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Archive pour septembre 2007

LA RÉUNION DE PARENTS D’ÉLÈVE

Jeudi 27 septembre 2007

La réunion commence à 18h30, les parents sasseyent à la place de leurs enfants. Comme par hasard ma place est au premier rang, collée au bureau de la maîtresse. Comme il y a trente ans… Les enfants ont préparé un petit carton, pour la mère placée à ma droite il est écrit  » bisoux Maman tu es belle comme les roses“, et pour celle de devant « bonne réunion maman chérie je t’aime. Sur le mien le prénom de mon fils au feutre noir, point. De toutes façons je suis en milieu hostile. Le jaune cocu des murs m‘agresse l’œil et il flotte dans lair une petite odeur de fennec. À peine la maîtresse a-t-elle dit « bonjour à tous“que 90% des parents déguenent un stylo et une feuille. Ils prennent des notes… On se croirait à une interro surprise, dès que la maîtresse prononce des trucs comme « pour le sport je demande une tenue a-dap-tée “, que ça y est : ils tirent tous la langue en pondant des lignes et des lignes. Je me demande bien ce qu’ils peuvent écrire… La réunion continue. J’observe les parents, je détecte les fayottes (elles pouffent de rire aux blagues de la maîtresse), les chieuses (pour la sortie ils auront besoin d’un Kway ?), je repère celle qui a dû être première parce qu’elle lève encore le doigt pour répondre. Il y a la catho « et pendant l’éveil à la foi vous comptez aborder la vie des évangélistes ? », l’intello qui continue de grater, Mumu et son haleine de paté qui me sussure à l’oreille droite « elle a l’air vachement bien…! ». Bref, je revis brusquement et avec horreur les vingts années (j’ai redoublé trois fois) de ma vie gâchées sur ces bancs à regarder l’heure tourner. Et surtout, comme il y a trente ans, au bout d’une heure trente quand la maîtresse dit « avez-vous des questions », et ben ELLE est là. La même. Celle qui à 16h30, quand la cloche sonnait, levait le doigt pour dire « j’ai pas bien compris la règle de trois… ». ELLE est revenue,avec ses questions ininteressantes « euh excusez-moi (non !), d’abord je me présente (on s’en fout) Eliane Souper la maman d’Adrianna (quelle prétention…), je voulais savoir si vous autorisez les bics à quatre couleurs ? ». Passionnant… on réfléchit en groupe ou individuellement ? En anglais ou en turc ? Gentiment la maîtresse hausse un sourcil et répond « oui, oui, il n’y a pas de problème ». Y a pas une conne qui pensera à demander qui vérifiera la pression des pneus du car pour la sortie Poney…

Prison break commence dans dix minutes, la prochaine qui pose une question se prendra un cahier du jour dans l’arcade sourcilière.

VACANCES DE LA TOUSSAINT OU VOYAGE AUX HESPÉRIDES

Jeudi 27 septembre 2007

Tiens, tiens, dans quinze jours c’est les vacances.
Les vacances les pires de l’année : les vacances de la Toussaint. Les vacances qui cumulent le plus d’ingrédients pour déprimer : de la pluie, du vent, de la boue, et en dessert la Fête des morts !!!! Et comme si cela ne suffisait, pas les vitrines des magasins vont nous offrir un tas de saloperies toutes aussi laides les unes que les autres : citrouilles en plastoque, sorcières en polyestère, l’occasion inespérée pour les commerçants d’étaler leur mauvais goût. Même dans la boutique de lingerie la plus chic, un Belzebuth en argent fait le pitre sous un string en dentelle.

Que va-t-on faire pour les vacances ? L’île Maurice ? Il pleut là-bas… La côte d’Ivoire ? C’est pas le moment. La Croatie ? C’est surfait. Et bien votons à l’unanimité pour la maison de famille dans le Calvados ! On est sûr d’avoir de la pluie tous les jours. Et surtout… c’est l’occasion de faire un petit coucou à Granny et Pacha !
Déjà cet été on a senti au bout de quelques heures qu’on les gênait un peu dans leurs petites habitudes, alors fin octobre ça devrait être assez sympa !
Tout commencera au petit-déjeuner. Ah ! Tu as sorti les tasses vertes ? Il vaut mieux sortir les mugs bleus ! Les petits sont sans chaussons ? C’est criminel ! nan, nan, nan, chéri, la nourriture doit rester dans la cuisine… et puis… toi aussi tu es pieds-nus ? C’est quoi ce doudou ? C’est nouveau les doudous, je n’avais pas de doudou à ton âge !
Après ce petit cours d’histoire il sera temps de monter s’habiller… il ne sera que 8h42…Le ciel sera gris anthracite, on se dira qu’il va falloir jouer serré… En attendant qu’il fasse meilleur nous allumerons la télévision. « La télévision dès le matin ? » s’exclameront en cœur vos parents. Ben oui… y a pas des tonnes de joujoux ici, on a pas forcément envie de jouer aux cartes et si l’on commence une partie de cache-cache c’est la mort assurée de tous les bibelots du salon. Et comme le salon ressemble à un dépot-vente en puissance, avec collection de photophores en prime, on a tout naturellement compté sur Debout les Zouzous. C’est mal pensé, dehors il fait bien meilleur. C’est pas trois gouttes qui vont les effrayer, ils sont pas en sucre, non ? En soupirant nous mettrons Juju et Pompom sous la flotte (ils n’ont pas de cagoule?) et sous antibiotiques une semaine plus tard.
Le déjeuner ressemblera à un bras de fer géant. Les enfants ont compris depuis longtemps que c’est le moment de maintenir la pression. Ils n’aiment pas les tomates ? Mais si ! Normalement ils adorent ! NAN les tomates ça nous fait vomir beuuuurk ! Dis-donc ils sont difficiles ! Faut dire avec les gâteaux que tu leur a donnés il y a une demi-heure…
Les enfants profitent du moment pour jouer les anorexiques, laissant vaguement flotter l’idée que les repas sont un « véritables problèmes » et que les parents « leur laissent faire tout et n’importe quoi ».
L’après-midi sera très très longue, sans compter le changement horaire qu’on vous infligera. Pas question d’aller au bain ! Il n’est pas 18 heures : il est 17 heures…
Le temps trainera tout comme les petites mains savantes de vos enfants. Un hurlement brisera l’atmosphère « QUI a écrit kaka au marqueur sur le mur de l’escalier ? ». Vous froncerez les sourcils… avant de vous souvenir que l’auteur de cette œuvre a aussi sévi sur les murs de votre chambre. La soirée sera telle un voyage aux hespérides : télé + tu-veux-pas-arrêter-de-bouger + pfffff+quel+temps !
Enfin, après un dîner aux coquillettes, un mug de tisane (généralement avec ton père on préfère les grandes tasses roses) quelques réflexions  » Et jamais tu ne leur donnes une bonne fessée ? », vous irez vous couchez tôt, un jour de passé, un jour de gagné. Bienvenue aux hespérides !

LE NOUVEL ACCESSOIRE À LA MODE : UN ENFANT PRÉCOCE

Vendredi 21 septembre 2007

Cette semaine, mon meilleur ami (Elle Magazine), me propose une triple page sur les accessoires indispensables pour la saison à venir : néo-escarpins, besaces, foulard customisé, low boots, ceinture etc… Mais je ne vois nulle part le must have de ma ville de province chérie… Ne me dîtes-pas que… si ! Les journalistes ont oublié l’outil indispensable, celui qui mérite sa première place au rang des accessoires de la rentrée : l’enfant précoce.

C’est le must ici. Et tout le monde a le sien, sauf moi, comme d’hab. Je décide de mener l’enquête, si ça se trouve j’ai une portée !! Comment sait-on si l’on possède un enfant précoce ? Rien de plus simple : on le fait tester. On va chez une psychologue et on va tous voir la même. THE spécialiste des enfants précoces : elle arrive à en détecter un par famille. Parfois deux. Et depuis, elle roule en cabriolet BMW et elle part en vacances aux Bermudes. OK. Mais, me direz-vous, pourquoi l’a-t-on fait tester ? J’interroge au hasard Bernadette, dont l’ainé est devenue « enfant précoce » en avril dernier. D’abord les parents se sont inquiétés : Amédé connaissait par cœur le régime alimentaire de TOUS les dinosaures, c’était un petit garçon différent, assez angoissé « Maman, lui-a-t-il demandé un soir, si la Terre tombe, où est-ce qu’on va aller ? ». Ah… je pensais que c’était plus mathématiques que ça…Un truc un peu à la Rain Man…un gamin qui saurait instinctivement combien font 847×698. Bernadette a vu mon air déçu et rectifie : enfin… il a le niveau intellectuel d’un enfant de douze ans alors que… (mine modeste, battement de paupières nostalgique) il n’en a que six… Immédiatement je lui demande combien de classes il a sautées, il doit être en cinquième à 5 ans !! Non, il reste en CP pour le moment, la psy dit que c’est mieux qu’il reste avec les enfants du même âge. Maline la psy, hé ! Et la maîtresse dans tout ça ? C’était terrible, soupire Bernadette, elle n’avait rien vu du tout. Cette gourde pensait qu’il avait un problème d’audition… Et à part ça ? Quand il se sent incompris il jette toutes ses affaires par terre (les miens ausssi !!!!), il veut devenir paléonthologue et apprendre le latin. J’ose demander si le latin c’est pas rapport aux maximes d’Astérix et Obélix… Sourire condescendant. Bernadette me regarde : « c’est dur de comprendre les problèmes de précocité. Mais c’est un tel souci pour nous… ». Je sais ce qu’elle ressent : la beauté physique de mes enfants est un problème difficile à gérer. Et comme je suis convoquée régulièrement chez les maîtresses, je me demande si par hasard, je n’aurai pas moi aussi un enfant précoce ?

LE MERCREDI C’EST CHACUN POUR SOI

Jeudi 20 septembre 2007

 

 

 

 

 

 

Depuis que je suis femme au foyer OYÉ OYÉ je découvre un nouveau calvaire : le mercredi. Malheureusement je suis la seule, toutes les mères le mardi soir à la sortie disent « ouf, demain c’est mercredi ! ». Moi, dès seize heures j’ai des chutes de tension et j’attaque par rangée entière ma plaquette de Milka.
Les enfants, que je secoue comme des pruniers les jours d’école, sont debout aujourd’hui à sept heures. C’est un complot, je les ai entendus se mettre d’accord cette nuit. – Tu vas voir elle va en chier aujourd’hui, disait l’ainé (8 ans) au second (6 ans) – Ouais, on passe au plan B, chuchotait le troisième (18 mois). Demain au parc, sur les coups de 17h50 je disparais pendant au moins quinze minutes, hé! hé! hé! – J’ai pas dit mon dernier mot, a dit le chien, pendant que vous serez au basket je vais pisser sur le tas de linge propre. » Et ils riaient tous à gorge déployée. Je me suis armée de courage, j’étais debout avant eux : le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Preum’s. Je décide de m’organiser et de multiplier les activités. Devoirs le matin : l’ainé a oublié son cahier de français. Il beugle « c’est pas de ma fôôôte ». Le second sa poésie. Je ne m’énerve pas. Ils seront clochards plus tard. Bibliothèque. J’ai bien vu le regard en biais qu’a jeté la bibliothécaire à sa collègue en nous voyant arriver. Les enfants s’excitent et entament une bataille de coussins. Une horrible petite fille, boudinée dans une robe Dora l’exploratrice les regarde en gonflant les narines : elle va le di-re à sa mèèèèèère. Je ne suis pas autorisée à prendre de livres : je suis suspendue de 51 jours à cause de mon retard. Je me casse. Nous allons déjeuner tôt. Enfin il n’est que dix heures 30 !!! J’autorise un « petit dessin animé » et je couche le dernier. Ils crient OUAIS ! et se jettent sur mon lit en écrasant leurs gâteaux : ouf, ce ne sont que des chocos à la fraise.
Je les ai fait déjeuner tôt. J’ai eu chaud mais je ne m’en sors pas trop mal, le plus dur est à venir. 13h30 le cadet a basket, je l’amène sous le soleil. Je passe par la rue la plus tranquille du quartier : c’est l’heure de la sieste des retraités et mon chien pourra faire ce qu’il veut, personne ne me surprendra . J’ai un peu mauvaise conscience : il a fait sa crotte juste devant un portail. Si quelqu’un se casse le col du fémur ce sera de ma faute… En même temps aujourd’hui, mercredi, c’est chacun pour soi. 14h30 l’ainé a basket, il ne veut pas y aller, je le tire par le bras, il refuse de dire bonjour à son professeur, je pars en courant. Mumu est là, planquée dans un coin, elle prend l’air embêté et me demande « si j’ai pris ma décision d’aller voir quelqu’un pour lui ? ». Je ne réponds pas, elle sent la frite et elle a de la moustache. 15h30 je reviens chez moi. Les enfants me supplient d’aller au PARC. Le PARC est l’endroit le pire du monde après le Mac Do. Mais je cède car il me reste encore cinq heures avant qu’ils ne se couchent. Heureusement je retrouve le banc et l’arrière banc local. Anne-Solange, un pilier de paroisse, affiche un sourire coquin. Ah ! je devine qu’elle attend le cinquième, il était temps : l’ainé est en grande section de maternelle. Elle a une petite larme au coin de l’œil gauche, Elle croise les mains sur sa poitrine et me dit « attention ! chacun son rythme… je ne suis pas forcément un exemple à prendre… » . Je m’incline devant cette leçon d’humilité et de modestie. Je manque de tomber à genoux : la Vierge Marie m’a parlé ! Sans rire, pour qui se prend-elle ? Je suis rapidement distraite par une maman qui m’interpelle « S’il vous plaît ! C’est votre fils ? » Je prend une mine de rien, d’absente, de demeurée . « Nan, parce qu’il dit à ma fille qu’il va lui écraser la figure avec une pierre… ». Je me rue à la balançoire, fessée. Grosse fessée Mais qu’est-ce qu’il te prend ???? Il se tord de rire. L’horrible gamine sur la balançoire jubile, il lui manque plein de dents, elle chausse du quarante à six ans, je comprends mon fils. Le dernier a filé. Seule au monde je me mets à courir partout. Il n’est nulle part. Je tremble, je vais vomir : un pédophile s’en est emparé, c’est sûr , il est bien plus mignon que tous les autres morveux, en plus il est dans sa salopette Bonton… Pourquoi ne lui ai-je pas mit une casquette (à l’envers) et un jogging ??
Mais un pur moment de bonheur m’attend, je le vois, l’amour, il joue près de la fontaine, je fonce, il est trempé. Je l’attrape et m’excuse mentalement auprès du pépé que j’accusais du pire il y a une minute. Il surveille ses deux petits-enfants. La vache ! Y en a qui ont du bol d’avoir des papy pour emmener leurs chiards au parc… Je suis exténuée il faut que je rentre. Tout de suite. Hélas, Anne-Solange a décidé que je serai son bouc émissaire. Elle me poursuit et me fait coucou de loin avec un truc rond. Horreur ! Elle tient dans sa main des ustensiles de broderie. Si elle me chope elle va me montrer sa collection de torchons sur le thème du potager. Le cadet a disparu, j’attrape l’ainé par les cheveux, je colle le dernier sur mes épaules, ouais je sais, je ressemble à un film de Super Nanny, je l’entend qui murmure : »Madame, mettez vous à la hauteur de l’enfant et parlez-lui dans les yeux… » Trop tard le cadet réapparaît je hurle « tu viens ici tout de suite ou t’as une trempe ! ». Près du portail Mumu vient d’arriver… elle me regarde et soupire : tu as besoin d’aide ? Rase ta moustache Mumu. La salope… son fils a jeté son vélo violemment, elle se penche, le ramasse calmement et dit « je comprends ta colère, Pierre-Amaury-Jean-Hilaire-Louis (Mumu pense qu’elle est chic parce qu’elle lui a mit une médaille pour aller au parc ), mais nous allons calmement en parler ». Même le mercredi, Mumu est au top. Les enfants de Mumu font leur nuit à quinze jours et mange cinq fruits et légumes par jour. Il faut que je rentre. J’attaquerai peut-être l’atelier peinture…

INTRODUCTION

Mardi 18 septembre 2007

Ça y est, enfin, Jean-Eudes a eu sa mutation ! Depuis le temps qu’on en rêvait !! Ça fait un certain temps que la vie à Paris nous tape sur le système et pourtant ça va faire trente ans qu’on y habite. On a longtemps ricané en voyant les cousins de Pronvice débarquer chez nous à Noël. Avec leur look un peu has been, leur mine un peu pétrifiée devant la cohue du boulevard Haussmann, leur blazer, leur chouchous… Et pourtant l’heure est grave : vous voulez leur ressembler !

Métro-boulot-dodo. Des loyers hors de prix. Pas d’espace vert digne de ce nom à moins de trois stations de métro. Des horaires de dingue. Des problèmes de nounou (huit en deux ans, dont cinq sans papier et deux sans cerveaux) aux problèmes de tapage nocturne (cinq étudiants en musicologie au dessus de chez nous), des grèves de la crèche (tous les deux mois) à celles des transports (toutes les deux semaines), chaque journée était un challenge. Le week-end on faisait le plein du frigo, à 8h30, sinon plus question de compter sur la livraison. Puis on allait voir Guignol à 15 heures, dix euros la séance de vingt minutes sous la flotte, un calvaire. Une fois on a essayé la forêt de Rambouillet pour la cueillette aux champignons, pas un bolet et deux heures pour atteindre le porte Maillot. Nos nerfs étaient sur le point de lâcher.

Une seule solution : quitter Paris. Chaque mois dans le métro, debout pendant dix stations, on fantasmait à la lecture du palmarès des villes où il fait bon vivre en France. Avec des couvertures colorées, des photos où le ciel est toujours bleu, des maisons en colombage et des commerçants qui se marrent devant l’objectif… Rennes…Nantes…Chambéry…Marseille… des mots qui revenaient comme des grelots. On s’est mis à en parler, le soir, avec Jean-Eudes. On en a rêvé, J.E. l’a fait. Sa boîte l’a muté, on a filé notre dém à cette garce de Sonia, célibataire endurcie aux dents longues et aux seins lourds, celle qui nous organisait systématiquement des réunions à 19h00 et on a plié bagages. Les gosses et le cochon d’Inde sous le bras. On est parti. Les poches pleines d’illusions. En rêvant de la mer à 20 mn et du ski à moins d’une demi-heure, tout ça sans bouchons de 26 km sur l’A13 le dimanche soir. On se voyait siroter un coca light au milieu du grand parc arboré d’un hôtel particulier, dont le loyer aurait été le même que notre 3 pièces au 4ème sans ascenseur. Tels les cow-boys de l’Ouest américain, nous sommes parties à la conquête de la Province. On a dit aux copains “on a décidé de changer de vie”, “on saute le pas” »on va avoir une grande maison et on vous invitera le week-end”. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la vie en Province après des années de macadam Parisien, ça ressemble un peu à Koh-Lanta, la gloire et l’argent en moins.

Alors avis à toutes celles qui auraient les mêmes idées que nous, la Province c’est pas Paris avec la mer au bout des pavés. Non. La Province c’est un autre monde, c’est trop différent pour ne pas vous en parler. Quelques conseils pour ne pas sombrer dans l’alcool et profiter, sans perdre de temps, des avantages qu’elle nous offre.

1•VIE PRATIQUE

Mardi 18 septembre 2007

A• Art de vivre et rythme à part
Vous avez décidé de changer de vie, il va donc falloir aussi changer de rythme. Plus d’une fois vous en avez rêvé, lorsque, harassée de fatigue, vous courriez à huit heures du soir chez Monsieur Saïd chercher du Nesquick sous une pluie battante ou encore lorsque vous profitiez de votre pause déjeuner pour traverser Paris en métro afin de trouver un bonnet de bain pour Lulu qui a piscine demain, départ 8h40, bonnet de bain obligatoire. Mais avez-vous pensé qu’ici, en Province, il n’y a plus rien d’ouvert à vingt heures ? Mettez de côté quelques tubes d’aspirine, car la pharmacie ouverte jusqu’à minuit est loin maintenant. Et pour avoir l’adresse de la pharmacie de garde c’est un vrai jeu de piste. Sachez qu’ici les horaires sont décalées, par exemple à Chambéry tous les coiffeurs ferment à 17 heures le samedi. Passé 18h30 c’est terminé et le concept de l’arabe du coin n’existe pas. Rien d’ouvert le lundi à part les grandes surfaces, et la plupart des magasins ferment à l’heure du déjeuner (13h00-14h00). Autant vous avertir que les plages horaires de shopping sont ultra limitées, faîtes des économies que vous irez claquer rue du Bac. Les premiers dimanches vous surprendront. Les rues de la ville sont aussi peuplées que le désert de Gobi. Vous ne croiserez même pas de fous du jogging, car le jogging en ville est un concept qui n’existe qu’à Paris. Un attroupement ! Que se passe-t-il ? Rien, tout juste quelques personnes qui font la queue devant la boulangerie à la sortie de la messe. Oubliez la boulangerie les jours fériés. Vous allez apprendre à patienter aux feux rouges, les gens sont très lents au volant (et pas qu’au volant). Au feu vert on vérifie qu’il est vert, et quand il est bien vert on démarre. Inutile d’accélérer à l’orange ce serait de mauvais goût. Gardez votre majeur au fond de votre poche : la civilité au volant est de mise. Et tournez sept fois votre index avant de klaxonner : vous provoqueriez un vent de panique qui vous retarderait de dix bonnes minutes. Quant aux phrases que vous crachiez Place de l’Etoile comme “Avance Ducon” ou encore “92…la bouzzzze!! mettez-les en réserve, elles ne serviront à rien ici. Autant prendre quelques cours de sophrologie sinon vous allez devenir dingue.
Chassez quelques réflexes ancestraux comme celui qui consiste à se réjouir parce qu’il n’y a personne à la caisse du Monop. Certes, il n’y pas la queue, mais Muriel Patachon vous reconnaîtra au rayon Dim avant de vous lancer un : “T’as vu la promo sur les tangas ?!!” avec un clin d’œil complice exaspérant . En achetant vos tranches de jambon vous croiserez la voisine qui ” s’est inquiétée hier soir, lorsqu’elle a vu un médecin se garer devant chez vous… c’est la gastro ?”, et en déposant vos courses sur le tapis, sachez que la caissière a fermement l’intention de vous raconter son opération de la thyroïde qui s’est mal terminée, cause de son immense fatigue et de son incapacité à trouver le code du kilo de courgettes. Vous pourrez mettre dix minutes pour acheter une baguette parce que les gens discutent avec la boulangère et qu’on parle beaucoup de la météo chez les commerçants. La météo est un sujet récurrent, et votre aptitude à savoir la commenter sera une sorte de baromètre de votre civisme pour celui qui a lancé le débat. Préparez quelques phrases comme “on en a marre de l’hiver” ou “c’est vrai que ça fait du bien un peu de soleil” ou mieux encore “on a de la chance d’avoir un si beau mois de septembre !”. Il va falloir oublier quelques réflexes bien ancrés dans la vie des Parisiens : Picard et les rideaux prêts à poser ne sont que deux exemples parmi d’autres. Pas question de gruger vos invités en posant sur la table un framboisier qui sort de la boîte, genre “c’est moi qui l’ai fait”. Dans une province où il fait bon vivre, vous aurez pris soin d’acheter vos framboises au marché (assorties au contour des assiettes) et de faire votre génoise avec vos petites mains. Faire autrement serait insultant. Ici plus qu’ailleurs, cuisiner est un art de vivre, et le gaspacho en brique une hérésie. Quand vous emménagez au deuxième étage de la rue du Commerce, à Paris 15ème, mieux vaut rapidement poser un voilage, sous peine d’être rapidement accusée d’attentat à la pudeur par vos voisins d’en face. Mais quand vous aurez fini de déballer vos cartons avenue du Bois à Provinceland, vous aurez tout l’hiver pour confectionner des rideaux destinés à vous protéger des regards indiscrets des rares passants. Et pourtant… même si votre mère vous a aidé à les doubler, ils seront bien inutiles pour cacher votre petite vie bien comme il faut. Car ici, il faut le savoir : tout se sait. Inutile de mentir lorsque vous refusez la soirée Tarot-Tisane des Michon prétextant un mariage dans le Var. Ils sauront vite que vous étiez là : vous avez pris la fille de la meilleure amie de Véro pour garder vos enfants !!

Autre rythme de vie : celui du travail. Là-bas, les gens sortent tôt du boulot tout simplement parce qu’ils commencent leur journée beaucoup plus tôt. Si vous aviez l’habitude de débarquer au taf à neuf heures et de prolonger votre grasse mat’ devant la machine à café pour papoter du dernier Delarue, sachez que cette époque est révolue. À huit heures moins le quart en Province on se gare. Et voici la réponse à la question que vous vous poserez “mais comment font-ils ?”. “Ils” dînent à 19h30, “ils” se couchent à 22h00 (foutu pour le Delarue), “ils” ne sortent pas en semaine, “ils” sont donc frais comme des gardons dès l’aube. Voilà donc le fameux secret de beauté des provinciaux : ils vivent à l’heure d’été moins deux heures toute l’année. Et si vous arrivez à en faire autant, vous aurez franchi l’une des premières étapes de votre adaptation.
Soyons bonnes joueuses, ce changement de rythme implique également quelques avantages non négligeables. Inutile de prévoir une heure pour aller dîner à l’autre bout de la ville (soit l’équivalent en distance de deux arrondissements parisiens), dix minutes suffiront. Pas d’embouteillages, même le samedi soir, à peine trois feux rouges, et une vraie place pour la Twingo juste en bas de chez Jean-Luc et Muriel. Tenez-en compte pour le fameux quart d’heure de politesse, vous risqueriez de surprendre Muriel en bigoudis et Jean-Luc en plein éminçage de poireaux. Lorsqu’encore Parisiens, vous aviez voulu rendre visite à vos cousins bretons, la cousine Berthe vous avait dit “deux heures de TGV, c’est rien du tout, on vous attend vendredi soir pour le dîner”. Mais la cousine Berthe ne savait pas qu’il vous faudrait 3/4 d’heures en métro pour aller de Bastille à Montparnasse, et 1/4 d’heure du métro au quai n°17 voiture 18. Elle n’aurait pas du prévoir un soufflé à l’avocat en entrée, la cousine Berthe, car vous avez bien fini par arriver chez elle, certes, mais à une heure que la bienséance provinciale désapprouve, même si c’est la famille.
La queue de cinq-cents mètres devant le musée d’Orsay vous a plus d’une fois fait renoncer à l’envie de vous rincer l’œil les dimanches de pluie ? Détendez-vous, ici vous n’aurez qu’à filer directement à la caisse du musée de la poterie pour découvrir les merveilles locales en toute quiétude. Les mauvaises langues parisiennes en déduiront qu’on ne doit pas s’attendre à devoir jouer des coudes pour s’extasier devant de la terre cuite ? Faites les taire, répondez-leur dédaigneusement qu’apercevoir un Monet sur la pointe des pieds au milieu d’une foule de touristes en sueur après 20 minutes d’attente sous la pluie ne présente strictement aucun intérêt. Quant aux corvées des démarches administratives et des “petites courses” chrono phages, rassurez-vous, ça sera vite torché. La Sécu est à deux pas de la CAF, et l’ANPE en face de l’Hôtel des impôts. Le cordonnier est à côté de la banque, dans la même rue que le pressing et le coiffeur. Le concept de “rue commerçante” sera facile à intégrer, ça se limite aux trois rues pavées du centre-ville. Didier Barbelivien avait raison: il faut laisser le temps au temps. Et comme, en province comme ailleurs, le temps, c’est de l’argent, gageons qu’à ce rythme-là, vous serez bientôt plus riche que riche.

B• Renoncer au mythe de l’hôtel particulier
On ne va pas vous faire un article de fond sur le marché de l’immobilier, vous savez déjà que la maison en centre-ville est inabordable, même dans les trous paumés de 50000 habitants. Certes, vous pourrez facilement doubler la surface de votre chez vous pour le même prix qu’à Paris, mais ne fantasmez pas trop quand même. Non, vous n’aurez pas pour le prix d’un trois pièces à La Fourche un hôtel particulier début du siècle à deux pas du centre. Quant aux charmes du bord de mer ou des sommets enneigés, il faut tout de même du temps et de l’argent pour en profiter. Le prix du forfait de ski à la journée est le même pour tout le monde. Et allez parler d’un dimanche à la plage à un Montpelliérain. Il vous rigolera au nez en vous racontant que la dernière fois qu’il a tenté l’expérience, il a passé plus de temps dans les embouteillages que sur le sable fin. N’exagérons rien quand même. Car s’il vous fallait attendre le week-end de Paques et trois de jours de RTT pour respirer, ici il vous suffira de rouler une vingtaine de minutes pour être peinard. Ballades en forêt ou autour d’un étang, à la montagne ou sur la plage, c’est gratos, souvent joli et, promis-juré, bien plus reposant que le Jardin d’Acclimatation. Les premières fois c’est même grisant, et avec un brin de mesquinerie vous penserez aux copains bloqués au péage de Saint-Arnoud.

C• Le choix de l’habitat : cambrousse ou ville ? Appartement ou maison ?
On vous déconseille fortement d’investir dans la charmante maison située à moins de 10 mn en voiture du centre-ville. Sinon vous pourrez crever toute seule dans votre charmante maisonnette sans que personne le sache. Peut-être serez-vous tenté par la longère avec poutres apparentes et grand parc arboré, accompagnée des arguments tels que “…et maintenant qu’il y a la voie rapide vous êtes dans le centre en moins de deux”… tu parles… Voie rapide ou pas il faut avoir l’âme vraiment campagnarde pour s’exiler. Vous passerez votre temps au volant, l’hiver à vous morfondre et vos week-end à tondre. Vous rosirez de plaisir en recevant une machine à pain comme cadeau de fête des mères, car la baguette fraîche quotidienne vous coûtera très cher en essence. Si l’on excepte le bonsaï qui a survécu au déménagement et les trois brins de romarin qui poussaient tant bien que mal sur le rebord de la fenêtre de votre cuisine parisienne, on ne peut pas dire que vous ayez franchement la main verte. Hé bien il va falloir vous y mettre. Adieu le semblant de manucure que vous vous efforciez de maintenir à niveau. Maintenant, c’est gants de jardinage et chapeau de paille. Sans compter que vous allez devoir investir dans tout un tas de matos cher et encombrant : portique, barbecue, meubles de jardin ; ou dans un autre domaine : aspi-venin et moustiquaire. Bon, d’accord, c’est sympa de mai à septembre, mais il reste à tenir la période octobre-avril au milieu de nulle part. La tentation du suicide vous guette, surtout l’hiver. Mais bon là, c’est vous qui voyez. Le fait de quitter Paris vous rendra l’âme peut-être plus bucolique et solitaire.
En ville, il va falloir choisir entre un appartement ou une petite maison. Attention ! La petite maison en ville, assez tentante, est bourrée de pièges… Car si un bout de jardin aux yeux d’une parisienne vaut de l’or, sachez qu’à moins de 400m2, il n’a aucun intérêt : c’est trop petit pour que les enfants puissent jouer et c’est finalement pas mal de temps perdu à l’entretenir. Pour peu que vous soyez dans une ville où il pleut beaucoup, il se transformera vite en puits, et vous haïrez cet ignoble petit carré de boue qui sèchera un peu en août (dommage, vous serez en vacances loin de là…). Côté ménage, une maison c’est beaucoup de boulot, et pour peu que vous atterrissiez dans une ville comme Rennes, vous allez vous apercevoir que toutes les maisons sont surélevées, avec pièces à vivre au milieu. Bilan : des mollets d’acier à force de naviguer entre trois niveaux. Votre sonnette retentira une à cinq fois par jour : la voisine de gauche qui a besoin d’un œuf, le vendeur de patates, les paralysés de France qui vendent de la brioche, le représentant de fenêtres en PVC, la voisine de droite qui vous apporte un bout de son gâteau au chocolat (juste pour apercevoir votre intérieur) etc.… Ces maisons sont en général situés dans les quartiers résidentiels où le moindre claquement de portière vous avertira de l’arrivée de vos invités. Idéales pour construire quelques relations de voisinage. Épouvantables si on veut avoir la paix.
L’appartement “en ville” (ce terme désigne en fait le Centre-ville), a plusieurs mérites. Vous doublerez forcément votre surface, et s’il possède une grande terrasse, c’est assez sympa. Plus anonyme et sans doute moins contraignant…

D• Impératif : acheter une deuxième voiture.Vital.
Et pas que pour faire le plein chez Carrouf. Il n’y a pas de ciné en centre-ville, les multiplexes sont sur les zones commerciales. Beaucoup de gens habitent à la campagne (détail capital : mettre des chaussures de boue pour traverser leur jardin, et sortir du sac une paire d’escarpins qu’on enfile juste avant de sonner chez eux. Hop, la classe). Et c’est là que vous bénirez l’inventeur du GPS. Quand on s’aventure dans des quartiers méconnus de la capitale, on regarde vite fait le panneau « plan du quartier » du métro, et on trouve son chemin en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mais quand on va chez Martine qui n’habite pourtant pas très loin de Clermont-Ferrand, c’est une autre paire de manches. Il va falloir prendre la voie rapide, attraper le tournis à force d’enchaîner les rond-points, longer la zone commerciale, traverser trois bleds, une voie ferrée, tourner à gauche après le gros chêne, passer devant la laiterie, et là ne surtout pas rater le petit chemin de terre qui part à droite juste après la ferme. Si vous avez le malheur de vous perdre, n’essayez pas d’appeler Martine, le portable ne passe pas. Rabattez-vous plutôt sur la carte IGN que vous aurez eu la bonne idée d’acheter après quelques aventures malheureuses. Les amortisseurs de la Twingo vont rapidement prendre un coup de vieux, et vous regretterez parfois de ne pas avoir investi dans le 4×4. Un conseil : révisez le code la route et souvenez-vous de la règle de la priorité à droite. Car l’avenue Jean Jaurès qui traverse la moitié Ouest de la ville n’est pas forcément ponctuée de feu rouge à chaque intersection. Gardez toujours cela à l’esprit, sous peine de frôler l’arrêt cardiaque à tous les coins de rue et de devenir une pro du remplissage de constat amiable. Les rond-points ponctueront agréablement vos trajets et leur décoration centrale vous donnera l’occasion de découvrir le patrimoine local : petits moulins en Provence, wagonnets de la mine dans la Loire, assortiment de dolmens en Bretagne ; des minis cartes postales grandeur nature qui ont au moins le mérite d’occuper le personnel du service de voirie, à défaut d’embellir le paysage.” En Province tout est facile ” c’est ce que dit la légende. La légende oublie qu’il n’y a pas de métros, qu’on ne dit plus “je prends le 82 pour aller au Luxembourg” mais “faut que je chope le 8475 de 15h56 à la station Fauchedière-Patton”. Tout est simple à condition d’avoir une carte, son permis de conduire et de parler un peu la langue locale. Parce que si jamais vous avez dégoté la maison de vos rêves dans le quartier bourgeois faudra prendre le volant pour aller chercher du pain (et Dieu sait si la baguette est mauvaise ici…). Le concept du taxi est quasi inexistant en Province. Si de temps à autre vous vous offriez un Paris by night histoire d’admirer les quais à la lumière des bateaux mouche, vous pouvez toujours vous gratter si vous comptiez sur un tacos dès votre arrivée à la gare par le dernier train. Bon, OK, Nantes by night n’a aucun intérêt, mais sachez qu’à moins de commander un taxi à l’avance il sera inutile d’en attendre un en sortant de chez Mumu. Vous risquez de geler sur place. Quand bien même vous iriez atterrir dans une ville qui dispose d’un métro, mieux vaut ne pas trop compter dessus non plus. À moins de trouver un toit au pied d’une station et un boulot dans le Centre, sachez qu’un métro en Province compte trois lignes au maximum, et que ces dernières ne desservent en général pas les quartiers résidentiels. Oubliez le plan B que vous aviez pour aller dîner à Asnières, celui qui consistait à rejoindre la Gare Saint Lazare en métro et d’attraper rapidos un train pour être dix minutes plus tard en banlieue. Si vous avez des enfants pensez à toutes les conduites que vous allez devoir faire : école, crêche, piano, escrime et Samantha-qui-fête-ses-six-ans-au-MacDo-tu-peux-venir-déguisée. Une voiture en Province ce n’est pas un luxe, c’est indispensable.

E• Savoir renoncer au shopping
Côté shopping, c’est la misère. Le choix est restreint. Pour peu que vous ayez à investir dans une nouvelle tenue classe en vue du mariage d’une cousine l’été prochain, il va falloir vous y prendre avant l’hiver, et vous allez vous arracher les cheveux.
On vous a déjà décrit la situation : dans une ville de Province, même si elle s’étend sur vingt kilomètres, les magasins sont tous réunis dans quelques rues pavées et piétonnes nommées “Centre-Ville”. Impossible d’y circuler, tout est en sens unique; pas difficile de s’y garer, mais respectez les disques bleues et les horaires de parcmètre, parce que les agents de police sont intraitables. Mis à part Lyon et Marseille, oubliez les histoires d’arrondissements. Un centre-ville c’est petit, c’est joli, souvent historique, mais côté shopping on est loin de la rive gauche. Rappelez-vous déjà que tout est fermé le lundi et à l’heure du déjeuner, puis accommodez-vous de quelques vitrines. Ne comptez plus sur les “bonnes adresses ” que vous aviez à Paris, ici tout le monde s’habille au même endroit. Pendant les soldes vous retrouverez toutes vos voisines sur quelques mètres de trottoir, le Cyrillus deviendra le QG des bobonnes locales Et si accéder et circuler dans le centre n’est pas toujours facile, c’est en général pour amener la population dans les centres commerciaux. Ces derniers fleurissent en Province, et poussent comme des amanites géantes. Toxiques, ils conchient le paysage et font la fierté des élus. Et pourtant il est parfois impossible d’y échapper car de nombreuses enseignes s’y regroupent. Évitez tout de même d’y aller le samedi, c’est la promenade préférée des beaufs. Gominés et en tenue décontractée (jogging, marcels etc…) ils arborent le centre commercial de long en large, traînant une marmaille que la musique de fond et l’ambiance confinée fait hurler.Une virée shopping à Paris s’imposera d’elle-même assez vite.
D’abord parce que vous serez rapidement déconnectée de “ce qui se fait”. En effet, pour la mode, comptez deux ans de décalage avec la Capitale pour celles qui s’y intéressent de près (les étudiantes, en général), dix ans pour toutes les autres. Oui, le pantacourt existe toujours ici et les converses viennent d’arriver. Après une overdose de joggings informes et de vestes polaires multicolores à tous les coins de rue, vous achèterez Vogue pour prendre une bouffée d’oxygène. Achat futile et inutile, certes, mais ça vous mettra un peu de baume au cœur. Les gens dans l’ensemble s’habillent beaucoup moins qu’à Paris. Et pour peu que vous ayez envie, une fois comme ça, de chausser vos bottes à talons sur votre petite jupe préférée, vous verrez : on se sent un peu cruche, finalement. Renoncer ? Persévérer ? VPC ? À vous de voir…

F – Garder la ligne, se maquiller…
Autant vous prévenir tout de suite, l’émulation permanente des Parisiennes qui passent 20 minutes devant leur penderie avant de choisir leur tenue de combat du jour, et au moins autant devant le miroir de la salle de bains pour peaufiner leurs peintures de guerre est inexistante ici. Il vous semblait naturel de mettre du mascara avant de sortir dans la rue le dimanche matin uniquement pour aller acheter des croissants au coin de la rue ; indispensable d’avoir en permanence dans votre sac le minimum vital : paire de collants de rechange, lime à ongles et blush ; et impensable de remettre 3 fois de suite votre plus belle robe lors de festivités nocturnes.
Quand on croise douze fois par jour des femmes impecs de la pointe des pieds jusqu’au bout des cheveux, et ce même dans des conditions extrêmes (jours de soldes au Bon Marché, RER A aux heures de pointe, etc.), on est forcée de se maintenir à niveau. Ca ne veut pas dire qu’on a la prétention de ressembler aux filles des magazines, mais simplement le bon sens de vouloir se fondre dans la masse des Parisiennes élégantes et soignées.
Alors là, attention Mesdames ! Ce n’est pas parce que vous avez planté vos quartiers dans la brousse provinciale que vous devez vous laisser aller. On garde la ligne, on se coiffe, on se maquille.
Car un jour viendra où vous réaliserez avec horreur que vous avez baissé les bras. Regardez-vous dans la glace : cheveu terne, teint vert, pull informe. Et alors, vous demanderez-vous ? Pourquoi faire des efforts puisque vous ne croiserez personne ? Ce serait offrir des perles à des cochons.
Et oui ! c’est tellement facile de tomber dans le panneau. À 8 h00 du matin, dans la cour de l’école, elles sont quasiment toutes en pyjama et le soir elle ont gardé leur pantoufles. La polaire est l’uniforme en Province, forcément, il pleut , il neige et personne ne fait d’effort, alors pourquoi se casser le cul à mettre un peu d’ombre à paupière dans le blizzard ? Pourquoi se martyriser les pieds dans des chaussures à talon alors qu’on est tellement mieux dans des mocassins plats ? Pourquoi perdre du temps à faire un brushing alors que l’air est humide ? Justement, parce qu’on est parisienne. Inutile donc de remettre sa tenue de réunion du lundi matin avec le big boss, vous auriez l’air sotte, mais faites un minimum d’effort. Et on ne se bâfre pas des spécialités locales destinées à lutter contre le froid au 18ème siècle. Maintenant qu’on a le chauffage au fioul on n’a pas besoin de se blinder le derrière de beurre.

G- Les enfants en Province
Si nos précédents paragraphes n’étaient pas toujours à la hauteur de vos espérances, sachez que celui-là va vous mettre un peu de baûme au cœur : les enfants en Province c’est un rêve. Et tout commence à la maternité.
Sans être caricaturale, il fallait, à Paris, s’inscrire à la maternité dès que vous saviez votre test de grossesse positif. On a jamais su, finalement, ce qui arrivait à toutes celles qui n’étaient inscrites nulle part, mais nous, on s’y était prise en mars pour le mois de novembre. Pas de panique ici : vers le septième mois de grossesse vous enverrez tranquillement votre dossier.
Pour les enfants en bas âge c’est la même chose. Halte-garderies, crêches ou nounous, rien ne ressemble au parcours du combattant que vous avez mené, tant bien que mal, à Paris. Les places ne sont pas aussi chères et vous aurez la vôtre sans vous mettre à genoux devant le directeur de la crèche, sans cherchez le meilleur piston et sans vous ruiner. Quant aux nounous, les histoires sordides sont à des kilomètres. En Province, être nounou c’est un vrai métier, et vous n’aurez normalement pas de mauvaises surprises.
Pour les inscriptions à l’école, vous ne serez plus obligées de rencontrer la directrice un an avant la date de rentrée. Vous découvrirez des espaces verts, des cours de récré dignes de ce nom et des effectifs loin de ceux de la capitale. Si en maternelle ils étaient 34 dans la classe de Juju, ils sont 22 ici. La maîtresse dispose de deux assistantes maternelles, ce qui permet aux enfants de faire une tonne de trucs amusants, des sorties scolaires au bon air, des activités nombreuses et variées. Vous remarquerez que le personnel de l’école est d’une grande gentillesse et ça vous changera de la grosse Martine qui, noyée seule dans les cris, les pleurs et les pipis de ses 34 élèves, martyrisait Juju et sa bande.
Fini les week-end à chercher l’idée magique qui occupera les enfants. D’abord les parcs en Province sont nombreux, grands et aérés. Vos sorties ne ressembleront plus à la dernière que vous avez tentée au Luxembourg en juin. Une bonne heure d’embouteillage, une horrible demi-heure à chercher une place, cinq euros pour un tour sur un pauvre âne qui vous a brisé le cœur et, au milieu d’une foule de japonais et de bobos, trois quarts d’heure à chercher Juju et Pompom, qui cherchaient Peau d’Âne derrière l’Orangerie. Au panier toutes ces heures de misère, le choix désormais est vaste. Poney-club, foot, danse, piscine, tout est à votre portée. Pour la sortie en famille, la cueillette de champignons ou l’après-midi à la plage ne se paye plus en heure d’embouteillages.

2•VIE CULTURELLE

Mardi 18 septembre 2007

De la Flûte enchantée à la Foire au boudin

Encadrez sous verre votre dernier exemplaire de l’Officiel des Spectacles, car il n’y a aucune chance que vous retrouviez l’équivalent dans les kiosques une fois installée en Province.
À propos de kiosque, un petit tour du côté de celui de la Madeleine en sortant du bureau vous donnait accès le soir même aux meilleures pièces du moment pour un prix ridicule. Il y avait tant de salles de cinéma au mètre carré que vous pouviez vous faire une toile quand bon vous semblait, du dernier Mocky au polar des années 50 en passant par un festival du cinéma italien. Café-théâtre, expo photo, musée, conférence, récital, concert, librairie, vous ne saviez plus où donner de la tête. Entre la Pagode, les bouquinistes, le musée Rodin, les galeries de la rue de Seine, la Comédie Française, le Point Virgule, les grandes orgues de Saint Sulpice, U2 au parc de Vincennes, le Louvre un soir de semaine, Bigard au Stade de France et Casse-Noisette à l’Opéra Garnier, vous n’aviez que l’embarras du choix. Avouons-le maintenant que les cartons sont entassés dans le camion de déménagement : il y avait tant à faire, à voir, et à entendre que vous n’avez pas profité du quart du tiers des richesses culturelles de la ville lumière. Depuis la naissance de Juju et Pompom (vingt-deux mois d’écart vous avez voulu jouer les stars de la péridurale), vous êtes allée une fois au cinoche et ça vous a demandé une organisation d’enfer. Trop crevée, trop cher, trop de monde, pas le temps.
Vous allez le regretter amèrement. Car il vous faudra maintenant traverser une zone commerciale sans âme pour vous rendre dans une salle de cinéma, et ne comptez pas sur le bus pour vous déposer devant le multiplexe pour la séance du samedi soir. Les musées se comptent au mieux sur les doigts de la main et recèlent plus de rouets et de coiffes traditionnelles que de Picasso et de Rembrandt. L’unique théâtre digne de ce nom vous proposera un programme tellement indigeste que vous préférerez encore rester devant la télé. L’opéra évoquera plus souvent le nom du gâteau vedette de la boulangerie que Garnier ou Bastille. La scène locale accueillera plus volontiers Michèle Torr que l’ultime tournée des Stones. Trêve de pleurnicherie, profitons sans perdre de temps des avantages de la Province en matière de culture. La bibliothèque est sans doute dans la même rue que la librairie, pas loin non plus du musée des Beaux Arts. Les tarifs ne sont pas les mêmes qu’à Paris, alors on en profite pour se remettre au piano ou à la sculpture. Vous trouverez des professeurs dignes de ce nom, disponibles et pas chers. Abonnez-vous à la newsletter de l’office du tourisme, vous serez sûr de ne pas rater les bons plans. Plongez-vous avec passion dans les richesses du patrimoine local. Même s’il s’agit de voir comment on fabrique le fromage de chèvre ou de participer à la fête des moissons. Ca fait partie de la culture, la vraie, l’authentique. Prenez le temps de visiter ce monastère perdu au fond de la clairière, c’est moins oppressant que la Sainte Chapelle aux heures de pointe. Allez voir ce petit château au bord du lac, c’est plus reposant que Versailles le week-end de Pâques. Suivez la visite guidée de cette cité médiévale de caractère, c’est moins étouffant que de sillonner le Marais un dimanche après-midi. Ecoutez les historiens ou les philosophes qui viennent donner des conférences dans le cadre des facs, c’est gratuit et souvent très intéressant. Prenez le temps de discuter avec le libraire, ça vous changera des rayons surpeuplés de la FNAC des Halles et des conseils avisés mais expéditifs d’un vendeur exténué. La richesse de la vie culturelle dans le quotidien d’un parisien abonné au rythme métro-boulot-dodo est un mythe. Le temps d’un week-end, profitez sans complexe de votre nouveau statut de touriste à Paris. Faites comme les Provinciaux en goguette à la capitale : choisissez votre spectacle à l’avance, réservez vos billets sur internet, prenez un aller-retour TGV, mettez-vous en plein les mirettes. Vous repartirez dans votre belle Province endormie en rêvant de votre prochaine escapade parisienne.
Croyez-le ou non, vos enfants vont préférer la journée de l’âne et du poney à celle du musée Rodin, et croix de bois croix de fer une bonne tartoche à la fête de la confiture leur laissera un meilleur souvenir qu’un macaron aux groseilles de chez Ladurée…

3•VIE SOCIALE

Mardi 18 septembre 2007

Ce chapître est le plus éloquent. Et pour cause : vous avez changé de planète, il va falloir apprendre à communiquer avec les nouveaux habitants. Nouveaux codes, nouveau langage, et beaucoup de pièges à éviter…

A. Rester anonyme
C’est la règle de base.
Sachez qu’en arrivant vous êtes déjà connue. On vous attend, on sait que votre mari a fait ses études à Angers, que vous étiez obèse à vingt ans et que votre sœur est sorti avec le fils du parrain de Nicolas Sarkozy. ll aura suffi d’un mail d’une copine de bureau de votre frère à sa cousine de Province pour que votre portrait soit fait avant même que vous ayez débarqué. Dans un premier temps vous vous sentirez accueillie, vos converses roses épateront la galerie et le prénom de vos enfants créera l’événement : Isidore et Rosalie, quelle audace ! Mais attention, n’en dîtes pas plus. Ne dévoilez jamais votre adresse par exemple. Ici, les visites à l’improviste sont de mise. Alors que vous trainerez mollement en culotte dans votre cuisine à dix heures du mat’ en buvant votre petit noir, les mollets couverts de bandes de cire, et le téléphone coincé entre l’épaule et l’oreille, vous verrez débarquer sans crier gare Berthe et son petit dernier. « Coucou, c’est moi, je passais devant chez toi et je me suis dit… ». Elle s’est dit que rien ne vous ferait plaisir que de boire un jus de pamplemousse en sa charmante compagnie. Elle s’est dit, grande âme, qu’elle romprait par la même occasion cette solitude qui vous pèse tant. Elle lâchera l’adorable Foucault dans la chambre de vos enfants, il se jettera sur le château Playmobil que vous avez trois heures à monter à Noël dernier, et vous aurez droit au récit passionnant de sa vie, de ses projets de quiche lorraine pour le déjeuner et de ses problèmes de précocité avec l’ainé. On vous aura prévenu : si vous ne voulez pas voir votre salon transformé en annexe du salon de thé de la place du marché, n’ouvrez jamais votre porte à ces visiteurs impromptus. Jamais. Jamais. Tenez la même attitude avec les commerçants. Ne soyez pas tentée d’appeler le charcutier par son prénom comme tout le monde, et ne répondez pas trop au appels du pied de la caissière quand elle vous dira “mes mômes aussi ils collectionnent les images Star Wars du Père Dodu”. Parce qu’après c’est foutu pour toute la vie. Et le jour où vous serez pressée ce sera trop tard… Le temps à perdre dans une ville de Province est proportionellement inversé à sa taille. Gardez pour vous les éventuels problèmes de boulot de votre mari ou la difficulté que vous avez à retomber enceinte, même un jour de cafard préférez un coup de fil à votre grand-mère qu’un coup de blues en compagnie de Marie-Adrienne. Certes elle vous écoutera, peut-être vous épaulera mais dès le lendemain deux ou trois bonnes âmes vous attendront à la sortie de l’école pour en savoir un peu plus. Car celle qui en sait le plus c’est elle qui a gagné… Restez discrète quitte à jouer les mystérieuses ou à passer pour une grosse timide, et vous aurez déjà remporté une des premières grandes épreuves de votre parcours.

B• Gare aux guets-apens !!
Attention danger : petits cafés, ventes privées etc… n’acceptez pas n’importe quoi avec n’importe qui. On vous a appris à ne pas parler aux inconnus : vous êtes prévenue…
Très commun en Province, le “petit café” est l’activité favorite de la femme au foyer. À défaut de lire un bouquin ou d’emmener le dernier-né au parc, ces dames s’autorisent après avoir fait tous les lits et récurer la salle de bain, une petite pause bien méritée entre amies, de 9h30 à 11h30. L’avantage de ce rendez-vous c’est de pouvoir rencontrer d’autres copines. L’inconvénient c’est qu’on perd du temps à penser qu’une fille comme nous va arriver. Et au bout du cinquième café on l’attend encore. Les conversations tournent autour de Dan Brown, tellement pernicieux, et des Choristes, tellement merveilleux, point barre. Si vous avez le malheur d’évoquer vos frustrations, on vous regardera avec des yeux ronds comme des culs, comme si vous trahissiez la mafia des mamans-à-la-maison-hyper-épanouies. Le petit café est un pur moment de stress. Cinq ou six enfants non scolarisés font leurs premiers pas autour de tasses bouillantes, il y en a toujours un qui émiette son croissant un peu partout et toujours un autre truffé de boutons : vous vouliez éviter la varicelle avant les sports d’hiver, c’est raté…
À éviter dans le même genre : les ventes privées. Après dix ans de cours de bricolage, Marie-Brunehilde lance enfin sa collection de colliers et autres objets décoratifs. Vous recevrez une invitation un peu avant Noël qui s’intitulera “les merveilles de Brune”, ça fait jeune, ça fait envie. Dans un petit pavillon à dix minutes du centre (enfin, vous avez mis un peu plus de d’un quart d’heure en brûlant tous les feux), Marie-Brubru expose avec quelques copines aux doigts de fée tout ce qu’elles savent faire. Du protège-carnet-de-santé au collier personnalisé avec prénoms des enfants, tout y est, même le fameux pêle-mêle pour mettre les faire-part de naissance. Y a même un saladier bourré de Pépitos et c’est gratis. Mais une fois la porte franchie, pas question de repartir les mains vides, faut craquer pour le bracelet en grosses perles acajou à 20 euros, chic et pas cher, comme dit Brubru, qui semble ignorer que la passementerie est démodée depuis les années 80. Idem pour la vente de moules à gâteau en plastique mou. L’ambassadrice Flexitruc© vous conviera un jeudi matin à sa présentation d’un nouveau moule spécial pâte à pain ou moule à fraisier. C’est légèrement tentant : pour la communion de Juju vous ferez l’économie d’une cinquantaine d’euros et épaterez la gallerie. C’est ce que vous dit la dame. Le prix du kit complet “fraisier pour débutant” ? Soixante euros. Ah… faut savoir ce qu’on veut : la gloire en patisserie c’est pas gratos…

Attention aux cours de peinture sur porcelaine, de cartonnage ou d’encadrement. Si vous êtes doués vous n’y apprendrez rien. Si vous ne l’êtes pas vous reviendrez les bras chargés de cochonneries qui rappellent vaguement des cadeaux de fêtes des mères améliorés. Mais personne n’osera vous le dire. Parce que chacune y va de son compliment auquel on répond par un modeste sourire.
“–OUAHH!!!! Vachement bien ton pichet ambiance africaine !!
– Merci… sympa aussi ton plat mexicain…t’es fortiche en pyments, hein !” L’ambiance de ces petits cours est décontractée, le prof vous demandera vite de la tutoyer et tandis que vous tirerez la langue pour réaliser le cache-pack-de-lessive de vos rêves, vous pourrez avoir droit au récit de l’accouchement de Solange. Elle en a chié comme tout le monde…

C• Maintenir le contact avec Paris (sans l’espoir d’y retourner toutes les semaines)
Et pour ça on profite des promos SNCF. On prend ses billets à l’avance. Surtout au moment de Noël, vous aurez envie de retrouver cette agitation et cette course aux cadeaux typiquement parisienne, devant les vitrines les plus jolies du monde. Parce que rapidement, on dégueule les Pères Noël en plastique qui escaladent toutes les façades de la seule rue commerçante de la ville. On s’organise. On trouve des prétextes : expos, soldes, pendaison crémaillère de Charlotte, baptême d’Ursule etc…Obligation absolue : avoir une chambre d’amis ou investir dans un clic-clac au salon pour inviter les potes parisiens. Et quand ils repartent on se prend un demi lexomil pour évitez de pleurer devant eux. Parce que même s’ils vous lancent un “putain, vous en avez de la chance !!”, sachez qu’ils n’en pensent pas un mot. La preuve : ils habitent toujours Paris. Pourquoi ? Parce qu’ils ne vous envient pas une seconde. Sauf peut-être au mois de juillet, et encore… Tel, mail, lettres, cartes de vœux ou de poisson d’avril : avec ceux qui refusent de franchir le périph pour venir le temps d’un week-end dans notre trou paumé. En discutant avec eux, on pèse mieux tout ce qu’on a perdu, …ou gagné ( à part qq mètres carrés supplémentaires, je vois pas)?. ;-) )

D• Les femmes n’ont pas le droit de vote
Les dîners en ville sont mixtes : un homme, une femme, un homme, une femme, ici aussi on respecte les usages. Mesdames, profitez bien de vos voisins mâles pendant la durée du dîner, parce que quand viendra la phrase fatidique : « on passe au salon ? », le groupe se scindera systématiquement en deux. A ma gauche, le canapé des hommes et les sujets de conversation sérieux : actualité régionale, flambée des prix de l’immobilier, dimensions du coffre du dernier modèle d’Espace. A ma droite, les femelles et leur unique objet d’intérêt, les enfants : éducation, école, santé. Parfois elles osent s’aventurer sur des sujets ô combien exotiques : destination des prochaines vacances, construction d’un nouveau lotissement dans la banlieue sud, fermeture annoncée de la dernière mercerie de la ville. Faut pas déconner, elles sont quand même capables, le temps d’une verveine-menthe, de parler d’autre chose que des ravages de la méthode globale et de l’apprentissage de la propreté, nom d’une petite bonne femme…

E• Tolérance 0 pour son mari : il a été muté, vous avez filé votre dem. Il bosse et pas vous : les ennuis commencent.
Pas de chaussettes sales qui traînent dans la salle de bain, pas de yaourts vides avec la cuillère sale posée dans l’évier, et j’en passe. Pourquoi cette nonchalence ? Parce que LUI : il BOSSE figurez-vous. Pendant que vous torchez Léon, allez chercher Juju à l’école, préparez une tarte, plantez des géraniums, repassez trente chemises, allez faire un plein de bouffe, repartez à l’école, étendez une machine, videz la vaisselle, ouais pendant que vous vous la coulez douce LUI : il bosse. Ça vous en bouche un coin, hein ?
On n’ira pas jusqu’à prétendre que le partage égal des tâches ménagères était de mise lorsqu’on bossait à Paris et que Monsieur et Madame menaient le même rythme de vie. Mais Monsieur y mettait un peu du sien, force est de le constater maintenant qu’il ne fout plus rien. Repassage, ménage, supermarché, pressing… C’est notre job, maintenant, c’est bien normal. Alors là, attention Mesdames : on serre la vis, on maintient la pression, sous peine de devoir laisser une fiche technique sur le fonctionnement du lave-vaisselle et l’emplacement exact de la benne à ordures la prochaine fois que Monsieur passera quelques jours tout seul à la maison. Dès le départ on fixe les règles, il accompagne les enfants le matin à l’école, vous les récupérez le soir. Vous les baignez, ils les couchent (ils ont tellement envie de faire un calinou à leur papounet !). Vous faîtes les courses, il s’occupe de la paperasserie etc… Ou ce sera la guerre. Car Monsieur, ici, réalise ses fantasmes : un chien, un feu de cheminée, un dîner chaud, mais quel pied la province !