2•VIE CULTURELLE

De la Flûte enchantée à la Foire au boudin

Encadrez sous verre votre dernier exemplaire de l’Officiel des Spectacles, car il n’y a aucune chance que vous retrouviez l’équivalent dans les kiosques une fois installée en Province.
À propos de kiosque, un petit tour du côté de celui de la Madeleine en sortant du bureau vous donnait accès le soir même aux meilleures pièces du moment pour un prix ridicule. Il y avait tant de salles de cinéma au mètre carré que vous pouviez vous faire une toile quand bon vous semblait, du dernier Mocky au polar des années 50 en passant par un festival du cinéma italien. Café-théâtre, expo photo, musée, conférence, récital, concert, librairie, vous ne saviez plus où donner de la tête. Entre la Pagode, les bouquinistes, le musée Rodin, les galeries de la rue de Seine, la Comédie Française, le Point Virgule, les grandes orgues de Saint Sulpice, U2 au parc de Vincennes, le Louvre un soir de semaine, Bigard au Stade de France et Casse-Noisette à l’Opéra Garnier, vous n’aviez que l’embarras du choix. Avouons-le maintenant que les cartons sont entassés dans le camion de déménagement : il y avait tant à faire, à voir, et à entendre que vous n’avez pas profité du quart du tiers des richesses culturelles de la ville lumière. Depuis la naissance de Juju et Pompom (vingt-deux mois d’écart vous avez voulu jouer les stars de la péridurale), vous êtes allée une fois au cinoche et ça vous a demandé une organisation d’enfer. Trop crevée, trop cher, trop de monde, pas le temps.
Vous allez le regretter amèrement. Car il vous faudra maintenant traverser une zone commerciale sans âme pour vous rendre dans une salle de cinéma, et ne comptez pas sur le bus pour vous déposer devant le multiplexe pour la séance du samedi soir. Les musées se comptent au mieux sur les doigts de la main et recèlent plus de rouets et de coiffes traditionnelles que de Picasso et de Rembrandt. L’unique théâtre digne de ce nom vous proposera un programme tellement indigeste que vous préférerez encore rester devant la télé. L’opéra évoquera plus souvent le nom du gâteau vedette de la boulangerie que Garnier ou Bastille. La scène locale accueillera plus volontiers Michèle Torr que l’ultime tournée des Stones. Trêve de pleurnicherie, profitons sans perdre de temps des avantages de la Province en matière de culture. La bibliothèque est sans doute dans la même rue que la librairie, pas loin non plus du musée des Beaux Arts. Les tarifs ne sont pas les mêmes qu’à Paris, alors on en profite pour se remettre au piano ou à la sculpture. Vous trouverez des professeurs dignes de ce nom, disponibles et pas chers. Abonnez-vous à la newsletter de l’office du tourisme, vous serez sûr de ne pas rater les bons plans. Plongez-vous avec passion dans les richesses du patrimoine local. Même s’il s’agit de voir comment on fabrique le fromage de chèvre ou de participer à la fête des moissons. Ca fait partie de la culture, la vraie, l’authentique. Prenez le temps de visiter ce monastère perdu au fond de la clairière, c’est moins oppressant que la Sainte Chapelle aux heures de pointe. Allez voir ce petit château au bord du lac, c’est plus reposant que Versailles le week-end de Pâques. Suivez la visite guidée de cette cité médiévale de caractère, c’est moins étouffant que de sillonner le Marais un dimanche après-midi. Ecoutez les historiens ou les philosophes qui viennent donner des conférences dans le cadre des facs, c’est gratuit et souvent très intéressant. Prenez le temps de discuter avec le libraire, ça vous changera des rayons surpeuplés de la FNAC des Halles et des conseils avisés mais expéditifs d’un vendeur exténué. La richesse de la vie culturelle dans le quotidien d’un parisien abonné au rythme métro-boulot-dodo est un mythe. Le temps d’un week-end, profitez sans complexe de votre nouveau statut de touriste à Paris. Faites comme les Provinciaux en goguette à la capitale : choisissez votre spectacle à l’avance, réservez vos billets sur internet, prenez un aller-retour TGV, mettez-vous en plein les mirettes. Vous repartirez dans votre belle Province endormie en rêvant de votre prochaine escapade parisienne.
Croyez-le ou non, vos enfants vont préférer la journée de l’âne et du poney à celle du musée Rodin, et croix de bois croix de fer une bonne tartoche à la fête de la confiture leur laissera un meilleur souvenir qu’un macaron aux groseilles de chez Ladurée…

Une réponse à “2•VIE CULTURELLE”

  1. Aude dit :

    ouf… la province a quand même du bon pour ces chères parisiennes!!!

Laisser un commentaire