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Archive pour décembre 2007

Un Noël bien comme il faut…

Vendredi 21 décembre 2007

Tout va super bien commencer. On va tous se retrouver, arriver les uns après les autres dans un froid de gueux, les coffres dégueulant de paquets cadeaux, des valises pleines à craquer de doudous et de doliprane. Un peu comme dans un film américain, avec une sacrée couche de bonne humeur et « de la soupe au sourire ! » comme dirait Marie-Bru. Le 23 est le jour le mieux, on se dit qu’il reste un petit créneau demain pour trouver le seul cadeau manquant, l’introuvable, pour celui qui dit « j’ai besoin de rien » quand on lui demande « s’il aurait pas une petite idée ? ». Le 24 les dégats commencent parce que la tension monte. Y a toujours une nana affolée (ma sœur en général) pour demander à tout le monde « qui a du scotch ? t’as pas du scotch par hasard ??!! Y a pas de scotch dans cette maison de merde ?!? », toujours un affreux (souvent un des miens) pour tripoter la crèche et décapiter Joseph, et surtout, surtout, toujours cette bonne vieille dinde qui attend sa crémation, nue, l’œil mi-clos et le cul plein de marrons, a-t-elle vraiment mérité un tel destin ? La tension monte, l’humeur des travailleuses en cuisine se désagrège, elles commençent à souffler en regardant de travers ceux qui lisent des BD au coin du feu. Les enfants s’excitent, c’est au tour du berger de perdre un bras, on les collent dehors avec leur cagoule ils reviennent dans la minute en miaulant qu’ils ont froid, faim et soif, des vrais romanos. Le départ à la messe de Minuit est une étape importante. Les uns attendent les autres, exaspérés et les autres demandent aux uns si « le soir de Noël, c’est possible d’être gentil ??? ». À la messe on pensera à Ingrid Bétancourt et on écoutera le prêtre dire que Noël c’est pas QUE les cadeaux. N’empêche que le moment fatidique arrive : l’ouverture des cadeaux (Attention ! je ne dis pas que Noël c’est QUE les cadeaux). Un mois de course effrénée à la conquête de la meilleure idée, des heures de queue pour faire emballer les cadeaux (et engraisser les associations diverses et variées par la même occasion), des trésors d’ingénuosité pour trouver des planques différentes et accessoirement TOUT votre treizième mois qui est passé là-dedans (Ohhhh… on n’avait dit qu’on parlait pas d’argent…!), tout cela pour ce moment unique, ce moment où Jésus décida de venir nous sauver du Mal et de nous offrir deux semaines sans conduites et sans devoirs le soir.

Amis du blog, je vous souhaite un Joyeux Noël, un peignoir brodé et le dernier Goncourt (super naz). Si vous n’avez pas d’idée foncez acheter le volume 1 de Millénium ou Le rapport de Brodeck, deux livres formidables. Je vous aime, I love you, Ichlibedich. Et souvenez-vous : Noël c’est pas QUE les cadeaux c’est aussi l’apéro !

LA VENTE PRIVÉE DE BRIGITTE

Mardi 11 décembre 2007

J’avais juré de ne plus y mettre un orteil, mais Marie-Bru m’a saisie au pied du lit sur le parking de l’école « Tu viens avec nous ? On va toutes à la vente de Brigitte, allez, quoi ! Viens ! ». Dans un moment de solitude j’ai accepté, après tout je n’ai rien de prévu de spécial ce matin et je n’ai parlé à personne depuis cinquante-quatre jours. Pourquoi pas ? Nous y allons toutes à pied, moi avec mon dernier et elles avec leur armée de papes : Benoît, Calixte, Sixte et Clément. À peine arrivée, je le regrette. Deux mouflets empestent la merde, et dans le salon de Brigitte, toutes ses copines exposent leurs saloperies. Le premier petit stand est animé par une copine de Brigitte qui peint des aquarelles d’hortensias. Hormis le sujet un peu cul-cul, il va de soit que la copine n’a aucun talent, les hortensias sont misérablement fades et plats. Je passe au second stand : des cadeaux personnalisés. La belle-sœur de Brigitte peint sur porcelaine, elle écrit le prénom de vos enfants avec le dessin d’un petit camion par exemple. À peine ai-je manifesté une pointe d’interêt en me penchant sur un bol, qu’elle se jette sur ses créations pour en expliquer le principe : « enfin, je peux aussi faire un tas d’autres motifs », dit-elle avec l’air d’une artiste ayant inventé de nouvelles conventions picturales. Le troisième stand est celui de la dernière chance, il va bien falloir raquer à un moment… c’est impossible de repartir les mains vides, cela voudrait dire que … vous trouvez… tout… moche ??? Ou encore que vous avez des oursins dans les poches ??! Le troisième stand est donc celui de la broderie « sac à goûter », « sac à linge », « sac à chaussettes » ou encore « sac à culottes ». Et à côté une pile de cartons d’invitations pour la vente de demain « Pif et Paf, nouvelle collection de jouets en bois, vente exclusive de Noël », et tandis que je lis le tître, une bonne âme me glisse à l’oreille « c’est une veuve atteinte de la phytokanlose qui organise cette vente, tu ne vois pas qui c’est ? Son fils s’est fait opérer l’année dernière des orteils, il ne lui en reste que sept… ». Je regarde mon petit garçon, j’ai tellement de chance…Et puis… c’est bientôt Noël. Alors je craque pour un sac à pinces à linge, sous l’œil bienveillant de la bonne âme qui refait d’un geste sûr le nœud de son foulard en soie, avec un grand sourire doublé d’un hochement de tête qui signifie « Vous avez raison… on a toujours besoin d’un petit sac à pinces ! ». Et voilà comment j’ai déchiré vingt-deux euros en trois minutes : du racket organisé…

RAS LE CUL DE FESSE BOUK

Jeudi 6 décembre 2007

Bon. OK, comme tout le monde j’ai adoré Face Book. J’ai retrouvé des vieux potes, des copines de CM2 et surtout quelques ex. Juste le temps de voir que Laurent Penchu a grossi, qu’il est chauve et que sa portée est vilaine. Que la femme de Julien Perrin s’est prit vingt-sept kilos dans le kiki depuis la naissance des jumelles. Juste le temps de retrouver Boris, de tenter un « tu te souviens de moi ? » et de recevoir un « comment aurais-je pu t’oublier ? » qui aura embelli ma soirée. Pendant ce temps Chéri hurle « Encore sur Face Book !!?? » ce à quoi je réponds en rougissant « heu… non, non, j’échange des recettes de cuisine avec des copines ». Le temps aussi de recevoir un gros vent après avoir poké Karl, pour qui on en pinçait toutes en prépa, qui m’a répondu « Ki è tu ? ». J’ai dû mettre une après-midi pour trouver une photo adequat : un peu floue (pour cacher les rides), un peu mystérieuse, évidement avantageuse (pour qu’ils se disent tous « OUAHH ! comme elle est bèèèèlllle !! »). J’ai poké la Terre entière, j’ai envoyé des petits messages « hou ! hou ! qu’est-ce que tu fous là ? », comme la moyenne des abonnés j’ai bien dû passer deux cents bonnes heures sur Face Book. J’ai menti quand Patricia Péteau m’a demandé ce que je faisais dans la vie, elle m’écrit qu’elle est trader à NY, je réponds que je continue la plongée sous-marine. J’ai maté les copains des copains, les clichés des nanas en maillot de bain (jamais les boudins) au bord d’une piscine, avec un petit commentaire anodin : Ibiza, juillet 2007. Les photos de famille des jeunes pères, ambiance « j’adore mes enfants », les photos ultra osées (à la clinique, trois heures après la délivrance, en pleine tétée), les photos des artistes (une vue sur la mer à travers le rouleau de PQ) et les photos des copains de mon frère (on est tous bourrés au réveillon de Cerise, regardez comme on s’éclate !). J’ai adhéré à tous les groupes « pour l’éradication complète des connasses » jusqu’à « j’ai tata Yoyo toute la journée dans la tête« , je passais tellement de temps sur Face Book que mes proches m’envoyaient leur message du jour « je passe prendre un café OK ? » ou « Maman te demande si tu veux le dernier Goncourt pour Christmas ».

Petit à petit Raymunda Sanchez a commencé à me gonfler avec ses attaques Vampires. D’accord, elle faisait tous mes exercices de maths-physique-chimie en seconde, mais c’est pas une raison pour inonder ma boîte de mails. Une fois que j’ai réuni mes 112 anciens meilleurs amis de la maternelle jusqu’à mes cinq années après le bac, avec en prime la sœur de l’ex de ma voisine et l’ex de la meilleure amie de ma sœur, j’étais bien contente. Demain, à défaut de me defenestrer je vais me defacebooker.

UNE VOCATION DE SERPILLÈRE

Jeudi 6 décembre 2007

Hier, mercredi 5 décembre. Temps ignoble, ciel saturé de nuages noirs. À midi le dernier de mes fils m’a balancé le montant d’une chaise dans l’œil droit : j’ai failli tomber de douleur, j’ai pleuré accroupie dans ma cuisine, j’ai un œil au beurre noir. À dix-huit heures, il faisait nuit mais la pluie avait enfin cessé, nous avons décidé d’une petite virée à la boulangerie avec les enfants, j’ai perdu l’ainé en vélo. Une demi-heure : la pire de ma vie. Une fourgonnette de flics m’a aidée à le retrouver, j’ai imaginé le pire, j’ai cru ne jamais le revoir. Quand j’ai composé le 17 ils sont arrivés dans la minute, quand j’ai composé le numéro de mon mari il a mit une petite heure avant d’arriver, il avait eu le temps d’acheter du pain frais et de passer au pressing avant de conclure qu’il « n’était pas du tout inquiet »… Je suis rentrée chez moi, trempée, vidée, avec mon mascara qui avait coulé sur mon œil violacé, j’aurai pu faire une pub pour « tu t’es vue quand t’as bu ? ». En me regardant dans la glace j’ai vu le sosie d’une serpillère. La dernière fois que j’ai eu cette impression c’était à la clinique, à la naissance du troisième. Tôt le second jour, l’anasthésite frappe à ma porte et rentre. Frais, la mèche gominé, parfumé, assez mignon, il me sourit et demande « Alors ? Comment ça va aujourd’hui ? ». Cela fait ving-quatre heures que je n’ai pas prit de douche, que je n’ai rien avalé, je suis perfusée à droite et à gauche, sondée et mon ventre a été reprisé de part et d’autre. Je végète dans une chemise de nuit jaune pâle que Maman m’a achetée pour « me donner bonne mine », le cheveu collé au front et la cuisse molle, je le regarde les yeux vitreux, j’ai envie de lui dire « je suis beaucoup mieux que ça d’habitude » ce qui serait ridicule et vraiment déplacé. J’ai vaguement sourit, je ne ressemblais à rien d’autre qu’une serpillère qu’on aurait poussée du pied dans un coin et qui dégoûterait un peu tout le monde.

Dans cette barraque, qui essuie les miettes, les pipis, les pleurs, les clémentines écrasées sur le parquet ? C’est moi. Qui essuie les bêtises des enfants et les remarques qui s’en suivent, les tempêtes et les échecs en mathématiques, les plâtres et la vaisselle, le verre d’Orangina et le bol de chocolat ? Qui est-ce qu’on essore, qui est-ce qu’on piétine ? C’est moi. La serpillère, ultra absorbante. C’est une vocation.

COMMENT JE ME SUIS FAITE DÉGAGER DE LA NOUVELLE STAR EN 8 SECONDES

Dimanche 2 décembre 2007

1• J’y étais. I did it !

Et je suis très déçue. Assez déçue de ne rien pouvoir vous raconter, car en cinq heures là-bas, il ne s’est malheureusement rien passé de terrible !

Mon aventure a commencé la veille. Nous sommes partis à Nantes dans la soirée, j’ai dit aux enfants « c’est un projet familial », ceux à quoi mes trois fils m’ont répondu « un pour tous, tous pour une ». Après une nuit idéale sur le canapé des cousins, réveillée à une heure par l’ainé, à deux heures par les ronflements du mari, à trois heures par le cadet, de quatre à cinq par le dernier, je me suis levée à 6h45, habillée et pommadée (un échantillon crème embellissante et destressante offert par Marionnaud). Mon cœur bat à 130 quand mon mari me dépose devant la file d’attente à 7h32 : il y a déjà une queue de trois cent mètres. Il fait froid. Très vite, je copine avec trois filles derrière moi, une va chanter, les deux autres l’accompagnent. Devant moi une brestoise, venue avec sa mère et sa sœur, levées à trois heures dans la nuit, elle repasse le casting pour la quatrième fois. À ma gauche une morlaisienne, dans un imper argentée et la frange gominée. Plus loin un groupe qui fait beaucoup de bruit (c’est à babord qu’on gueueueueule, qu’on gueueueueule !), la tata, le tonton, la marraine, le frère, le beau-père et la star : Jessica, dont la coiffure et le maquillage laissent penser que y a du proffessionnalisme dans l’air… Déjà une heure de queue et trois mètres de parcourus, quand les caméras approchent. Elles filment cette file d’attente qui n’est que fictive puisque chaque candidat est accompagné d’une ou plusieurs personnes. Pour l’animation deux ou trois poufiasses, avec des airs de vraies garces, font diversion en interrogeant les candidats d’une voix rauque « kes tu chantes toi ? » « t’as prévu aut’chose ? » « faut vous préparer les filles, parce que là-bas ils sont très, très durs… » annoncent-elles sévèrement en mâchant leur chewing-gum, lèvres glossées, mèches colorées et style « j’ai du métier à la télé ». Elles dissimulent en fait des petits micros et évaluent, sans qu’on sans aperçoive notre niveau. C’est quand la brestoise s’est mise à chanter que j’ai su que c’était mort pour moi : une voix magnifique, qui me fait réaliser que je ne lui arrive pas à la cheville. D’autres voix s’élèvent, belles et profondes, faisant taire la file d’attente et comprendre aux autres qu’elles n’ont pas le niveau nécessaire. Et puis une rumeur : aujourd’hui ce ne sont que des auditions, les meilleurs reviendront demain avec le VRAI jury. Aujourd’hui ce ne sont que des « professionnels » qui nous écoutent. Au bout de trois heures je ne sens plus mes doigts de pied, mais j’aperçois l’entrée. Finalement c’est assez reposant sans mouflets dans les pattes, pas de « j’ai faim, j’ai soif, pipi… », pas de hurlements, pas de « il m’a crevé l’œil… Maman ! il veut me couper les doigts avec son baton ! AIIIIIIIYE, salaud, connard, tu vas me le payer !!! ». Non. Je suis un peu vacances. Le jour se lève sur Nantes, il fait 8 degré, il ne pleut pas, je papote, je téléphone, et je n’espère plus grand-chose, le stress est tombé.

2• Je pénètre dans l’arène

Au bout de quatre heures, je rentre dans le hall de l’immeuble. Je remarque que ceux qui chantaient très bien, ainsi que tous ceux qui possèdent un look singulier ont été mis à part, et passent dans une salle qui leur est réservée. Il faut encore attendre. Comme un troupeau de bétail on nous trimballe de couloirs en files d’attente, le personnel est odieux, des pseudo-videurs beuglent « laisser passer ! » « serrer contre le mur ! »; Ah ! ben on est loin de la super ambiance qu’on nous laisse imaginer à la télé, merci du canular bande de truffes ! Il faut signer des papiers, remplir des questionnaires. Je sèche : nom de vos compositeurs préférés… passions… Accroupie dans les chiottes je tente en vain d’appeller ma sœur pour avoir des idées, à « passions » je réponds « sports de glisse » alors que je déteste la montagne (mais ça fait fille qui aime les challenges), et « littérature barroque » (ça fait intello et j’ai une chance sur un million qu’on m’en demande plus sur le sujet). Et puis tout d’un coup on me dit « c’est à vous » et la porte s’ouvre sur un petit box, une lumière aveuglante dans la tronche. Deux mecs en face de moi. Un vrai sketche : droits comme des I, avec des airs puants, un avec le crâne rasé, l’autre (le stagiaire) les cheveux mi-longs, le corps étriqué dans une veste en velours, qui tapotte un bic sur ses genoux. « Vous allez chanter quoi ? » interroge le grand chauve. Je tremble un peu et réponds « New Soul » de Yaël Naim. Il fait « Mmmmhum ». J’entonne, c’est une catastrophe. La situation se renverse contre moi, ma prestation est nulle, les paroles s’envolent et j’ai envie de rire… Une envie de rire comme je n’en ai pas eu depuis longtemps, je m’étrangle à la fin de mes phrases, je glousse en terminant ma chanson. La fristouille stagiaire prend un air de demi-dieu de l’écran, hausse les sourcils, je sens qu’il a honte pour moi. Le chauve soupire, pose un coude sur la table, ça ne le fait même pas sourire, il me demande « c’est tout ? ». Là, histoire de passer à la télé, j’ai interprété un petit Jane Birkin, digne de ce nom. La fille en violet qui chante « la ballade de Johny Jane » en fermant les yeux, c’est moi ! Le boss en a vraiment marre, il se racle la gorge excédé et tranche la question avec un « BON. Le niveau n’est pas suffisant ». Le stagiaire fait une bouche en cul de poule et cligne des yeux derrière ses lunettes rectangulaires tout en adoptant une mine précieuse. Je suis ravie de ma prestation, ravie de l’avoir fait. Je prends mon gros sac fushia, mon manteau rose et je sors. J’entends des applaudissements : un rouquin sort d’une salle avec un passeport pour la suite.

Il me faut cinq heures de moins qu’à l’aller pour ressortir de l’immeuble. Je rigole encore de la tête des deux mecs qui m’ont trouvée tellement nulle et qui m’ont oubliée dans la seconde. Je manque de me faire écraser par un tramway et décide de recommencer l’année prochaine, parce que dans l’ensemble, j’ai adoré !

Cependant je sais maintenant que le jury, le vrai, n’auditionne qu’une trentaine de candidats par ville, et que sur les sept villes, une centaine de candidats seulement ira à Paris. Et j’ai appris aussi que les nazs qu’on nous montre, ceux qui chantent « Goldorak » ou « À la queue leu leu » ne sont rien d’autres que… des acteurs…!