ».

Muriel n’avais jamais digéré la méchanceté d’Amelia lors de sa soirée rose, et ses moments de bonheur aux côté de cette dernière s’étaient achevés brutalement. Indéfiniment elle revoyait l’horrible sourire et le regard cruel de son amie lui disant « tu sais que t’as vraiment l’air con Mumu », elle en faisait des cauchemars la nuit. Elle qui l’avait soutenue, elle qui l’avait conseillée et même aidée à choisir sa tenue, elle qui avait toujours été là… Mumu ne se remettait pas de s’être faite ainsi humilier devant tout le monde par sa meilleure amie : Amelia Leguoulle lui avait planté un couteau dans le dos… Alors le soir où elle vit Amelia sauter au cou de Renaud elle se dit qu’elle tenait sans doute sa vengeance. Un plat qui se mange froid, comme le chantait Lio autrefois.

Car la patience d’Amelia finit par triompher. Après des heures d’attente elle sauta sur Renaud dès qu’il fut sorti de son imprimerie. Il donnait un dernier tour de clés lorsqu’il vit Amelia débouler à l’angle de la rue. Elle était pendue à son portable et ne semblait pas le voir quand elle s’immobilisa feignant la surprise. Elle lança un « je te quitte, ma chérie, bye ! », raccrocha et dit ça alors, Renaud qu’est-ce que tu fais là ? Renaud lui répondit en fronçant les sourcils « Bah ! c’est là que je travaille enfin ! Tu es pourtant déjà venue ! » Amelia rosit et mit sa main sur le front en disant « Oh ! Que je suis sotte ». Renaud l’embrassa, Amelia sentit son odeur contre elle, elle le regarda, il la regarda, il dit ok ok ! bon ben moi je vais y aller… à moins que… « Soyons fous ! lança Amelia, si on allait rapidement boire une petite coupe de champagne ? ». Renaud resta sans voix, il songea que Nadine était à son cours de fitness et devant le décolleté terrible d’Amelia il fondit. Alors celle-ci eut un geste tendre : elle le prit par le bras, et minaudant, elle murmura « oh… c’est super… ». Quand Muriel Riboulchon, qui revenait du solfège de son cadet, arrêtée au feu, vit cela, elle sentit qu’elle allait à son tour, briser la vie et les rêves d’Amelia Leguoulle. Des rêves amelia en avait : sa nuit commençait à peine…

Je sais le suspense est intolérable. Amelia couchera-t-elle avec Renaud ? Mumu va-t-elle filmer leurs ébats avec une camera dissimulée sous sa médaille ? Nadine va-t-elle rentrer plus tôt de son cours de fitness car elle a perdu son peigne ? La suite bientôt…

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Illustration encore une fois MAGNIFIQUE d’Aurélie de La Pontais
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L’adoubement de Tancrède Pignon de Kermouette

Dimanche 8 juin 2008

« Pfffff… je commence à en avoir ras-le bol « soupire Edwige. Elle lève les yeux au ciel et tape du pied quand sa mère, Alyette, lui demande pour la millième fois un ultime petit service : ramener les piémontaises qui sont dans le frigidaire et du pain, surtout n’oublie pas le pain, tiens Christian ! Tu connais ma dernière ? Edwige, ma petite fée du logis, doublée d’un talent de rossignol !

La messe a eu lieu dans la chapelle de La Gérardière, célébrée par un prêtre cousin des Kermouette, animée par Guyonne qui s’éclate dans la gestuelle et fait sursauter ses doigts à chaque syllabe chantée (ce qu’elle préfère c’est arrêter la chanson par un geste franc horizontal et la main en équerre), accompagnée par Edwige à la flutte : on ne change pas une équipe qui gagne. Les Pignon de Kermouette sont au grand complet, on en compte une bonne centaine. Les enfants courent partout, arrêtés parfois dans leur élan par une main de fer, Guyonne en général, qui leur saisit le haut du bras et dit d’une voix ferme « Tiens, viens-là toi, tu es qui déjà ? Elisabeth ? Ah ! Tu es la fille d’Yves et Sybille ! Je suis ta tante Guyonne ! ». Elle fait chier tous les petits, fait « Ttttttttt » en secouant l’index droit dès qu’il y en a un qui grimpe à un sapin, chez les vieilles filles, donner les leçons aux enfants des autres, c’est souvent une vocation. Et Guyonne, habituée à torturer des classes entières de petites filles à Neuilly-sur-Seine, veut montrer qu’elle sait se faire obéir : c’est en général la raison de vivre des boudins opprimées dans leur enfance. Alyette, est de temps en temps obligée d’expirer par la bouche tant elle a à faire, quelques gouttes de sueur perlent sur sa moustache, d’un œil elle scrute les environs pour vérifier que personne ne manque de rien, et de l’autre elle surveille le débit de boisson de Gérard qui gère les cubis de vin rouge. Il a déjà le regard un peu vitreux et son sourire enivré laisse apparaître ses vieilles couronnes, sa chemise blanche à manches courtes est maculée de tâches de vin. De loin Alyette lui fait des signes agacés et il pousse du coude son cousin en disant « Regarde y a la chef qui n’est pas contente ! ». Toutes les dames sont sur leur 31, elles ont sorti leur passementerie, des colliers fantaisistes bleus et jaunes jusqu’au clips des oreilles dorés, le tout accompagné d’une progéniture en robes à smoke et culottes courtes que Guyonne se charge de mâter. « On a eu de la chance pour le temps ! »dit Sybille, et une autre d’ajouter « Dis-moi, Alyette, je te félicite ! Il paraît qu’Anne-Marie a eu son quatrième ! » , cette dernière sourit aimablement, dit qu’elle est ravie, cette enfant est un enchantement, avant de se figer sur place : Armelle arrive avec Jérémie et Guirec, elle qui était censée passer la journée chez les Fritard.

Il est trop tard pour intervenir. Alyette se sent couvrir de honte, Pipou fronce les sourcils en voyant sa nièce arriver, Tante Sabine donne un coup de coude à Bérangère en se raclant la gorge, Guyonne les bras croisés se roule les poils des bras, Gérard reprend ses esprits en murmurant « et merde… » et Armelle, souriante s’approche pour présenter son fils et son fiancé. C’est Jérémie qui a insisté pour venir, il veut montrer que bientôt lui aussi fera partie de cette lignée de chevaliers bretons et que son fils, Guirec Fritard, a du sang Kermouette qui lui coule dans les veines. Très fier, il serre les mains, bonjour ! Messieurs-Dames… Jérémie ! le copain ! On lui sourit gentiment avec des petits « ah…! très bien ! ». Il continue sa tournée, parfois il se tourne vers Armelle, Attention ! Guigui a perdu sa totoche ! Enchanté ! Sa mère lui a conseillé d’opter pour une tenue élégante, il a donc le torse moulé dans une chemise en soie prune et ses cheveux gominés sont plaqués en arrière. À son passage il collecte quelques sourires forcés, des regards en biais et des demi poignées de main froides. On s’interroge du regard, tu étais au courant qu’Armelle avait eu un fils, toi ? Moi non plus, rhoo, c’est fou quand même. Elle devait se marier dans un mois, non ? Pauvre Alyette… Pourquoi ne nous a-t-elle rien dit ?
Alyette est murée dans son silence, elle serre les dents et profitant d’un moment où sa fille est un peu isolée du groupe elle la prie de rentrer maintenant, que le spectacle a assez duré et qu’il est temps d’apprendre un peu les manières à son fiancé. Et pourtant c’est tout ce qu’il restera de ce pique-nique dans la mémoire familiale : cet épisode tragique alimentera les conversations encore longtemps et aura fait la satisfaction de tous les vautours avides de sensations fortes.

Pendant ce temps, dissimulée sous de grosses lunettes, Amelia passe et repasse devant l’imprimerie Fritard. Parfois elle ralentit, à d’autres moment elle accélère ou se cache derrière une voiture, il faut qu’elle voit Renaud. Quand elle aperçoit son profil elle frémit, se baisse rapidement comme si elle avait fait tomber quelque chose, vérifie la tenue de son rimel dans un rétroviseur… se ronge le pouce… il faut qu’elle lui parle. Deux heures déjà qu’elle poiraute, elle n’a plus qu’à attendre la fermeture.

– Drame chez les Kermouette / 14

Mardi 3 juin 2008

Amelia a décidé de jouer finement. Son cœur bat la chamade quand elle appelle l’Imprimerie Fritard; quelques secondes plus tard Renaud en personne répond. Amelia est d’une gaité sans nom au téléphone, elle ricane, elle remercie Renaud pour les invitations « magnifiques » qu’il a réalisées, elle insiste « si, sublimes, really, sans ton aide ça n’aurait pas été pareil… ». Renaud est ravi, il lui dit de toutes les façons on se verra au mariage de Jérémie, non ? Mais certainement… si tu m’invites… lance timidement Amelia. « Oh ! Sans Amelia pas de fiesta ! » répond Renaud, hyper fier de son envolée lyrique totalement improvisée, Amelia éclate de rire, elle renverse la tête en arrière se regarde dans le miroir de l’entrée : elle est rouge pivoine mais ses yeux sont ceux d’une lionne, elle se trouve sublimissime. Avant de raccrocher, elle joue les énigmatiques, elle tente un « Renaud… je… non, rien. « À bientôt » répond simplement Renaud. Amelia a chaud, elle saute de joie : elle sent que Renaud Fritard est loin d’être insensible à son charme. Renaud de son côté a raccroché en faisant « pschhchhttttt… quelle excitée celle-là ! », et en repensant au fourreau glissant il a un peu le vertige. Le soir au dîner, il demande à sa femme si on invite les Leguoulle ou quoi au mariage à Jérémie ? Les Guoulle !! Et comment !! Après la soirée qu’on a eue, impossible de faire autrement ! Amelia se dit qu’elle ne doit parler à personne de cette petite aventure sentimentale. PER-SONNE tu m’entends ! dit-elle en pointant du doigt son visage dans le miroir. Et si… Et si…? Et jamais il se passait quelque chose, entre Renaud et elle ? Si il se passait quelque chose il faut que sa lingerie soit à la hauteur de l’événement…D’un geste elle ébouriffe sa chevelure en murmurant « Amelia la sulfureuse… ». Elle pense à un ensemble en soie mauve et dentelle prune aperçu en vitrine avant-hier, quelque chose qui pourrait évoquer la sensualité sans trop en dire… Ouais… Elle va y réfléchir…

Alyette se concentre sur la réalisation de son déjeuner de famille. Avec un vieux bic dont l’encre coule mal, elle écrit sur un bout de carton tout ce qu’il faut encore qu’elle fasse. Taboulé, salades diverses, chips pour les enfants, papier toilette. Gérard demande s’il peut faire quelque chose, Alyette lui dit que s’il pouvait se taire d’abord ça l’aiderait, quand le téléphone sonne. C’est Marguerite-Marie qui veut savoir pourquoi Alyette n’était pas là samedi. Alyette explique qu’elle a beaucoup à faire en ce moment et que franchement, aller boire du champagne dans un lotissement de luxe et faire la conversation aux gynecologues du coin, ça ne la tente pas, mais pas du tout. Son amie lui dit qu’effectivement c’était plutôt « fric, fric » comme soirée et qu’Amelia a quasiment finie à poil. Rhôôôô fait Alyette, c’est pas possible. Ah ! si ! la poitrine dénudée devant Renaud Fritard. Oh ! Impensable crie Alyette. Très choquant, répond Marguerite-Marie, très, très choquant. Bon, il faut que je te laisse j’ai à faire, conclue Alyette en s’essuyant les doigts plein d’échalote sur son tablier, je t’embrasse et de toutes les façons on se voit au chapelet vendredi matin.

À Brest, Blandine-Alix est née. À 10h42. Yvanrick prend des photos de sa femme dans son lit et bien qu’elle soit livide dans une chemise de nuit jaune pâle, elle sourit, la raie au milieu et les yeux cernés, entourée de tous ses enfants. Gloire à Dieu pour cette enfant ! c’est le message qu’envoie Yvanrick dans l’après-midi sur Internet à tous les proches des Rotrenfion, avec une photo des enfants souriant autour du lit de leur mère. Il a appelé sa belle-mère à l’heure du déjeuner, lui soumettant l’idée de venir passer deux ou trois jours à Brest afin de l’aider à gérer le quotidien. Alyette est embêtée, elle a sur les bras un déjeuner familial et un mariage… À peine a-t-elle prononcé ses mots qu’Armelle se pointe devant elle en grimaçant de douleur suivi d’Edwige qui hurle : « Armelle a perdu les eaux ! Armelle a perdu les eaux ! ». Alyette, totalement paniquée raccroche au nez de son gendre en vociférant « GÉRARD !!!!!!! GÉRARD !!!! LA VOITURE !!! ». Armelle tend son portable à sa sœur et lui demande d’appeler au plus vite Jérémie. Alyette répond qu’on va se débrouiller sans lui, monte dans la voiture et toi Gérard ! Mais démarre donc qu’est-ce que tu attends ! Gérard regarde hébété sa femme et dit ben je croyais qu’il était pour le mois d’août cet enfant, Armelle murmure qu’elle est assez surprise qu’elle ne comprend pas… Alyette pince les lèvres.

Le prématuré pèsera 3 kilos et 300 grammes. Jérémie est assez ému, Nadine arrive en trombe à la clinique, se penche au dessus du berceau, elle pose une main sur sa bouche, ses yeux sont brillants, elle dit en reniflant qu’est-ce que je suis contente d’être mamie ! Qu’est-ce qu’il est beau comme gosse ! Et puis elle se penche et elle gueule « c’est Mamie ! Chéri ? c’est Mamie qui te parle ! ». Alyette trouve qu’il est finalement assez vilain, elle pense tout bas que c’est rigolo comme dès la naissance on reconnaît les ploucs aux autres. Elle entend Jérémie qui raconte par le menu détail l’accouchement, de la péridurale à l’épisiotomie. Elle demande pourquoi on a foutu ce tas de peluches fluos tellement laides dans le chariot, Nadine répond que c’est un cadeau, qu’elle pensait que ça ferait plaisir à Armelle. Ah ! dit juste Alyette. Gérard est resté près de la machine à café, il trouve que Guirec c’est pas trop moche comme prénom. Alyette lui dit en secouant la tête « Oh ! Quand même ! Guirec c’est épouvantable ! ». Ce à quoi Gérard répond que Guirec ça va, du moment que y a pas Tom comme nom de famille. Alyette lui dit mon cher, vous êtes tordant, et, le dos vouté, elle quitte la clinique.

 

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Illustration d’Aurélie de La Pontais
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